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En alignant des toits de planches, des rues et des lumières au nord de Paris, les Français ont littéralement offert aux équipages allemands une ville qui n’existait pas

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Au nord de Paris, entre Villepinte et Maisons-Laffitte, des ouvriers et des artistes ont dressé pendant plusieurs mois des rues, des gares et des usines qui n’ont jamais accueilli le moindre habitant. Ce chantier grandeur nature visait un seul objectif : faire croire aux pilotes allemands qu’ils survolaient la vraie capitale, alors qu’ils fonçaient droit sur des champs. L’idée a germé fin 1917, quand les autorités françaises ont décidé de construire une réplique de Paris pour détourner les bombardiers ennemis vers une zone sans population.

À retenir

  • Une réplique de Paris a été construite entre Villepinte et Maisons-Laffitte pour détourner les bombardiers allemands vers des zones sans population.
  • L’ingénieur Fernand Jacopozzi a conçu un système d’éclairage calibré imitant les lampadaires parisiens pour créer une illusion crédible vue du ciel.
  • Le projet s’est arrêté net en septembre 1918 après deux mois de fonctionnement, avant que l’armistice ne rende le stratagème inutile.

Sommaire

  1. Un décor de planches pensé comme une vraie ville
  2. Des lumières calibrées pour tromper l’œil
  3. Un chantier stoppé net par l’armistice

Un décor de planches pensé comme une vraie ville

Des structures en bois et en toile ont été assemblées par une équipe d’artistes chargée de peindre une ville entière, sous la direction de l’ingénieur Fernand Jacopozzi. Ce nom n’est pas anodin : c’est le même homme qui illuminera plus tard la Tour Eiffel, et son savoir-faire en électricité a été mis au service du camouflage. L’armée décide de mettre en place des leurres pour que les Allemands bombardent des zones inhabitées, avec l’idée de créer des éclairages semblables à ceux des gares et des boulevards.

Quatre emplacements ont été étudiés autour de la capitale. Baptisées A1, A2, B2 et C, les zones se situaient à l’est entre Chelles et Torcy, au nord au-delà de Saint-Denis, ou encore au nord-est entre Fontenay-en-Parisis et Villepinte. C’est dans ce secteur, au nord-est de Paris, que le projet a le plus avancé. Des boucles de la Seine identiques à celle traversant la capitale ont été repérées pour installer ce faux Paris, et la construction d’une Gare de l’Est factice a débuté au nord de Villepinte.

Les axes majeurs de la vraie ville ont eux aussi trouvé leur double sur le terrain. Les emplacements des fausses gares ont été placés à des endroits correspondant à leur position réelle, autour d’un bras de Seine dont la forme rappelle celui qui traverse la capitale, et les grands axes parisiens ont été reproduits pour être illuminés, avec la place de l’Étoile, les grands boulevards ou encore la place de l’Opéra. Rien n’était laissé au hasard.

Des lumières calibrées pour tromper l’œil

Le détail le plus troublant concerne l’éclairage. Des toiles translucides peintes, imitant les verrières sales des gares, sortaient des ateliers de camouflage, et l’éclairage était réglable pour imiter la faible luminosité des lampadaires lors des alertes. les ingénieurs français ne cherchaient pas à créer une ville trop éclatante. Ils voulaient reproduire une ville mal occultée, celle qu’un pilote aurait pu repérer par erreur en pleine nuit.

Une photographie conservée dans les fonds d’archives donne une idée concrète de ce dispositif. Une partie de la fausse ville avait déjà été créée au moment de l’armistice, et une photo montre un champ de voiles lumineuses supposé représenter aux yeux des pilotes allemands en vol nocturne la Gare de l’Est près de Beauchamp. Un décor de toile tendue, posé au milieu des cultures.

Deux clichés seulement ont circulé à l’époque. Seules deux photographies, publiées dans L’Illustration, figurent des toiles tendues et des baraquements de bois perdus dans les champs, l’une représentant la fausse gare de l’Est, l’autre une installation censée donner l’illusion, de nuit, d’un train en marche. Ces images restent aujourd’hui la trace la plus tangible du projet.

Un chantier stoppé net par l’armistice

Le calendrier a joué contre le faux Paris. Les premières répliques ne furent achevées qu’en septembre 1918, soit seulement deux mois avant l’armistice. Deux mois. C’est le temps qu’il aura fallu pour que la guerre s’arrête avant que le piège ne serve.

L’armistice entraîne l’abandon du projet, et les répliques ayant été achevées juste après le dernier bombardement allemand, leur efficacité ne put être vérifiée. Le faux Paris n’a donc jamais été bombardé. Un historien cité dans les archives résume la situation d’une formule sans appel : « La guerre se termina avant que le stratagème ait fait ses preuves. L’entreprise de camouflage était inachevée lorsque l’armistice de novembre 1918 y mit un terme ».

Le projet n’a jamais dépassé le stade de plans pour ses parties les plus ambitieuses. Le faux Paris restera à l’état de plans, mais les principes d’illusion et de manipulation qui ont guidé le projet seront largement utilisés lors de la Seconde Guerre mondiale. Cette filiation technique traverse donc tout le vingtième siècle.

Ce qui subsiste aujourd’hui tient dans les fonds documentaires français. Les archives citent notamment le fonds Valois, conservé à la BDIC, ainsi que des clichés numérisés sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, et des vues publiées à l’époque dans L’Illustration. Un autre document d’archive, l’album intitulé « Organisation de la défense aérienne contre aéronefs du camp retranché de Paris », décrit plus largement les méthodes de défense aérienne mises en place autour de la capitale durant le conflit. Il est aujourd’hui consultable sur le portail culturel du ministère des Armées, Mémoires des hommes, et avait appartenu à Louis Renaud, polytechnicien de la promotion 1882.

Il ne reste donc de ce chantier ni ruines ni vestiges visibles dans les champs du Val-d’Oise ou de Seine-Saint-Denis. Seulement des plans dessinés à la main, deux photographies granuleuses et le souvenir d’un pari technique que la fin de la guerre a rendu inutile avant même qu’il ait pu tromper qui que ce soit.

Sources : slate.fr | europe1.fr

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