Le suspect de l’attentat dans les Yvelines, qui a fait un mort et sept blessés, a été mis en examen jeudi à Paris et écroué, après avoir, selon l’accusation, reconnu avoir ciblé des personnes musulmanes, africaines ou nord-africaines.
Selon le procureur antiterroriste, Olivier Christen, qui a tenu jeudi matin une conférence de presse, Kévin T. a admis avoir «spécifiquement ciblé» des personnes «de type musulman ou africain ou nord-africain» et choisi la ville de Trappes, un «repaire d’islamistes» à ses yeux. Il a «contesté en revanche toute intention terroriste, considérant son action comme légitime».
Lire aussi: «En disant cela, vous chauffez les esprits». Après l’attentat de Trappes, la banalisation des discours racistes mise en causeLe suspect, chez qui ont notamment été retrouvés des autocollants faits maison louant le parti du Rassemblement national, a été mis en examen pour «assassinat» et «tentatives d’assassinats», «en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée», a précisé le parquet national antiterroriste (Pnat).
A l’issue de sa comparution à huis clos devant un juge des libertés et de la détention au tribunal de Paris, Kévin T., 39 ans, a été écroué conformément aux réquisitions du Pnat, selon cette source. L’information judiciaire «va être longue car la gravité des faits l’exige», ont déclaré à la presse ses avocats Mes Baptiste Bellet et Eliott Amzallag. «Notre client entend répondre à l’ensemble des questions qui lui seront posées au cours de cette procédure», ont-ils ensuite ajouté auprès de l’AFP.
«Mein Kampf» à son domicile
La perquisition à son domicile à Plaisir, qui était piégé, a permis la «découverte d’armes ou d’éléments d’armes, soit notamment un chargeur, deux poings américains, une baïonnette en acier et un silencieux», a détaillé le procureur.
Ont aussi été retrouvés un exemplaire de «Mein Kampf» d’Adolf Hitler, un Coran et une Bible ainsi que différents autocollants: 30 avec la mention «Vive la France, RN, fier d’être français», 99 avec «100% français/vive la France» et 98 avec «Soutien aux forces de l’ordre».
En 2021: «Mein Kampf», les écrits de haine d’Adolf Hitler sont réédités sous bonne garde historiqueKévin T. a indiqué avoir «lui-même dessiné ces autocollants», puis avoir «commandé leur fabrication via Amazon il y a plus d’un an». Olivier Christen a fait état d’une «très grande préparation de l’action criminelle», avec l’acquisition, en septembre, de «plusieurs éléments d’armes de nature à renforcer l’efficacité tactique du pistolet mitrailleur Sten, d’un brassard police et de menottes».
Interrogé sur les photographies découvertes sur le site France Palestine datées du 21 février 2018 ou sur les réunions «Stop Pub» où il apparaissait, il a indiqué avoir un temps «infiltré les gauchistes», a éclairé Olivier Christen.
«Comment s’est-il procuré cet arsenal?»
Kévin T., condamné à quatre reprises par le passé, la dernière fois en 2012, a fait état de problèmes psychologiques ainsi que d’une forte consommation de stupéfiants dès ses 13 ans. Olivier Christen a précisé que selon le médecin, «le diagnostic de schizophrénie allégué par Kévin T. était davantage une interprétation de l’intéressé qu’une conclusion médicale».
Lire aussi: «Il n’y a pas les gens fous d’un côté et les gens normaux de l’autre»: les troubles de la santé mentale à l'épreuve des préjugésVendredi matin, à bord de sa voiture, cet homme, inconnu des services de renseignement, a abattu un Français de 26 ans originaire de la République démocratique du Congo, Pengo Bossio Wangi, et a blessé sept personnes, dont plusieurs d’origine africaine ou maghrébine, à Trappes et La Verrière. Les analyses ont révélé «la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang» au moment de l’attaque ainsi que de molécules «cohérentes avec la prise des médicaments antipsychotiques et antidépresseurs», d’après le Pnat.
L’instruction «doit désormais permettre de répondre à toutes les questions que ce dossier soulève: comment un individu aussi dangereux a-t-il pu préparer un tel acte sans jamais être repéré en amont? Comment s’est-il procuré cet arsenal?», a souligné auprès de l’AFP Yassine Bouzrou, avocat de cinq personnes, dont le blessé en urgence absolue.
«Ce que nous apprennent les déclarations de cet homme, c’est que le Rassemblement national lui a fourni une munition idéologique et que c’est cette munition qui est sortie de son arme vendredi», a estimé Romain Ruiz, avocat d’un homme «atteint par deux balles aux jambes».
Une bagarre trois jours avant le périple meurtrier
Le 20 octobre, trois jours avant son périple meurtrier, il a été filmé en train de «se battre avec un homme noir» dans une station-service où il travaillait comme prestataire, a indiqué à l’AFP une source proche du dossier, confirmant des informations de Mediapart.
Selon le parquet de Nanterre, Kévin T. a été interpellé ce jour-là pour avoir frappé un automobiliste dans une station-service de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), puis entendu en audition libre pour violences volontaires.
L’attentat a enflammé le débat politique et plusieurs rassemblements ont eu lieu pour «dénoncer la banalisation de la haine raciste».


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