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En pleine tourmente, le Premier ministre britannique Keir Starmer obtient un sursis : "Le pays attend de nous que nous continuions à gouverner"

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Charles III se présentera ce mercredi 13 mai au Palais de Westminster pour ouvrir la nouvelle session parlementaire. Depuis le Moyen-Âge, le souverain ou l'un de ses représentants est chargé de prononcer le "discours de sa Gracieuse Majesté", c'est-à-dire d'énoncer le programme législatif du gouvernement, intégralement rédigé par le Premier ministre et ses équipes. Figureront notamment au programme cette année la nationalisation de l'aciérie British Steel et du secteur ferroviaire, la création d'une taxe touristique et l'abaissement de l'âge de vote à 16 ans pour l'élection générale.

Le choix de cette date a été mûrement réfléchi par le Premier ministre travailliste Keir Starmer. Conscient qu'il serait menacé en interne après les élections locales du 7 mai, qui s'annonçaient désastreuses pour son parti, il comptait empêcher toute tentative de le renverser en plaçant le discours du Roi très peu de temps après l'annonce des résultats. Bien lui en a pris. Le Labour a subi une véritable gifle.

Déroute électorale et rébellion

Ne recueillant que 17 % des votes, le Parti travailliste a perdu 60 % des sièges de conseillers municipaux qu'il défendait dans le pays. Pire, avec seulement 11,1 % des voix, il a été relégué à la troisième place au Parlement gallois, qu'il dominait depuis sa création en 1999. Il n'a sauvé les meubles qu'au Parlement écossais, en obtenant la deuxième place avec 19,2 % des voix.

Ce dernier résultat est sans doute dû au choix du chef du Labour écossais Anas Sarwar de se distancier de l'impopulaire Premier ministre : mi-mars, il avait réclamé sa démission. Depuis ce week-end, et malgré un discours lundi de Keir Starmer destiné à assurer les électeurs de la mise en place d'une politique de "rupture", plus de 80 députés travaillistes, dont plusieurs secrétaires d'État, se sont alignés sur sa position. Ils réclament que leur dirigeant démissionne ou qu'il présente un calendrier en vue de son départ.

Une claque électorale pour le Premier ministre travailliste Keir Starmer : "Les résultats sont très difficiles, il ne faut pas se voiler la face"

Mardi matin, au début de la traditionnelle réunion du cabinet gouvernemental, Keir Starmer a néanmoins réaffirmé qu'il ne fléchirait pas sous la pression. "Le Parti travailliste dispose d'une procédure permettant de contester sa direction, mais celle-ci n'a pas été enclenchée", a-t-il rappelé. "Le pays attend de nous que nous continuions à gouverner. C'est ce que je fais et ce que nous devons faire en tant que gouvernement." Pour pouvoir lancer une élection contre le chef du Parti travailliste, tout candidat doit obtenir le soutien de 20 % des élus du Labour à la Chambre des Communes, soit actuellement 81 députés.

Qui veut prendre sa place ?

Outre le discours du Roi, le sursis dont bénéficie le dirigeant travailliste tient surtout à la prudence de l'aile gauche du parti. Sa chance de prendre le pouvoir repose principalement sur Andy Burnham. Âgé de 56 ans, cet ancien ministre de Gordon Brown et très populaire maire de Manchester depuis 2017 est attendu comme le sauveur par une majorité des élus et des adhérents. Il n'est pourtant pas en mesure aujourd'hui de se présenter contre Keir Starmer, car il n'est pas membre de la Chambre des communes.

Preuve de son ambition, Andy Burnham avait postulé en janvier auprès du comité exécutif national du Parti travailliste pour être candidat à une élection partielle organisée dans la banlieue de Manchester. Les alliés de Keir Starmer s'y étaient opposés. Au regard de la tournure des événements, il est fort probable que le maire de Manchester retente très prochainement sa chance. Ses opposants pourront-ils le bloquer de nouveau après que plusieurs figures éminentes du parti – dont l'ancienne vice-Première ministre Angela Rayner et le maire de Londres Sadiq Khan – ont explicitement dit qu'il devait être autorisé à concourir ? La réponse de Keir Starmer démontrera s'il place ou non l'intérêt du parti et du pays avant le sien.

Keir Starmer sort affaibli de l'affaire Mandelson

Un autre homme se tient prêt à lancer sa candidature : le ministre de la Santé Wes Streeting. Très ambitieux, ce jeune ministre (43 ans) n'a jamais caché sa volonté d'occuper le 10 Downing Street. Ses partisans font d'ailleurs partie de ceux qui ont appelé à la démission immédiate de Keir Starmer. Selon la presse britannique, il aurait même essayé de parler seul à seul avec le Premier ministre à l'issue du Cabinet gouvernement mardi matin mais celui-ci aurait refusé tout échange.

Il souffre d'un handicap : politiquement aligné sur le New Labour, l'aile droite du parti, il est considéré comme l'un des protégés de Peter Mandelson, l'ancien ministre et ambassadeur à Washington, impliqué dans des scandales liés à l'homme d'affaires proxénète et pédophile américain Jeffrey Epstein. Andy Burnham incapable de se présenter, il dispose actuellement d'une fenêtre de tir idéale. Il reste à voir s'il osera la saisir.

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