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On attend toujours un premier vrai album d’Anyma Ora’, mais son spectacle attire déjà l’attention. Le Festival international Présence autochtone a bien vu en offrant sa grande scène extérieure, place des Festivals, à la jeune autrice-compositrice-interprète wendate. FISH, sa chanson toute fraîche, signale un retour au studio pour l’artiste pop qui estime que monter sur une scène est en soi un geste d’affirmation culturelle : « Je suis autochtone ; tout mon être incarne le passé de nos peuples », explique la musicienne, en entrevue avec Le Devoir.
Sur disque, Anyma Ora’ne laisse que subtilement paraître ses racines wendates. L’oreille aiguisée reconnaîtra dans le refrain de Circus, tirée de son premier minialbum, HUMANS (2021), l’écho d’un chant traditionnel ; pour le reste, on est dans la pop moderne du genre qui envahit les listes de lecture des plateformes d’écoute en continu : sucré, accrocheur, romantique, dansant.
Sur scène, Anyma Ora’, c’est une autre affaire : sa chanson pop électronique, interprétée en anglais, fait de la place à deux anciennes chansons wendates, alors qu’un danseur s’active aux côtés de la musicienne, vêtu d’un regalia.
« C’est un honneur de pouvoir représenter ma communauté avec ma musique à Présence autochtone, se réjouit-elle. Je le prends comme un cadeau d’avoir une place parmi les artistes autochtones sur cette scène et de partager mon univers, qui détonne de ce qu’on entend de la part des artistes autochtones », ajoute-t-elle en évoquant les musiques de guitare (folk, rock, blues, country) qu’affectionnent de nombreux musiciens issus comme elle des Premières Nations.
S’il fallait le situer sur la carte du ciel musical, on rapprocherait le son d’Anyma Ora’de celui d’une Anachnid (de la nation oji-crie), voire d’une Tanya Tagaq (inuite) — toutes deux beaucoup plus expérimentales dans leurs démarches respectives —, plus près encore de la chanson soul et pop électronifiée d’Eadsé, autrice-compositrice-interprète qui a, comme Anyma Ora’, des racines wendates et qui lançait au printemps 2025 son premier album, Healer.
Fiez-vous à FISH : parue le 10 juillet dernier, la nouvelle chanson ravit par sa réalisation électro-pop scintillante et sa mélodie R&B, un ingrédient musical inédit dans la (courte) œuvre d’Anyma Ora’, concentrée dans un minialbum et les quelques singles qui ont suivi.
Si FISH annonce bien une suite, celle-ci sera accrocheuse. « J’ai composé cette chanson alors que je traversais une rupture avec un proche, raconte la musicienne, née Danyka Sioui. Je vivais de la colère et de la frustration, mais pour écrire une chanson, j’ai plutôt besoin d’être dans un bon état d’esprit. Or, j’avais prévu une séance d’écriture avec mon guitariste Jessy Mercier ; j’avais zéro énergie, ça ne me tentait pas, mais Jessy a commencé à gratter quelque chose… » La chanson est sortie d’un coup, avec une voix plus grave, une énergie inhabituellement retenue, son chant traduisant une envie de s’isoler du monde, « comme un poisson dans l’océan ».
Le reste du prochain album, sur lequel planche ces jours-ci le compositeur et coréalisateur de Québec Pierre-Olivier Couturier (collaborateur de Loud, de Lova, d’Aswell, de White-B, de Roxane Bruneau), sera plus pop et enjoué, promet-elle. La proposition musicale d’Anyma Ora’étonne par son caractère franchement pop, dans l’air du temps par sa facture électronique — toujours en anglais, pour l’instant.
Un rôle de porte-parole
« J’ai passé mon enfance dans une école anglaise, c’est pour ça que mes références musicales sont anglophones et que, lorsque je compose, l’inspiration me vient avec des mots anglais », dit la musicienne, par ailleurs parfaitement bilingue. Et la langue wendate ? « Personne ne la parle, déplore-t-elle. Mon grand-père ne [la] parlait pas, mon père non plus. » Son défunt père, Gaëtan Sioui, lui a heureusement transmis l’histoire de son peuple, le goût de la pêche et celui de la musique pop, ayant cofondé la formation musicale Sondaky dans les années 1990.
Le wendat est une langue en cours de revitalisation, explique Danyka. « Depuis une vingtaine d’années, les linguistes retrouvent les mots et travaillent à la ranimer. C’est triste, mais c’est aussi porteur d’espoir, surtout quand je pense à une artiste comme Sandrine Masse, qui chante en français en ajoutant des mots wendats, et au travail d’Andrée [Levesque] Sioui, qui écrit des histoires pour enfants avec des mots wendats pour transmettre la langue aux enfants. »
« Je compose la musique que j’aime écouter moi-même. Je vais toujours sonder dans mon cœur, dans mon inspiration, pour trouver des éléments de la culture wendate que je pourrais mettre en valeur, même si ce n’est qu’ornemental. Par contre, en spectacle, je trouve que ce lien aux traditions se fait bien. Ce que je raconte aussi au public sur scène, c’est ce que j’ai appris de ma culture. Je trouve ma propre manière d’enraciner ma musique dans la culture autochtone autrement que par la musique traditionnelle. »
« De par mon rôle d’artiste, je me sens forcément un peu le devoir d’agir comme une porte-parole de ma communauté et de celles des Premières Nations en général, poursuit Anyma Ora’. Je rappelle au public notre passé, d’où on vient, et comment l’histoire n’a pas été toujours racontée de la bonne manière. On parle beaucoup de réconciliation, mais elle n’est pas possible sans vérité, sans discussions autour de l’histoire. Sur scène, le plus important, c’est la communication entre qui je suis, femme autochtone, et le public qui a soif d’en apprendre davantage sur moi. »
La chanson FISH d’Anyma Ora’ est disponible sur toutes les plateformes d’écoute ; son concert aura lieu le 5 août, à 20 h 30, sur la place des Festivals. La 36e édition du Festival international Présence autochtone se déroulera du 4 au 13 août.


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