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En Allemagne, du porte-à-porte pour contrer la montée de l’extrême droite : “Nous sommes la majorité ! Agissez !”

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Lola Mehring et Michel Schlichtenberger sont désormais aguerris. Cela fait huit semaines que, chaque week-end, ces étudiants de 24 et 26 ans frappent aux portes dans la ville d'Erfurt – capitale de la Thuringe – pour appeler à se mobiliser contre l'extrême droite. Cette région est l'un des bastions du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui, avec 34 % des suffrages, est arrivé en tête lors des élections locales de 2024.

Lola Mehring et Michel Schlichtenberger font partie de l'organisation "Résister" qui s'est donné pour but de frapper à 60 000 portes d'ici au 4 juillet, date à laquelle l'AfD tiendra son congrès national à Erfurt. Une date loin d'être anodine. "Il y a cent ans, le 4 juillet 1926, se tenait le deuxième congrès du parti national-socialiste, le NSDAP, lors duquel les Jeunesses hitlériennes ont été fondées. Cela a eu lieu à 20 km d'ici, à Weimar. Il est évident que cette date est un signal pour tous les fascistes", note Michel Schlichtenberger. "Björn Höcke, le chef de l'AfD en Thuringe, est prof d'histoire ; il est impossible qu'il ne connaisse pas cette date", complète-t-il.

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Une majorité silencieuse à réveiller

Ce jour-là, Lola, Michel et une soixantaine de volontaires se sont attribué un quartier plutôt bourgeois, composé de pavillons, en bordure d'un parc. L'accueil y est souvent positif, comme avec ce couple sur le point de sortir de chez eux. "Je trouve votre action courageuse et importante", commente Christiane. "En ces temps de résignation et de perte d'espoir, cela fait du bien de voir que les jeunes s'activent contre l'AfD."

Lola et Michel leur expliquent leur objectif : réunir le plus de manifestants possible le 4 juillet pour gêner, voire empêcher la tenue du congrès national de l'AfD. "Réveil à 5 h du matin et rendez-vous devant la salle des congrès ! Vous serez là ?", demandent-ils. Le couple n'en fait pas la promesse, mais ils soutiennent l'action. C'est déjà ça.

Une maison plus loin, une mère de famille a déjà prévu de manifester. "J'ai peur pour la démocratie, je me demande quel avenir auront mes enfants, s'ils vivront dans une Allemagne tolérante et libre comme j'ai pu le faire", explique-t-elle. Et de constater que "même si elle vit dans une bulle", avec des gens qui pensent comme elle, elle sent pointer les soupçons au quotidien, comme chez le fleuriste lorsqu'elle voit un "tatouage étrange" sur un client. Une voisine, dans le même immeuble, confirme. "Les 34 % d'électeurs de l'AfD sont parmi nous, mais nous ne le savons pas forcément", lance cette dernière.

Pour ces jeunes du mouvement "Résister", le but premier de ce porte-à-porte est de susciter une réaction de la part de cette majorité, souvent silencieuse, opposée à l'extrême droite, mais qui se sent isolée face à des extrémistes plus audibles. "Les gens se sentent impuissants, ils sont insatisfaits de la politique nationale et voient monter l'AfD. Nous leur disons : 'nous sommes la majorité ! Agissez !'", explique Michel Schlichtenberger.

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Dialogue et conviction, face aux portes qui claquent

Parmi les participants, ce jour-là, certains ont vécu des expériences difficiles : des portes qui se claquent, ou cet habitant furieux lançant des propos antigauchistes. D'autres racontent avoir engagé le dialogue avec des sympathisants de l'AfD. "En leur demandant pourquoi ils soutiennent ce parti, nous les mettons devant leurs contradictions. Ils se questionnent. Cela peut contribuer à un changement", ose croire un jeune homme.

Luisa, 23 ans, préfère tenter le dialogue avec des connaissances ou dans son cercle familial. "On sent que les gens s'inquiètent pour la situation économique. Je leur réponds que je m'inquiète aussi. En tant qu'étudiante, je vois les loyers et les prix grimper au supermarché. Or l'AfD ne répondra pas à leurs craintes car elle ne soutient que les grandes entreprises et veut affaiblir le système social", note cette étudiante en sciences politiques et économiques.

La perspective que l'extrême droite puisse gouverner sa première région, en Saxe-Anhalt, à l'issue des élections de septembre − où elle est créditée de 42 % des intentions de vote − motive encore davantage ces activistes.

Dans son programme, l'AfD en Saxe-Anhalt s'en prend aux enseignants, aux migrants, aux Églises et à la télévision publique. "La perspective qu'elle puisse arriver au pouvoir pousse les gens à lire le programme et à comprendre les enjeux : cela serait un vrai danger pour la démocratie", constate Luisa.

Dans la petite assemblée, un participant estime que la lutte n'est pas vaine. Lors du porte-à-porte, un électeur de l'AfD lui a "promis de lire enfin le programme" du parti. Un premier pas…

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