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Recep Tayyip Erdogan, qui a proclamé en 2026 « la décennie de la famille », prend régulièrement pour cible les personnes LGBT+, qu’il qualifie de « perverses » et auxquelles il impute la chute drastique de la natalité.
Manifestants et journalistes arrêtés, réseaux sociaux bloqués : en Turquie, la vague de répression ciblée contre les militants et établissements LGBT+ qui a commencé dimanche s’est poursuivie, mardi 15 septembre, avec l’arrestation d’une centaine de personnes à Ankara et Istanbul.
Selon des avocats, 91 personnes ont été interpellées à la suite d’une manifestation à la mi-journée devant le palais de justice de Caglayan, sur la rive européenne d’Istanbul. Deux journalistes du quotidien turc Birgün et de la télévision publique allemande ARD ont aussi été arrêtés, selon le Syndicat des journalistes de Turquie. Une autre, interpellée dimanche pour un article sur le mouvement LGBT+ en Géorgie voisine, devait être entendue mardi par le parquet, selon l’organisation non gouvernementale MLSA. En début de soirée, jusqu’à 300 militants se sont à leur tour réunis à Ankara, la capitale. Selon une députée du DEM (Parti de l’égalité des peuples et de la démocratie, prokurde), 20 personnes ont été placées en détention.
Le chef de l’Etat, Recep Tayyip Erdogan, qui a proclamé cette année « la décennie de la famille et de la population 2026-2035 », prend régulièrement pour cible les personnes LGBT+, qu’il qualifie de « perverses » et auxquelles il impute la chute drastique de la natalité.
Arrestations et de blocages sur les réseaux
L’opération qui cristallise la colère actuelle a commencé dimanche par l’arrestation par la police de dizaines de personnes dans des bars gay et aux domiciles de militants LGBT+, pour « obscénité », « aide à la prostitution » ou « liens financiers avec l’étranger ».
De nombreux comptes de réseaux sociaux de défenseurs des droits humains et de médias ont en outre été bloqués, dans le cadre d’opérations appelées « Ma famille est en sécurité ».
Le Nouveau Parti (Yeni, opposition) a regretté « l’utilisation du système judiciaire comme outil de punition généralisée, fondée sur l’orientation sexuelle et les préférences des individus ».
Le DEM, essentiel dans le processus de paix entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a jugé sur X que le « langage de la paix ne [pouvait] aller de pair avec la répression ». Une intervention significative : intermédiaire entre le gouvernement et Abdullah Ocalan, le chef emprisonné du PKK, le DEM est régulièrement accusé par d’autres partis d’opposition de ménager le pouvoir pour pousser le processus de paix, après plus de quatre décennies de guérilla.
L’opération suscite inquiétudes et protestations à l’étranger
Après l’Union européenne lundi, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a estimé que « de simples références aux “valeurs familiales” ou à la “protection des enfants” ne [pouvaient] servir de justification aux restrictions des droits humains ».
L’homosexualité n’est pas réprimée pénalement en Turquie, mais elle est largement réprouvée, et l’homophobie y est répandue jusqu’au sommet de l’Etat.
En fin de journée, Amnesty International a exhorté les autorités à mettre fin à leur politique anti-LGBT+. « Cette répression généralisée (…) n’a absolument rien à voir avec la protection des familles et vise uniquement à porter davantage atteinte à une communauté déjà durement éprouvée par des décennies de discrimination et d’intimidation », a dénoncé dans un communiqué Esther Major, directrice régionale adjointe pour l’Europe de l’organisation.
Le Monde avec AFP


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