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Connaissez-vous la différence entre un batracien et un amphibien ? Olivier Dugaillez, herpétologue (spécialiste des reptiles et des amphibiens) de son état et écopédagogue aux Cercles des Naturalistes de Belgique, oui. "Le mot amphibien comprend une série d'espèces, dont certaines qui sont éteintes, ainsi que des espèces qu'on ne trouve pas dans nos régions. En fait, tous les batraciens de nos régions sont des amphibiens, mais tous les amphibiens du monde ne sont pas des batraciens", explique le spécialiste.
Les grenouilles rousses, crapauds communs, tritons et autres salamandres terrestres qui peuplent nos forêts et nos plans d'eau sont donc des batraciens. Mais ces bestioles sympathiques ne s'en portent pas mieux pour autant. Au contraire, scientifiques et associations de terrain s'alarment du déclin rapide d'animaux autrefois communs dans nos régions. À l'échelle mondiale, la situation n'est pas plus rassurante. Avec 41 % d'espèces menacées, les amphibiens constituent la classe de vertébrés à l'avenir le plus incertain, devant les requins (37 %), les mammifères (26 %) et les reptiles (21 %). Chez nous, le sort de la grenouille rousse, encore récemment considérée comme l'espèce la plus abondante en Wallonie et du crapaud commun est jugé particulièrement préoccupant.
"Il y a plusieurs manières d'aider les grenouilles" : au printemps, des sauvetages de batraciens ont lieu aux quatre coins de la WallonieL'impact des espèces exotiques
"La grenouille rousse décline de façon très inquiétante depuis une dizaine d'années, sans qu'on ait pu identifier avec certitude la raison de ce déclin. Il y a encore quelques années, il y avait des sites de ponte qu'on pouvait décrire en mètres carrés tant ils étaient étendus, avec des gros amas d'œufs qui flottaient à la surface. Maintenant, ces zones se comptent sur les doigts des deux mains", soupire Olivier Dugaillez.
La présence d'espèces exotiques envahissantes comme le raton laveur, qui connaît une forte expansion depuis les années 2010 ne serait pas étrangère à ce déclin. "L'explosion des populations de ratons laveurs en Belgique correspond assez bien avec le début du déclin des grenouilles rousses. Le raton laveur est un animal opportuniste qui se met tout ce qu'il trouve sous la dent. S'il tombe sur une ponte de grenouille rousse, il est fort probable qu'il mange une grande partie des œufs", suggère le naturaliste.
"Nous n'arrivons pas à endiguer le phénomène" : l'invasion de ratons laveurs prend de l'ampleur en WallonieMais le mammifère masqué n'est pas le seul à blâmer. Les autres coupables présumés de la diminution des populations de grenouilles rousses sont la perte et la dégradation des habitats liées aux activités humaines. "Les batraciens ont besoin de toute une mosaïque d'habitats pour boucler leur cycle : ils ont besoin d'eau stagnante pour se reproduire, sauf la salamandre qu'on retrouve plutôt dans des petits ruisselets bien oxygénés. Beaucoup d'espèces de batraciens ont également besoin d'un habitat terrestre pour leur phase estivale et pour passer l'hiver, les batraciens ont besoin de sous-bois riches en bois mort et en anfractuosités. Il leur faut des lisières bien détachées, des haies larges et vives et des plantes herbacées, or tous ces habitats sont progressivement détruits par les activités humaines tous secteurs confondus", déplore le naturaliste.
Cerise sur le crapaud, les dérèglements climatiques n'arrangent rien. "La grenouille rousse est une espèce qui aime bien se reproduire dans les points d'eau temporaires comme des ornières après la pluie. L'avantage de ces points d'eau, c'est qu'on y trouve peu de prédateurs, ce qui permet à la grenouille de boucler son cycle de reproduction assez rapidement. Mais ces points d'eau temporaires disparaissent en période de sécheresse ou de canicule. En plus, avec le réchauffement climatique, on a souvent de grands blocs au niveau de la météo : des périodes de sécheresse qui durent plusieurs semaines ou du vent froid et sec qui rend les sites de reproduction inaccessibles. Les hivers de plus en plus doux constituent également un problème. En hiver, les batraciens sont au repos pendant une longue période. Mais les températures douces ou l'arrivée précoce du printemps provoquent des réveils multiples ou plus tôt dans la saison. Les migrations ont donc lieu plus tôt dans l'année et en cas de gros coup de froid au début du printemps, les cycles se retrouvent perturbés."
La perturbation des saisons augmente en outre la mortalité sur les routes. "Avant, toutes les populations de batraciens sortaient d'hibernation d'un coup. Maintenant, du fait de ces réveils multiples, la saison de la migration est étalée dans le temps, ce qui prolonge la période risquée sur nos routes", pointe le spécialiste.
Champignon tueur de salamandres
La situation de la salamandre terrestre pourrait être encore plus inquiétante que celle de la grenouille rousse. En cause, la propagation de Bsal, un champignon originaire d'Asie du sud-est. "Il est arrivé chez nous via le commerce d'espèces exotiques, les Nac (nouveaux animaux de compagnie, NdlR), comme on les appelle. Les espèces originaires d'Asie se sont adaptées au champignon mais ici, les populations sont en train d'être décimées. Aux Pays-Bas, on estime que 99 % des salamandres ont disparu. Une fois que le champignon est présent dans la population, on ne peut plus rien faire", regrette Olivier Dugaillez.
Les herpétologues mettent en garde: "Nous demandons aux promeneurs de nettoyer leurs chaussures pour limiter la propagation de la maladie"Pour autant, les défenseurs des batraciens ne veulent pas s'avouer vaincus. "Des actions collectives, concrètes et scientifiquement fondées, permettraient de ralentir, voire d'inverser, l'effondrement de ce groupe d'espèces", affirme ainsi Natagora. L'association en veut pour preuve le succès du programme de réintroduction de la rainette verte, "qui commence à donner des résultats très encourageants" ou encore l'amélioration de la situation du sonneur à ventre jaune, qui a vu ses populations augmenter l'an passé suite à une forte mobilisation.
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