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Et si la protection de l’eau s’invitait en campagne électorale?

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La question des changements climatiques semble faire peu de vagues dans la campagne électorale jusqu'à maintenant. Pourtant, ses effets menacent divers écosystèmes, dont les lacs et rivières, et des voix s'élèvent pour réclamer plus de soutien financier de la part de Québec pour mieux les protéger.

Mon attachement au [lac] Témiscouata est très grand, lance l'ex-préfet de la MRC de Témiscouata, Serge Fortin, rencontré par hasard, alors qu'il amarrait son bateau, à la marina de Notre-Dame-du-Lac.

C'est notre richesse collective.

M. Fortin a travaillé, à l'époque, à la création du Parc national du Lac-Témiscouata, ouvert en 2009. On lui a donné un poumon, au lac, parce qu'une grande partie [de ses rives] ne sera pas construite, lance-t-il fièrement.

Il souhaite que les efforts de conservation se poursuivent et que les futurs députés soient davantage sensibilisés à l'importance de protéger les cours d'eau.

Serge Fortin, près de son bateau, sur le lac Témiscouata.

Serge Fortin estime que le lac Témiscouata est une grande richesse qu'il faut protéger.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

La directrice de l'Organisme de bassin versant (OBV) du fleuve Saint-Jean, Anne Allard-Duchêne, abonde dans le même sens.

Selon elle, les enjeux de l'eau doivent s'inviter dans la campagne électorale.

On ne parle déjà pas beaucoup d'environnement, puis l'eau, c'est une ressource qui touche tout le monde, affirme la directrice de l'OBV.

Anne Allard-Duchêne.

Anne Allard-Duchêne souhaite que Québec offre davantage de moyens, entre autres aux organismes de bassins versants, pour qu'ils puissent effectuer de meilleurs suivis de la qualité de l'eau des plans d'eau.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Anne Allard-Duchêne estime que les futurs élus à l'Assemblée nationale devraient faire de l'acquisition de connaissances sur nos cours d'eau une priorité. Elle aimerait voit les programmes de suivi de la qualité de l'eau mieux financés.

Elle ajoute que, sur les 23 rivières qui se trouvent sur le territoire de l'OBV du fleuve Saint-Jean, seules deux d'entre elles sont suivies.

Le lac Témiscouata.

Le lac Témiscouata est une immense étendue d'eau longue de plus de 40 kilomètres.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Pour bien évaluer ce qu'on pourrait avoir à vivre, puis comment s'adapter, c'est très important d'avoir une connaissance et d'avoir un suivi de façon régulière, poursuit Anne Allard-Duchêne.

Si l'on ne connaît pas les problématiques, ça va être difficile de s'adapter parce que, quand on voit la problématique, souvent, il est trop tard.

Le directeur général du Conseil régional de l'environnement du Bas-Saint-Laurent, Patrick Morin, croit lui aussi qu'il est mieux de prévenir que de guérir.

On prend de meilleures décisions économiques quand on tient compte de l'environnement, parce que réparer les pots cassés coûte toujours plus cher, poursuit-il.

Patrick Morin.

Le directeur général du Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent, Patrick Morin, estime qu'il faut aussi protéger davantage les milieux humides qui agissent à titre d'éponges naturelles lors de précipitations abondantes.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Patrick Morin affirme qu'il est moins coûteux de surveiller la santé de la nappe phréatique que de devoir installer des usines de traitement d'eau. Selon lui, il s'avère donc souvent plus économique d'investir un peu d'argent pour préserver ces écosystèmes.

Des effets déjà visibles des changements climatiques

Patrick Morin et Anne Allard-Duchêne soutiennent que les changements climatiques accentuent les épisodes de sécheresse et de fortes pluies qui augmentent le ruissellement de sédiments vers les cours d'eau.

Les saisons que l'on connaît ne seront plus jamais les mêmes. On est autour du 1,5 degré de réchauffement.

Patrick Morin rappelle qu'à la fin de l'été 2025, le niveau des rivières était très bas au Bas-Saint-Laurent et que cela avait frappé les esprits.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'une rivière, ça vient avec un bassin versant. Puis, la santé de ce bassin versant là est illustrée par la santé de la rivière. Donc, si le niveau de l'eau est très très bas, c'est signe que la recharge de la nappe phréatique ne se fait pas très bien, explique-t-il.

Le lac Témiscouata.

Plusieurs cours d'eau se jettent dans le lac Témiscouata.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Le directeur du Conseil régional de l'environnement espère aussi que le futur gouvernement terminera le travail entamé pour la création d'aires protégées. Il estime que le ministère de l'Environnement manque d'effectifs depuis des coupes de postes et que cela retarderait le processus.

Des espèces envahissantes à surveiller

L'augmentation de la température de l'eau des lacs et rivières favorise aussi la prolifération d'espèces aquatiques envahissantes comme le myriophylle à épis ou la moule zébrée, présents dans le lac Témiscouata.

La moule zébrée filtre énormément l'eau. Donc, elle va prendre tout ce qu'il y a de nutritif dans l'eau et ça va avoir une influence sur la chaîne alimentaire. [...] C'est négatif pour les autres espèces, des micro-organismes aux touladis, précise Anne Allard-Duchêne.

Plusieurs moules indigènes, en cercle, sur lesquelles sont accrochées des dizaines de moules zébrées.

Les moules zébrées s'attachent aux embarcations et aux surfaces dures, comme les rochers et les moules indigènes. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Zoé Bellehumeur

Elle ajoute que la moule zébrée a aussi tendance à s'installer dans les zones rocailleuses, dont les frayères de certains poissons, ce qui empêche leurs œufs de s'y déposer.

Des stations de lavage des embarcations et des permis de mise à l'eau ont été rendus obligatoires pour accéder à certains lacs dans les dernières années pour tenter de limiter la propagation de cette espèce envahissante.

Une station de lavage pour les embarcations, près du lac Témiscouata.

Le lavage des embarcations est obligatoire pour limiter la propagation des moules zébrées.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

La moule zébrée s'est répandue à d'autres plans d'eau du Témiscouata, dont les lacs Jerry, des Aigles et Squatec.

Un cours d'eau aux mille facettes

Le maire de Témiscouata-sur-le-Lac, Christian St-Pierre, estime lui aussi qu'il est primordial de prendre les moyens nécessaires pour mieux protéger l'étendue d'eau qui fait la renommée de sa ville et qui représente un fort attrait touristique.

C'est notre joyau, c'est le futur de notre développement, on se doit de le protéger encore plus intensivement.

Le lac Témiscouata sert de terrain de jeu pour les plaisanciers et les pêcheurs. Il devient aussi, en quelque sorte, un moyen de transport grâce à son traversier en été et à son pont de glace en hiver.

Surtout, l'étendue d'eau sert de source d'eau potable pour la ville.

Christian St-Pierre, sur le bord du lac Témiscouata.

Le maire de Témiscouata-sur-le-Lac, Christian St-Pierre, estime que le lac Témiscouata est un joyau à protéger.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Christian Pelletier rappelle que la moule zébrée a, par ailleurs, précipité la planification des travaux pour déplacer la prise d'eau potable de la ville.

Avec le réchauffement climatique, l'eau est beaucoup plus chaude l'automne, ce qui fait que l'eau est un peu brouillée. C'est désagréable, il y a des odeurs. Alors, en repoussant de plusieurs centaines de pieds la prise d'eau, on devrait régler ce problème-là qu'on a depuis quelques années, poursuit-il.

Le maire précise attendre l'autorisation du ministère de l'Environnement pour procéder aux travaux.

Le Corégone, le traversier du lac Témiscouata, s'approche du quai.

Le lac Témiscouata sert aussi aux moyens de transport grâce à sa traverse en été et à son pont de glace en hiver. Cela dit, la saison du pont de glace se raccourcit avec les années, en raison des températures plus douces en hiver.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Pour aider à préserver la qualité de l'eau, le maire de Témiscouata-sur-le-Lac aimerait agir pour mieux contrôler les eaux de ruissellement qui entraînent des sédiments vers le lac.

On a la volonté de bien le protéger. On prend les moyens que l'on a, mais c'est sûr que le gouvernement devrait mettre plus d'argent pour nous aider, comme n'importe quelle infrastructure des villes et villages du Québec présentement, décrit-il.

Christian St-Pierre affirme aussi que les installations d'eaux usées sont surveillées, notamment celles aux abords du lac, pour limiter au maximum les rejets provenant de la ville.

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