En France et en Europe, l’usage du glyphosate est en baisse mais son interdiction n’est pas pour tout de suite. Récemment, une étude menée en Argentine stipule que des bactéries, en développant une tolérance à cette molécule, bénéficient au passage de mécanismes capables de les aider à résister à certains antibiotiques.
Qu’est ce que le glyphosate ?
Pour rappel, le glyphosate est la molécule active de l’herbicide le plus vendu au monde, très connu sous son nom commercial : le Roundup. Utilisé afin d’éliminer les mauvaises herbes entrant en compétition avec les cultures agricoles, ce produit est très controversé depuis au moins une décennie, pour ses effets possibles sur la santé humaine et l’environnement. Classé comme cancérogène probable depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’herbicide contribue également à la pollution des cours d’eau et des nappes phréatiques, entre autres.
En Europe, le glyphosate n’est pas interdit mais fait l’objet d’un cadre réglementaire strict et de restrictions d’usage nationales divergentes. Il faut dire qu’en 2023, la Commission Européenne a officiellement renouvelé l’autorisation relative à l’utilisation du glyphosate pour une période de dix ans, une décision ne faisant évidement pas l’unanimité. En France, s’applique une politique de restriction des usages pouvant parfois conduire à une interdiction s’il existe un produit alternatif.
Une nouvelle étude assez préoccupante
Au-delà des effets néfastes plus ou moins avérés sur la santé humaine et l’environnement, le glyphosate a fait l’objet d’une nouvelle étude publiée dans la revue Frontiers in Microbiology en mars 2026. Les chercheurs du Département de microbiologie de l’Université de Buenos Aires (Argentine) disent avoir découvert un lien entre des bactéries capables de résister au glyphosate et des germes multirésistants présents dans les hôpitaux.
Les microbiologistes ont rappelé que la molécule n’était pas un antibiotique, celle-ci agissant sur les plantes et non sur les humains. En revanche, il est possible que certaines bactéries, en apprenant à supporter le stress chimique induit par la molécule, parviennent à développer des mécanismes de défense qui pourrait les aider à résister à des médicaments que l’on utilise dans les hôpitaux.
Crédit : Flickr / Mike Mozart
Une possible connectivité microbienne entre l’environnement et les hôpitaux
Les auteurs de l’étude ont prélevé 68 souches bactériennes dans des sédiments d’un site protégé au sein d’une zone humide du delta du Paraná, exempt de l’ utilisation directe d’herbicides. Or, même dans ce type d’espace, certaines bactéries ont fait preuve d’une grande résistance au glyphosate et à d’autres herbicides. C’est notamment le cas des bactéries du groupe Enterobacter, que l’on retrouve dans l’eau, les sols et parfois responsables d’infections en milieu hospitaliers. D’autres types de bactéries également présentes dans les hôpitaux ont intéressé les chercheurs, notamment les célèbres Escherichia coli et Staphylococcus aureus. Exposées à pas moins de 16 antibiotiques, ces dernières ont montré une forte résistance, même face à des médicaments dits « de dernier recours ».
Des comparaisons au niveau des profils génétiques ont permis d’observer un lien étroit entre certaines bactéries tolérantes au glyphosate dans l’environnement et d’autres résistantes à des antibiotiques dans les hôpitaux. Si cela ne signifie pas un passage direct des champs vers les humains, les scientifiques ont mentionné une possible connectivité microbienne entre les sols, les eaux et les hôpitaux. Pour les scientifiques, le mécanisme à l’œuvre reposerait en partie sur des pompes cellulaires capables d’expulser des substances toxiques. Il s’agit ici de mécanismes de défense pouvant aider les bactéries à rejeter le glyphosate mais également, certains antibiotiques.
Enfin, les chercheurs appellent à intégrer les résultats de leurs travaux dans les futures évaluations concernant les pesticides, afin de surveiller la circulation des gènes résistants dans l’environnement. Néanmoins, d’autres spécialistes du sujet estiment qu’il est important de rester prudent face à ces mêmes résultats, dans la mesure où les auteurs n’ont pas systématiquement comparé des zones traitées et non traitées au glyphosate. Autrement dit, il n’existe pour l’heure aucune preuve indéniable d’une relation entre cette molécule et la résistance bactérienne aux antibiotiques.


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