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  • Ouverture de la chasse : comment l’été caniculaire ravive le débat avec les écologistes

Après les incendies et canicules de cet été, la saison de chasse démarre ce dimanche dans la majorité du pays dans un climat de tension entre écologistes, qui veulent son report pour protéger la faune, et les chasseurs qui déplorent une vision éloignée de leur réalité et défendent leur pratique.

Élodie Bécu avec Édouard Choulet et Julie Garnier - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

Ce dimanche marque l’ouverture de la saison de la chasse. Photo d'illustration Sipa/Patrick Siccoli Ce dimanche marque l’ouverture de la saison de la chasse. Photo d'illustration Sipa/Patrick Siccoli

Une ouverture de la chasse dans un climat particulier cette année. La sécheresse et les incendies, qui ont mis la faune et la flore sous tension cet été, rebattent les cartes du débat qui oppose chasseurs et écologistes. Au centre des tensions : la fragilité des populations animales après le violent coup de chaud de cet été.

La Ligue de protection des oiseaux (LPO) tirait la première, le 21 août, pour demander le report d’un mois de l’ouverture de la chasse au gibier d’eau. « On constate une situation de sécheresse exceptionnelle. Les oiseaux d’eau sont privés de leur milieu naturel qui représente protection, nourriture et bien d’autres choses. Les espèces migratrices sont aussi affectées car elles ont de moins en moins de points d’escale », expliquait son président, Allain Bougrain-Dubourg. L’Association pour la protection des animaux sauvages réclamait, elle, une suspension de l’ouverture généralisée « tant que la situation climatique reste critique ».

Cet été, la Haute-Loire a subi de plein fouet la canicule. Plusieurs fois placé en alerte orange par Météo-France, le département a dû faire face à des chaleurs qui ont dépassé des records et à un cruel manque de pluie. Serge Morel, le délégué départemental de l’association, observe les effets dramatiques de la chaleur sur la faune. « Il y a eu beaucoup de souffrance. C’est la première fois que je vois autant d’oisillons morts dans les villages, dans les forêts… Ils sont morts de chaud et les adultes les ont jetés du nid. Sans chercher trop loin, on peut constater les effets de la sécheresse dans les prairies. Les chevaux et les vaches sont amaigris, ils mangent de l’herbe sèche depuis deux mois », déplore-t-il.

Bataille de pétitions

L’urgence écologique a ravivé le clivage entre écologistes et chasseurs. Fin août, la députée écologiste Sandrine Rousseau a appelé le « peuple de l'écologie » à « affronter cette ouverture de la chasse », « debout, physiquement, face à eux (les chasseurs) », « pour empêcher qu’on ait un permis de tuer alors même qu’on a passé l‘été de tous les basculements ». La fédération nationale des chasseurs avait promis, en retour, de déposer plainte et dénoncé « une dérive totalitaire » contre « une activité parfaitement légale ».

La bataille s’est poursuivie sur internet, à coups de pétitions. Près de 500 000 personnes ont signé en ligne une pétition lancée en juillet pour réclamer l’interdiction de la chasse dans les zones incendiées suivies d‘« un moratoire » de trois ans. Dans le camp opposé, quelque 66 000 signataires demandent « la démission de Sandrine Rousseau de son mandat de députée. », « parce qu’un désaccord politique, aussi profond soit-il, ne devrait jamais devenir un appel à l’affrontement physique ». « Mais quel chasseur aurait l’idée d’emmener son fusil sur un tas de cendre ? », se désole Thibault Varenne, président de la fédération de chasse de Gironde, qui revendique, avec près de 30 000 adhérents, d‘être la plus grande du pays. Dans ce département du Sud-Ouest, « l’ouverture sera morose », après un été où « chasseurs et agriculteurs ont passé tous les jours, stressés, à lutter contre le feu » qui a ravagé plus de 40 000 hectares de forêt.

En Haute-Loire, la Fédération des chasseurs se place comme « experte » sur le terrain et se montre fortement opposée à la demande de report des associations environnementales, assurant établir tout au long de l’année « un suivi sanitaire et épidémiologique de la faune ». « La planification des prélèvements est réajustée tous les ans à la suite des comptages, ainsi que l’aménagement du territoire en faveur de la biodiversité », plaident les chasseurs du département.

Pression des agriculteurs

En Haute-Saône, loin des incendies du Sud-Ouest, la saison de la chasse reprend aussi sous le poids d’une double injonction. Les chasseurs sont pris entre deux feux : la demande de ne pas peser trop fortement sur la faune après un été caniculaire, et celle de répondre à la pression des agriculteurs qui souhaitent limiter les populations de sangliers qui abîment leurs champs.

Si certaines espèces pâtissent du réchauffement climatique, à l’image des ongulés comme le chevreuil, d’autres semblent en tirer profit. C’est le cas du sanglier malgré 10 500 prélèvements l’an passé dans le département. « Le mot d’ordre est le suivant : que les chasseurs chassent pour obtenir des résultats afin de faire diminuer les dégâts », Michel Dormoy, le président de la FDC 70. Une pression particulièrement forte « car l’agriculture souffre », poursuit Michel Dormoy. Comment répondre à l’autre enjeu, celui de la fragilité des espèces ? « Les chasseurs sont assez intelligents pour s’adapter. Il faut attendre l’ouverture pour avoir une vue plus complète sur les populations », indique-t-il. La chasse s’ouvre ce dimanche. Le débat, lui, est loin d’être clos.

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