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En braquant des jumelles sur un monolithe de 23 mètres en 2020, un égyptologue a littéralement lu sept messages que Paris ignorait depuis 1836

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Chaque jour, des milliers de touristes et de Parisiens traversent la place de la Concorde sans se douter qu’ils côtoient un message vieux de plus de trois mille ans. Au sommet de l’obélisque égyptien, à une hauteur que personne n’avait pu examiner de près depuis son installation en 1836, un égyptologue affirme avoir mis au jour sept inscriptions codées. Des cryptogrammes hiéroglyphiques conçus pour glorifier Ramsès II et visibles uniquement sous des angles bien précis, restés invisibles aux yeux des passants pendant près de deux siècles.

À retenir

  • En 2021, l'égyptologue Jean-Guillaume Olette-Pelletier a pu accéder au sommet de l'obélisque grâce à un échafaudage de restauration, une première depuis son installation en 1836.
  • Il affirme y avoir identifié sept inscriptions cryptographiques glorifiant Ramsès II, visibles uniquement sous des angles précis, dont un signe du « ka » caché dans sa coiffe.
  • Cette étude, à paraître dans la revue ENiM, n'a pas encore été évaluée par les pairs et reste donc à confirmer scientifiquement.

Un monument millénaire caché en pleine ville lumière

L’obélisque de la Concorde ne date pas d’hier. Commandé par Ramsès II, pharaon qui régna sur l’Égypte antique de 1279 à 1213 avant notre ère, ce monument de granit rose trônait autrefois devant le temple de Louxor. Il a été offert à la France par le vice-roi d’Égypte en 1830, avant de rejoindre Paris et de s’ériger sur la place de la Concorde en 1836.

Depuis cette date, le monument de 23 mètres de haut, soit environ 75 pieds selon l’unité utilisée à l’époque de son installation, faisait partie du paysage parisien sans que personne ne puisse vraiment l’examiner de près. Son sommet, trop élevé pour être étudié à l’œil nu depuis le sol, gardait ses secrets hors de portée des chercheurs.

Il aura fallu attendre des travaux de rénovation pour que la situation change. C’est en 2021, grâce à un échafaudage monté dans le cadre d’une restauration, que l’égyptologue Jean-Guillaume Olette-Pelletier, enseignant à Sorbonne Université et à l’Institut catholique de Paris, est devenu le premier spécialiste à accéder physiquement au sommet de l’obélisque depuis son installation.

Son intérêt pour le monument ne date pourtant pas de cette occasion. Dès 2020, lors de ses promenades autorisées pendant le confinement, le chercheur avait déjà repéré une anomalie sur la pierre. Il aura fallu patienter plus d’un an, et les travaux liés à la préparation des Jeux olympiques de Paris, pour qu’il puisse enfin observer les inscriptions de près.

Sept messages secrets gravés pour n’être vus que des dieux

Ce que Jean-Guillaume Olette-Pelletier décrit n’est pas une simple décoration supplémentaire. Selon lui, sept inscriptions cryptographiques de l’obélisque de la Concorde glorifient Ramsès II et n’étaient lisibles que depuis des angles précis, un dispositif qui n’a rien d’un hasard de gravure.

La face occidentale du monument, celle qui faisait autrefois face au Nil, concentrerait le message le plus fort. Ses inscriptions supérieures affirmeraient que Ramsès II avait été choisi par les dieux eux-mêmes et qu’il possédait une essence divine. Un argument d’autorité gravé dans la pierre, destiné à asseoir la légitimité du pharaon aux yeux de tous.

Le chercheur relie ces messages à la fête d’Opet, une célébration religieuse qui amenait la noblesse égyptienne jusqu’à Louxor par bateau. Pour lui, il s’agirait d’une forme de propagande raffinée, pensée non pas pour le peuple mais pour l’élite intellectuelle de l’époque, seule capable de décrypter ces subtilités visuelles.

L’un des cryptogrammes les plus intrigants se cacherait dans la coiffe de Ramsès II. Des cornes de taureau, sculptées sur le monument, formeraient en réalité le signe hiéroglyphique du « ka », une notion égyptienne liée à l’énergie vitale, mais uniquement lorsqu’on les observe sous un certain angle. Un détail qui échappe totalement à l’observateur distrait.

Le génie oublié des scribes de Ramsès II

Ce qui rend cette découverte particulièrement fascinante, c’est la sophistication technique qu’elle révèle chez les scribes de l’époque. La scène de la face ouest, par exemple, ne deviendrait réellement interprétable qu’en se plaçant sous le monument selon un angle de quarante-cinq degrés, précise le chercheur. Un calcul géométrique digne d’un véritable architecte de la communication visuelle.

Deux lignes de hiéroglyphes iraient encore plus loin dans la prouesse. Selon leur sens de lecture, elles livreraient des messages différents, l’un d’eux renfermant le nom de couronnement complet de Ramsès II. Une forme de double lecture qui transforme la pierre en un véritable jeu d’esprit pour initiés.

Cette pratique de cryptographie hiéroglyphique n’est pas totalement inconnue des égyptologues. Elle avait déjà été identifiée dès les années 1950 par le chanoine Étienne Drioton, qui avait ouvert la voie à ce type de lecture codée des monuments égyptiens. Les travaux d’Olette-Pelletier s’inscriraient donc dans la continuité de cette discipline, en l’appliquant pour la première fois à l’obélisque parisien.

Les résultats de cette étude devaient être publiés dans la revue française d’égyptologie ENiM. Il convient toutefois de garder une réserve importante : au moment de l’annonce, ce travail n’avait pas encore été évalué par les pairs, étape incontournable avant toute validation scientifique définitive.

Reste que cette hypothèse, si elle se confirme, changerait durablement notre regard sur un monument que l’on croyait parfaitement connu. La prochaine fois que vous traverserez la place de la Concorde, un petit détour du regard vers le sommet de l’obélisque ne sera peut-être plus un simple réflexe touristique, mais une tentative, même vaine à l’œil nu, de percer un secret vieux de plus de trois mille ans.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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