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Le deuxième roman d’Esther Teillard est une claque, une traversée existentielle drôle et trash. Une nuit dans un bar, des clients troubles et glauques, bienvenue dans Fuck Circus.

La littérature peut, elle aussi, être tête à claques. Il vaut d’ailleurs mieux qu’elle donne envie de distribuer des baffes que d’en réclamer pour ne pas s’endormir. L’insolence est un art qui a eu ses maîtres en ce domaine, de Radiguet à Nimier, en passant par Jacques Rigaut et Cravan – ou peut-être est-ce Crevel : j’ai toujours confondu les boxeurs et les suicidés (moi aussi je peux faire dans le tête à claques). Mais sans doute est-ce Cocteau qui a le mieux su, avec sa grâce électrique, manier cet art de la désinvolture sèche et fantaisiste. Un exemple : « Les filles de joie sont des horloges publiques. Jacques voulait une montre de gousset. » Désormais, en guise d’insolent petit monstre (voilà, c’est dit), voici Esther Teillard, débarquée avec une prose plus crue que docile, musclée, toujours agile. Si l’agacement avait dépassé le plaisir lors de ma lecture de Carnes, son premier livre, cette fois, avec Fuck Circus, les choses se sont rééquilibrées, et même disons-le, inversées.
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Dynamitant un certain raffinement (« J’avais remarqué, pour la première fois, qu’il avait un grain de beauté rose, presque pourpre, sur la croupe, sur lequel j’avais attardé mes lèvres ») par une gouaille d’apache débauchée ou de maquerelle phocéenne (« Elle me lance un regard assassin et se gratte la chatte. »), Esther Teillard agrippe le lecteur, parfois à son corps défendant, pour ne plus le lâcher. À coups d’aphorismes malins (car oui, il y a chez cet écrivain une malice de félin), elle capte, enjôle et griffe tout à la fois. Si certaines trouvailles peuvent par moments donner l’impression d’une pose ou d’une parade artificielle, le naturel est souvent plus fort et emporte en définitive l’adhésion. Mieux (ou pire, c’est selon) : page après page, le piège se referme sur nous, pauvres lecteurs sous emprise, et nous oblige de gré ou de force à continuer. Les phrases s’enchaînent comme on claquerait des doigts ou un pétard, et nous suivons l’errance d’une jeune fille larguée jusqu’au Mythe,un bar nocturne où elle rencontre un descendant de Chateaubriand, une starlette de télé-réalité et une lesbienne survoltée. Les verres s’enchaînent, les conversations et les situations cocasses aussi, jusqu’à ce que la nuit enferme chacun de ces personnages, sans savoir s’ils arriveront jusqu’à l’aube navrante et le matin libérateur. Fuck Circus est une traversée existentielle, drôle et trash, où la voix et le ton, à la fois charnels et mélancoliques, agissent parfaitement sur un style à l’os, serré comme une mâchoire, comme un poing, mais aussi caressant comme la main dans les cheveux ou la langue dans une bouche. Et si Esther Teillard pourra peut-être irriter, et même agacer, c’est là un bon signe puisque chaque talent véritable est une insolence, un bras d’honneur face à la médiocrité dont elle est assez dépourvue.
Fuck Circus, Esther Teillard, Grasset, 2026.


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