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Un total de 38 listes concourt au scrutin législatif prévu ce 27 octobre. En raison de la petite taille du pays, les Israéliens votent au sein d'une seule circonscription électorale pour de très nombreux partis laïques, religieux, nationalistes, arabes ou de gauche. Si le seuil de 3,25 % des suffrages est atteint, elles pourront prétendre à un nombre de sièges (le Parlement israélien, la Knesset, en compte 120) proportionnel à leur score électoral. Les candidats élus sont ceux qui figurent en tête de la liste, selon l'ordre établi avant le scrutin.
Ce mécanisme d'élection à la proportionnelle permet à de nombreux courants d'être représentés au sein du Parlement ; dans le même temps, il encourage une importante fragmentation politique. "Israël compte beaucoup de divisions, notamment liées à l'évolution de sa démographie, explique Alon Yakter, professeur de sciences politiques à l'université de Tel Aviv. Les ultra-orthodoxes représentaient autrefois seulement 4 % de la population, et comptent aujourd'hui pour un pourcentage à deux chiffres (plus de 14 %, NdlR). Cette fragmentation démographique se répercute sur le politique."
Division des blocs politiques
Depuis les premières élections législatives de 1949, lors desquelles le parti travailliste Mapai de David Ben Gourion arrivait en tête avec 46 sièges, aucun parti n'a obtenu de majorité absolue sans négocier de coalition. À partir des années 70 et du début de l'occupation des territoires palestiniens de Cisjordanie en 1967, véritable "clivage idéologique" en Israël selon Alon Yakter, le pays voit se consolider un système à deux partis : le parti travailliste, héritier du Mapai, et le Likoud, fondé en 1973. Ce dernier représente la droite nationaliste et défend le maintien du contrôle israélien sur les territoires disputés. Il arrive au pouvoir en 1977, mettant fin à près de trois décennies de domination travailliste.
Le troisième grand volet de l'histoire politique israélienne débute à la fin des années 1990, alors que ces grands partis perdent progressivement des sièges au profit de plus petits mouvements. "Les blocs politiques se sont divisés après l'effondrement du processus de paix au début des années 2000, juge Yakter. Un bloc centriste est soudain apparu, constitué de personnes issues des deux camps, qui avaient été déçues par les événements ou qui avaient réévalué leur opinion sur ce processus de paix." Ce contexte impose alors un système de coalition au sein d'une arène politique composée de nombreux partis.
Les sionistes religieux
Juifs orthodoxes, mais pas haredim, les sionistes religieux représentent 16 à 17 % de la population adulte d'Israël, selon le Jewish People Policy Institute, groupe de réflexion spécialisé dans les questions juives et israéliennes. Ils adhèrent au concept de l'État juif, et défendent la souveraineté de son peuple dans les territoires palestiniens occupés pour des motifs principalement religieux. Pour ce faire, ils servent massivement au sein de l'armée ; les hommes sionistes religieux représentent 31 % des services de réserve, une proportion plus de deux fois supérieure à leur poids démographique, estime une étude de l'Institut israélien de la démocratie.
Politiquement associé au parti Mapai jusqu'au "renversement" de 1977 et la victoire de Menahem Begin, son électorat se concentre aujourd'hui entre le parti Sionisme religieux de Bezalel Smotrich et Otzma Yehudit, d'Itamar Ben Gvir, loués par une partie des colons. "Même si beaucoup de sionistes religieux ne vivent pas dans les territoires, et ne sont pas eux-mêmes des colons actifs, le projet de colonisation a progressivement pris le dessus au sein du mouvement qui s'est radicalisé", détaille le politologue. Un électorat plus libéral pourrait cependant préférer à ce camp d'extrême droite des candidats comme Gadi Eisenkot, Naftali Bennett, ou encore le Likoud, dont il s'est néanmoins éloigné. À l'approche des élections, la victoire ou défaite de la frange la plus radicale du mouvement décidera pour beaucoup du sort des populations arabes et palestiniennes.
"En Israël pousse un racisme semblable au nazisme à ses débuts"Les sionistes laïques
Selon le Bureau central des statistiques, organisme national, 39,6 % des Israéliens se définissent comme "laïques", et 21,8 % comme "traditionnels, plutôt peu religieux". Éloignée du rêve messianique d'un "Grand Israël" installé sur les terres bibliques, cette part majoritaire d'Israéliens voit avant tout comme un enjeu sécuritaire la question palestinienne et ses enjeux territoriaux. Le traumatisme et l'absence d'enquête sur l'échec sécuritaire du 7-Octobre ont en partie détourné ce groupe du camp pro-Netanyahou, estime Alon Yakter, au profit de candidats comme Eisenkot ou Bennett. "Ils ne veulent pas d'une solution à deux États et ne pensent pas qu'elle soit réalisable, poursuit le chercheur. Ils recherchent la sécurité mais ne font plus confiance à Netanyahou pour la garantir, et sont également mécontents des violences des colons actuellement en Cisjordanie."
Face à la montée en puissance des partis ultra-orthodoxes et à l'effort de la coalition au pouvoir de cléricaliser le pays, la population laïque du pays cultive à l'égard de ces deux camps un fort ressentiment. Lors des précédentes élections de 2022, les cinq principales localités séculaires avaient accordé entre 33 % et 42 % des voix au parti centriste de Yaïr Lapid. Celui-ci est allié à Naftali Bennett au sein de la liste BeYahad (Ensemble) pour le scrutin de ce mardi, laquelle bénéficierait, selon les derniers sondages, de 13 à 20 sièges au sein du futur parlement.
Les partis arabes
"Les sondeurs ont beaucoup de mal à estimer ou à mesurer l'opinion publique au sein de la population arabe, affirme Alon Yakter. Le principal enjeu n'est donc pas de savoir pour qui les électeurs arabes vont voter, mais quel sera leur taux de participation." L'institut de recherche Stat-Net, basé dans une ville arabe druze près de Haïfa et cité par l'agence Reuters, prévoit une participation de 63 % de la population palestinienne d'Israël, contre 56 % en 2022. "Nous devons utiliser notre pouvoir politique afin d'empêcher la détérioration de la situation", a récemment déclaré à l'agence Reuters Yousef Jabareen, chef de la "Joint List" composée par trois des quatre partis arabes d'Israël (Balad, Hadash, Ta'al).
Ceux-ci sont décrits par l'extrême droite au pouvoir comme une "menace existentielle pour l'État". Et leur poids électoral pourrait être bien plus important que lors des élections précédentes, si le camp gagnant consentait à s'allier avec eux pour former une coalition. Benjamin Netanyahou, Gadi Eisenkot et Yaïr Lapid excluent pour l'instant toute collaboration avec la Joint List et le parti islamiste Ra'am. S'ils persistent, et en cas de large victoire des partis arabes, le gouvernement actuel pourrait se maintenir à titre intérimaire.
"Israël craint les partis arabes autant qu'il les utilise pour se faire passer pour une démocratie"Les ultra-orthodoxes
Traditionnellement proches de la droite, les Juifs haredim ("craignant dieu", en hébreu) votent principalement pour deux partis : Judaïsme unifié de la Torah, qui représente surtout les Ashkénazes, et Shas, qui s'adresse plutôt aux Séfarades et Mizrahim. Aux élections de 2022, 86 % des électeurs se définissant comme haredim ont voté pour l'une de ces deux formations. Moins impliqués dans les questions de sécurité ou de politique étrangère que dans la défense de leur mode de vie religieux, le financement des institutions communautaires et le maintien des exemptions de service militaire pour les étudiants des écoles talmudiques (yeshivot) mobilisent leurs forces politiques.
Ancrée dans un contexte de guerre intense post 7-Octobre, la crise autour de la conscription a fragilisé cette fidélité électorale : certains ultra-orthodoxes reprochent à leurs représentants de ne pas avoir obtenu de garanties juridiques suffisantes pour les maintenir loin des lignes de front. Lors la dernière décennie, les ultra-orthodoxes adoptaient en politique une forme de "neutralité idéologique", toujours selon Alon Yakter, qui en ont fait les alliés de choix pour former une coalition. "Réalignés à droite" en même temps que le reste de la société israélienne, ils sont devenus sous les derniers gouvernements des partenaires fidèles de Benjamin Netanyahou.
Les juifs ultra-orthodoxes au-delà des apparencesPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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