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Envolée du prix du bœuf : une opportunité pour les producteurs bovins

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Comme le prix de l’or, le prix du bœuf atteint des sommets ces derniers mois. Des producteurs, de même que l’Union des producteurs agricoles (UPA) de l'Abitibi-Témiscamingue, estiment qu’il s’agit d’une opportunité pour développer la filière bovine dans la région.

On a de l’espace. On a des pâturages productifs. On a un climat qui favorise les plantes pérennes. Ce n’est pas un hasard si le bœuf a façonné notre territoire depuis un siècle, souligne le président régional de l’UPA, Pascal Rheault, dans un éditorial publié le 3 mars dernier.

Rencontré sur sa ferme à Trécesson, le producteur de bœuf Vincent Boisvert, également président du Syndicat des producteurs bovins de l’Abitibi-Témiscamingue, abonde dans le même sens.

Vincent Boisvert dans un champ où des dizaines de vaches mangent du foin.

Vincent Boisvert, producteur de bœuf à Trécesson et président du Syndicat des producteurs de bovins d'Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Il y a un gros potentiel parce que l’Abitibi-Témiscamingue, c’est une place de fourrage. L’Abitibi c’est une place de fourrage, le Témiscamingue un peu plus de grains, mais il y a du fourrage aussi, dit-il, en faisant référence aux plantes dont se nourrissent les animaux.

Selon Pascal Rheault, le prix des terres place l’Abitibi-Témiscamingue dans une position avantageuse pour développer la filière de la production bovine. C’est le premier point. Parce que ça prend des terres, beaucoup, pour la production bovine, et on a des prix très intéressants icitte, fait-il remarquer.

Producteur de bœuf à Barraute et vice-président du Syndicat des producteurs bovins de l’Abitibi-Témiscamingue, Félix Désaulniers souligne qu’il existe aussi de nombreuses possibilités de louer des terres à des prix très raisonnables, sans être propriétaire.

Dans un champ avec des vaches, Félix Désaulniers porte un manteau du Syndicat des producteurs de bovins de l'Abitibi-Témiscamingue.

Félix Désaulniers est producteur de bovins à la ferme Plamondon et fils de Barraute.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Ça prend peut-être une base, un lot pour s’établir, mais avoir de la location à bon marché, ça peut te permettre d’être en production pendant des années. Tu peux prendre ton argent pour payer des terres, ou tu peux les louer pour moins cher, affirme-t-il.

Ça te permet de t’établir, surtout quand tu es une jeune relève qui ne vient pas du milieu.

Le prix des terres n’est pas le seul avantage dont dispose l’Abitibi-Témiscamingue pour faire croître la production de bœuf, d’après les producteurs.

Je pense que c’est un mélange entre le climat et le sol, expose Simon Lafontaine, copropriétaire de la ferme Écoboeuf et chercheur en production bovine écoresponsable à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).

Des vaches sur une ferme.

Le prix des terres place l’Abitibi-Témiscamingue dans une position avantageuse pour développer la filière de la production bovine, selon l'UPA.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

On a un climat qui est plutôt frais, qui limite le potentiel agronomique pour d’autres cultures, mais qui fait en sorte qu’on a quelque chose de très adapté pour les cultures pérennes, donc faire pousser de l’herbe pour alimenter des ruminants, poursuit-il, vantant au passage la qualité des sols argileux présents dans plusieurs secteurs de la région.

Attirer la relève

Selon Vincent Boisvert, qui occupe le rôle de président du syndicat des producteurs bovins de l'Abitibi-Témiscamingue, il existe une relève intéressée par la production bovine. Je crois qu’il y a de l’engouement. On a fait une journée bovine au Témiscamingue, il y avait beaucoup de jeunes. Ils discutent, ils sont intéressés de savoir comment ils pourraient agencer leurs affaires pour produire du bœuf, rapporte-t-il.

L’agriculteur d’expérience estime qu’il peut être plus simple qu’il n’y paraît de se lancer dans une telle entreprise.

Tu peux investir dans 20 vaches. Ça prend une petite bâtisse pour mettre à l'abri tes animaux, de quoi de bien simple. Ensuite, c’est des barrières. L’investissement, c’est des barrières. Ça peut peut-être coûter un 5 [ou] 6000 piastres de barrières pour travailler, être à l’aise, avoir de l’agrément à travailler avec des animaux, évalue-t-il.

Vincent Boisvert se déplace en camion près d'une vache.

Vincent Boisvert rend visite à un groupe de vaches en pâturage, dans un champ, en bordure de forêt.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Vincent Boisvert ajoute par ailleurs qu’il importe de s’entourer de mentors. Il y a du monde en région qui sont prêts à aider à partir la relève, moi le premier, affirme-t-il.

Les jeunes qui sont intéressés, vous pouvez me contacter n’importe quand, ça va me faire plaisir de vous aider!

Vincent Boisvert et Félix Désaulniers ne s’en cachent pas, ils gagneraient à voir le nombre de producteurs bovins s'accroître dans la région.

Un gros frein qu’on vit en Abitibi, c’est que, étant donné qu’il y a une moins grande densité de producteurs par municipalité, les distances sont grandes. Des fois, ça peut être un enjeu, parce que, si tu ne te trouves pas de voisin pour peut-être faire tes foins ou acheter tes foins, ça fait en sorte qu’on doit être suréquipé sur nos entreprises et en démarrage, ça peut être plus difficile, fait observer M. Désaulniers, qui soulève aussi l’avantage de mutualiser les dépenses.

Pascal Rheault près d'une ferme en Abitibi.

Pascal Rheault, président de l'UPA régionale, vante les possibilités en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Plus il y a de producteurs, mieux c’est!, renchérit Pascal Rheault. Ils peuvent s’entraider. Et quand tu vois un voisin qui sort sa faucheuse le matin, ça te donne un pic de motivation. Mais quand tu es rendu tout seul dans ton rang, c’est plus difficile. Il y a le côté moral qui touche énormément quand on est isolé. S’il y a d’autres producteurs, c’est plus intéressant.

Une rentabilité durable?

Vincent Boisvert et Félix Désaulniers soulignent que le prix actuel du bœuf permet de réinvestir des profits sur la ferme.

Le fait que nos animaux soient plus rentables, ça nous permet de réinvestir des capitaux dans nos fermes, que pendant des décennies on a opéré à juste maintenir notre coût de production. Ça fait qu’on a connu un gros gros recul par rapport à bien des régions et même par rapport à d’autres cultures, témoigne M. Désaulniers.

Si la situation est intéressante pour les producteurs déjà en activité, Vincent Boisvert estime qu’elle peut aussi l’être pour de nouveaux producteurs.

 Félix Désaulniers et Vincent Boisvert sont entourés de vaches sur une ferme.

Selon Vincent Boisvert et Félix Désaulniers, le prix actuel du bœuf permet de réinvestir dans la ferme.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Aujourd’hui les vaches sont peut-être chères à 6000 piastres, mais le premier veau que tu vas vendre, c’est 60 % de l’investissement que tu as fait. Ça veut dire que le premier veau que tu vas vendre, brut, ça va te donner 3600 piastres, exprime-t-il.

C’est un très bon retour sur l’investissement. Ça ne te prendra pas 20 ans rentrer dans ton argent.

La situation pourrait durer encore quelques années, selon Vincent Boisvert. Le cheptel nord-américain est à peu près comme dans les années 1950, il y a une rareté, alors on en a pour une couple d’années que le revenu va être bon, croit-il.

Il y a des états clés qui faisaient beaucoup beaucoup de bœuf et avec les changements climatiques, veut, veut pas, il y a de plus en plus de sécheresse. [...] Si la demande ne diminue pas, cette production va devoir être déplacée renchérit Félix Désaulniers.

Des veaux sur du foins dans une ferme.

L’enjeu des émissions liées à la production de bœuf n’a pas encore été complètement résolu, selon le chercheur Simon Lafontaine.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Comme les changements climatiques n'épargnent pas l’Abitibi-Témiscamingue, le président de l’UPA régionale soutient que le développement de la filière bovine devra s’appuyer sur des programmes adaptés de stabilisation des revenus agricoles et d’assurance récolte. Un meilleur financement, croit Pascal Rheault, devra aussi être au rendez-vous.

Au prix que le bovin est rendu, quelqu’un qui veut partir en production, ça y prend du financement. Ça va aller avec la Financière agricole, comment ils peuvent accompagner mieux les producteurs pour pouvoir soit grossir leur troupeau, ou aider de nouveaux producteurs, souligne-t-il.

Quel impact sur l’environnement?

Malgré les émissions de méthane associées à la digestion des bovins, il est possible selon Vincent Boisvert et Félix Désaulniers d'accroître la production bovine en minimisant les impacts sur l’environnement.

C’est sûr que [l’environnement], c’est important. Il ne faut pas oublier que notre job, principalement, on vit de la terre. Oui, on élève du vache-veau, mais le vache-veau, on l’a parce que, principalement on gagne notre gagne-pain avec le terrain, affirme-t-il.

On parle de bilan carbone. Justement, des plantes qui croissent, ça capte du carbone, ça le fixe, la vache, elle le mange. Oui elle va peut-être ruminer et faire un peu de gaz, mais ça reste qu’elle est autosuffisante la vache dans son cycle, ajoute le producteur, en faisant référence au carbone capté par les racines des plantes broutées par les bovins.

Simon Lafontaine, copropriétaire de Écobœuf

Le chercheur Simon Lafontaine multiplie les efforts pour mesurer les émissions de GES dans son exploitation. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Enfilant son chapeau de chercheur en production bovine écoresponsable, Simon Lafontaine reconnaît que bien que les méthodes se sont améliorées, l’enjeu des émissions liées à la production de bœuf n’a pas encore été complètement résolu.

On n’a pas toutes les solutions encore. Je prêche pour ma paroisse, mais je pense qu’il y a encore beaucoup de recherches et de possibilités de développement pour amener des nouvelles solutions.

M. Lafontaine indique que le méthane émis par les animaux représente 60 % des émissions de la production bovine. Il y a des solutions en chemin, il y a déjà des choses qu’on peut faire aujourd’hui pour les réduire, soutient-il en insistant sur l’importance de poursuivre la recherche sur le sujet.

2050 s’en vient, les changements climatiques sont là et ça ne changera pas. Il faut avoir cette vision-là de regarder loin sur l’avenir du bœuf en Abitibi-Témiscamingue. Il y a définitivement une opportunité pour faire en sorte que ce soit du bœuf à faible émission et qu’on garde notre avantage compétitif sur le long terme, conclut-il.

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