Alors que la digitalisation de la société est plus que jamais effective en Chine, le gouvernement s’alarme d’un phénomène prenant de plus en plus d’ampleur. Dans ce pays, le nombre de femmes amoureuses des intelligences artificielles est en hausse constante. Pour Pékin, cette situation comporte des risques pour l’avenir démographique du pays.
De plus en plus de femmes préfèrent les IA aux hommes réels
En 2013, le film Her dépeignait l’histoire d’un homme solitaire et dépressif suite à son divorce, faisant l’acquisition d’une intelligence artificielle personnelle intuitive et évolutive. Theodore Twombly (Joaquin Phoenix) développe alors une relation de plus en plus proche avec l’IA, avant d’en tomber éperdument amoureux. Ce film d’anticipation a peut-être visé juste, puisque moins d’une quinzaine d’années plus tard, nombreuses sont les personnes nouant ce genre de relation avec des chatbots IA.
Comme l’explique le New York Times dans un article du 26 février 2026, les « compagnons virtuels » font partie du quotidien d’un certain nombre de femmes en Chine. Elles se confient à propos de leurs craintes dans la vie, racontent leurs journées et tentent même d’imaginer une vie commune avec l’IA. Certaines femmes estiment même ne plus du tout envisager de rencontres avec des hommes réels.
Le phénomène a pris une telle ampleur que le gouvernement de Xi Jinping n’a pas tardé à montrer son inquiétude. Depuis l’abandon de la politique de l’enfant unique en 2016, le pays tente de motiver sa population – et particulièrement les jeunes femmes – à se marier et avoir des enfants. Or, une partie de ces mêmes femmes semble ne plus faire attention aux hommes dans la réalité.
Crédit : PickPik
Quelle est la réaction du gouvernement chinois ?
Pékin estime désormais que le phénomène peut précipiter la chute démographique du pays, alors que la situation n’est déjà pas au beau fixe. En effet, la population diminue progressivement, avec un taux de fécondité faisant partie des plus faibles au monde. Ainsi, le gouvernement a commencé à mettre en garde les entreprises technologiques contre toute volonté de remplacer les relations sociales par des interactions virtuelles. L’objectif est d’éviter que de plus en plus de jeunes se détournent du couple, du mariage et plus généralement, de la famille. Paradoxalement, l’explosion du nombre de femmes amoureuses des IA va de paire avec la promotion massive de ces IA par le gouvernement lui-même.
En Chine, toute une génération est maquée par le chômage, la pression sociale mais aussi, le mouvement contestataire du « lying flat » consistant à privilégier le temps de repos à celui du travail. Dans ces conditions et cet état d’esprit, de plus en plus de personnes – surtout des femmes – perçoivent les relations virtuelles comme étant plus simples et faciles à entretenir. Bien que non réels, ces compagnons ont le « mérite » de ne pas juger et ne pas décevoir.
Ce phénomène se multiplie en Chine car les IA comblent un profond vide émotionnel, en offrant un espace plus serein pour communiquer mais aussi, parler de ses propres émotions. Or, la société chinoise n’est pas vraiment un terrain propice à l’expression libre, la douceur, l’écoute et le partage des émotions. Si le mal semble déjà fait, le gouvernement a néanmoins instauré une nouvelle règle : les plateformes devront réagir dès lors qu’un utilisateur développe une dépendance émotionnelle dite « malsaine » avec une IA. Pourtant d’un autre coté, les autorités ne semblent pas vraiment tenter de s’attaquer au réel problème sociétal poussant certaines femmes à se rapprocher des chatbots.


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