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En France, un salarié sur trois dit avoir déjà subi une situation de harcèlement au travail

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Les salariés français souffrent toujours autant de harcèlement au travail, qu'il soit moral ou sexuel. Un statu quo révélé ce mois-ci par une étude réalisée par Qualisocial, un cabinet spécialisé dans la qualité de vie au travail. L'institut de sondage Ipsos BVA a interrogé 2 000 actifs, avec des données qui sont les mêmes qu'il y a quatre ans lors de la précédente étude. Le phénomène de harcèlement au travail a beau être mieux connu, il est toujours aussi difficile à être identifié par les salariés et géré par les entreprises.

Dans son pays d’origine, la Bulgarie, Andriana était ingénieur en menuiserie, mais arrivée en France, ses qualifications ne sont pas reconnues. Elle ne parvient à trouver qu’un poste d’agent de production dans une entreprise de l’Ouest du pays. Elle signe un premier contrat temporaire, il y a deux ans, et l’enfer pour elle commence. Elle raconte qu’une dizaine de collègues hommes, avec lesquels elle partage son atelier, se moquent quotidiennement d’elle. Ils imitent son accent, l’accusent de ne pas être vraiment française alors qu’elle a été naturalisée, raillent sa petite taille et l’accusent de mentir sur son niveau de qualification.

« À la fin, c’était beaucoup plus agressif, se souvient la quadragénaire. Ils se sont mis à voler mes outils de travail. J’ai pleuré chaque jour, pendant le travail, une fois rentrée chez moi et je partais au boulot la boule au ventre. »

À écouter dans Le débat du jourSouffre-t-on de plus en plus au travail?

Des salariés plus confrontés que d’autres au harcèlement

Nous avons soumis ce témoignage à Maria Magdalena Toma, consultante spécialisée en santé psychologique au travail pour le cabinet Qualisocial, à l'origine de cette étude sur le harcèlement professionnel.

Cette consultante préfère d'emblée parler de « victime présumée », car 77 % des professionnels ont encore du mal à reconnaître une situation de harcèlement. Et c'est à ses yeux un premier problème. Ce qui retient aussi son attention, c’est le profil d’Adriana : « Il pourrait correspondre aux critères des populations qui se disent les plus confrontées à des comportements inappropriés au travail, précise-t-elle. Il s’agit d’une salariée qui se déclare être femme, avec un premier contrat en CDD et aussi en raison de son origine. »

Maria Magdalena Toma ajoute que les jeunes, les 18-25 ans, sont les actifs qui se disent le plus soumis au harcèlement.

Des canaux mal connus

Adriana va en effet attendre d’être embauchée dans cette entreprise de menuiserie avant de se décider à parler des agissements dont elle souffre dans son atelier. Il y a bien dans les couloirs de sa société des affiches qui indiquent le nom de « référents harcèlement », mais elle ne parvient pas à les identifier et à les contacter.

En France, certains types d'entreprise ont l'obligation légale d'avoir un « référent harcèlement ». Mais selon le baromètre Qualisocial, seul un tiers des actifs choisirait le bon canal de signalement. Adriana choisit donc d’alerter son responsable et les ressources humaines de son entreprise, mais faute de témoignages nominatifs de collègues, aucune enquête n’est enclenchée.

Plus de la moitié des salariés, interrogés pour cette étude sur le harcèlement au travail, disent craindre des représailles. Les craintes sont plus importantes encore chez les femmes, et dans le public plutôt que le privé.

Retrouvez le Conseil santé :Comment évaluer la violence au travail pour pouvoir la nommer et la dénoncer?

Un contexte de travail favorable au harcèlement

Pour Maria Magdalena Toma, spécialiste de santé mentale au travail, mener une enquête sur le cas précis d’Adriana et ses collègues d’atelier n’aurait pas suffi à lutter contre le phénomène au sein de cette société. « Le plus utile, mais aussi le plus difficile, détaille-t-elle, c’est de remettre en question le contexte et l’organisation du travail qui ont été d’une certaine manière facilitatrice de la situation. La plupart du temps, il ne s’agit pas d’un salarié qui a voulu faire du mal à un autre. C’est parce qu’on ne s’est pas rendu compte, parce qu’on s’est laissé embarquer dans un engrenage ou parce que c’étaient des comportements qui étaient normalisés. »

Cela explique en partie le manque de prise en charge des situations de harcèlement en entreprise. Elles nécessitent une remise à plat de fonctionnements souvent bien installés et de mener des enquêtes internes, qui puissent respecter confidentialité et impartialité. Face au manque de formations des managers, le cabinet Qualisocial recommande l'intervention d'acteurs extérieurs à la société.

À écouter dans L'invité d'Afrique midi«Il faut que la loi évolue» face au harcèlement au travail en Afrique de l'Ouest

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