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Tadoussac pensait pouvoir plancher sur les derniers travaux de son projet d’infrastructure Destination Tadoussac Phase II, mais deux ministères ont coupé ça court avec leur coup de sifflet.
Tadoussac devait couper le ruban du projet d’infrastructure Destination Tadoussac Phase II au cours du printemps 2027.
Dernièrement, le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) et le ministère de la Culture et des Communications (MCC) ont présenté des contraintes techniques à la Municipalité qui ont forcé une pause dans le projet, moyennement accueillie par le maire Claude Brassard.
« On ne sait plus à quel saint se vouer », commente l’élu, qui n’a pas du être loin du langage liturgique ces derniers temps.
« C’est sûr qu’il y a des règles à suivre, mais on parle d’un projet qui date de 2015. Je suis un peu découragé », ajoute-t-il.
Il fait savoir que ces deux interventions ministérielles concernent l’escalier en bois qui mène de la petite chapelle à la plage, ainsi que la construction de deux abris-soleil près de la plage.
Zone d’érosion
La zone de plage en contrebas de l’escalier est située dans la marge de sécurité 100 ans des zones côtières à risque d’érosion des berges identifiée par le MRNF, caractérisée depuis 2005 avec un comité d’experts dont plusieurs ministères, de spécialistes et d’instances diverses.
« Dans le même effort, le comité d’expert a recommandé au MRNF d’appliquer une marge de sécurité de 100 ans (2000-2100) dans les zones côtières à risque, en matière d’émission de droits fonciers sur les terres du domaine de l’État », révèle Stéphane Desmeules, relationniste de presse pour le MRNF.
Les deux abris-soleil seraient montés sur des fondations de béton déjà existantes. Photo courtoisie
Autrement dit, le MRNF ne peut émettre de droits fonciers pour des projets de construction situés sur des zones d’érosion mis à part quelques exceptions comme des aires de repos sans équipements fixes ou des rampes de mise à l’eau.
« Il y a déjà un mur de ciment, et ils sont sur des paliers. On a toutes les autorisations de l’ensemble des partenaires et des ministères, et voici que le MRNF nous arrive et nous disent que nous sommes sur leur terrain, et qu’on ne peut pas de faire de petit abri-soleil à cet endroit-là », proteste toutefois le maire.
Entre deux chaises
Le Journal a voulu savoir comment le dossier a pu progresser aussi loin sans que la contrainte de zone d’érosion ne soit jamais identifiée.
« Le MRNF a informé la Municipalité de la présence de la zone d’érosion qui a été identifiée par le MRNF, quelques semaines suivant la réception de la demande de la municipalité », commente le relationniste de presse du MRNF.
De son côté le maire assure que les démarches avaient été menées en bonne et due forme, notamment avec le ministère de l’Environnement à l’époque.
« À ce niveau-là, on avait déjà toutes les confirmations. Est-ce qu’on l’a échappé? Je ne sais pas », avance-t-il.
Des marches à gravir
Les escaliers situés près de la petite chapelle de Tadoussac et un bout de la promenade amènent une autre galaxie de nuances et de complications qui leur sont bien propres.
L’aire de protection de la chapelle, qui l’encercle, permet de « veiller à ce que le développement de l’environnement d’un immeuble patrimonial classé permette de conserver la valeur patrimoniale de ce dernier ».
Les escaliers menant de la petite chapelle à la plage. Photo Renaud Cyr
Dans le cadre du projet l’escalier devait être refait, mais cela ne s’alignait pas avec un article de la Loi sur le patrimoine culturel qui stipule que le MCC peut tenir compte de la même « logique de développement que l’immeuble patrimonial classé associé à cette aire » lors d’une autorisation pour une construction.
« Des modifications doivent être proposées afin que l’escalier s’harmonise au bien classé et à l’ensemble historique duquel il fait partie », résume l’équipe des relations médias du MCC.
Conformité
Quiconque a déjà emprunté ces escaliers sait qu’il ne faut pas trop se presser, et ne pas espérer le support indéfectible des rampes en cas de chute.
« Les escaliers sont dangereux, et on ne comprend pas l’entêtement du ministère. On veut respecter les lois et l’aire de protection de la chapelle, mais ce n’est pas qu’il y aura un angle dans l’escalier que ça va changer quoi que ce soit au niveau de la chapelle ou l’aire de protection », affirme le maire.
« Ils nous sont arrivés l’an dernier et ils nous ont dit qu’il fallait absolument que ce soit la même chose. Mais pendant ce temps-là, l’escalier, faut qu’il se fasse », poursuit-il.
« Plusieurs alternatives ont été suggérées à la Municipalité. Par ailleurs, la promenade et ses escaliers ne sont pas visés par le Code du bâtiment », avance l’équipe des relations médias du MCC.
Réévaluer le dossier
À la lumière de toutes ces complications, le maire Claude Brassard demande une réévaluation complète des dossiers avec les deux ministères.
« Ce qu’on veut, c’est une rencontre entre les directions des ministères et nos personnes qui sont sur le dossier », résume-t-il.
Il soutient que lui et son équipe n’ont pas le choix de faire une demande de réévaluation, car les contrats déjà accordés les lient aux entrepreneurs qui devaient réaliser les projets.
De plus, la participation des partenaires financiers venait avec des dates d’échéance.
« Les contrats sont déjà accordés, on n’aura pas de crédit sur les ententes qu’on a avec nos entrepreneurs. Qu’est-ce qui va arriver? », se demande Claude Brassard.
« On va payer et on n’aura rien? C’est de l’argent du gouvernement et des contribuables qu’on utilise, et le gouvernement nous met des bâtons dans les roues », enchaîne l’élu.
« On est un peu désabusé. On trouve ça aberrant », termine-t-il.
Le MCC se dit « conscient » de l’importance du projet, et dit qu’il demeure « engagé à travailler en collaboration avec la Municipalité et avec diligence pour permettre la réalisation du projet ».
De son côté le MRNF fait savoir que le projet devra respecter les Règles en matière d’émission de droits fonciers sur les terres du domaine de l’État dans les zones côtières à risque pour la sécurité des personnes et des biens.
« À cet égard, le MRNF assurera un accompagnement auprès de la municipalité », souligne Stéphane Desmeules.


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