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À la faveur de plusieurs vidéos qui ont été vues des millions de fois sur la toile, un lycéen parisien, Elwan, est devenu la figure la plus identifiée du mouvement lycéen en cours. Bon orateur et parfaitement en phase avec la doxa mélenchoniste, le jeune homme représente bien les contradictions et les fantasmes de la gauche populiste.
Elwan prétend qu’il a dix-sept ans. Cette information paraît vraisemblable. Ses cheveux sont blonds et séparés d’une raie soigneuse ; il a le visage d’un premier communiant et porte un petit foulard rouge et blanc au-dessus de son blouson matelassé bleu marine. Il prépare son baccalauréat au lycée Jacques-Decour, dans le IXe arrondissement de Paris, établissement aux belles façades anciennes, aux cours intérieures et au décor Empire.
Patrimoine culturel gauchiste
Elwan prétend qu’il connaît la misère des lycées de banlieue, qu’il est sensible à leur délabrement et qu’il partage la peine, les indignations et le combat de leurs élèves, lesquels y étudiaient encore récemment mais n’y étudient plus beaucoup depuis qu’ils en bloquent les portes. Elwan a pu apprendre en quatrième, puis en première que les Français avaient fait la Révolution contre les privilèges. Elwan prétend maintenant que c’est aux privilégiés de faire la révolution. Elwan connaît ses classiques : il sait qu’on peut hériter du capital. On découvre avec lui que l’on peut aussi hériter de l’anticapitalisme. C’est même un patrimoine qui se transmet sans droits de succession.
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Elwan prétend combattre les discriminations « sociospatiales » et les rapports de domination. Elwan sait choisir ses mots. Elwan prétend d’ailleurs détenir un haut « patrimoine culturel ». Il n’est pas interdit de le croire. Sa rencontre il y a quelques jours dans la rue avec le youtubeur nationaliste Vincent Lapierre, venu filmer le mouvement lycéen, a révélé que certains adolescents savent encore composer des phrases entières, avec un sujet, un verbe et un complément et même soutenir la contradiction. L’opinion s’en est émerveillée après s’être amusée des prononciations laborieuses de quelques autres manifestants moins nantis. Dans un pays où la maîtrise du français devient chaque année plus incertaine, un lycéen qui sait mettre un complément derrière un verbe passe immédiatement pour un petit Cicéron. Il ne lui manque que le Sénat. Mais Mélenchon, en le serrant dans ses bras, lui a promis une tribune.
Quelques jours après, en direct sur LCI, Elwan prétend cependant qu’il ne fait pas de politique. Ou du moins que son action ne s’inscrit pas dans celle d’un parti. La précision est intéressante. Mélenchon l’a oint, les journalistes lui cherchent une vocation médiatique et le présentent comme le visage de sa génération.
Un émerveillement
Elwan prétend que la jeunesse n’est pas écoutée. Elwan, qui appartient à cette jeunesse, est pourtant écouté par les journalistes, les députés, les responsables politiques et plusieurs millions de Français. Elwan est sur LCI. On le retrouve sur TF1. On commente sa diction, sa coiffure, ses opinions. Elwan prétend que les adultes n’écoutent pas les enfants. Les adultes prétendent écouter Elwan. Et les adultes s’émerveillent. Ils s’émerveillent de voir qu’en pensant librement, on peut finalement penser comme eux et que l’héritier de l’insoumission garantit aux anciens révoltés une postérité et une transmission de leur révolte.
Elwan prétend que les professeurs, dont il attend la multiplication administrative, devraient descendre de leur estrade et prêter davantage attention aux réalités vécues par leurs élèves. Sur LCI, il a opposé à Bérénice Levet, docteur en philosophie spécialiste de Hannah Arendt, sa connaissance de la jeunesse et des établissements scolaires. L’intellectuelle a quelques décennies de lectures et d’enseignement derrière elle ; Elwan a dix-sept ans derrière lui. Les conditions du débat sont donc parfaitement équilibrées. Elwan paraît peu disposé à reconnaître que l’autorité du maître procède de ce qu’il sait et de ce que l’élève ignore encore. Elwan prétend qu’il n’ignore pas ce que le professeur prétend savoir. Il prétend que le cours magistral a fait son temps et que la compétence ex cathedra du professeur n’est plus de saison.
Elwan prétend qu’il faut développer l’esprit critique. C’est aussi ce que prétendent les inspecteurs, les recteurs, les directeurs et toutes les huiles de l’Éducation nationale, qui ont inscrit l’engagement, la prise de position et la dénonciation dans le parcours citoyen. Elwan s’applique à l’exercice scolaire de la désobéissance civile. En attendant qu’elles soient évaluées au baccalauréat, il ne manque aucune de ces épreuves pratiques : montage d’une barricade, rédaction d’un communiqué, emploi du mot systémique. Félicitations du conseil de classe.
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Elwan prétend combattre les préjugés, en particulier les préjugés qui assignent les individus à leur origine sociale, géographique ou à leur couleur de peau. Sur LCI, Elwan rencontre Laëtitia Linon, mère de famille, et Elwan prétend qu’elle connaît bien les quartiers difficiles de Marseille. Laëtitia Linon s’étonne des prétentions d’Elwan. « Pourquoi, parce que je suis noire ? », lui demande-t-elle. Elwan prétend que ce n’est pas du tout pour cette raison qu’il l’a prétendue défavorisée. Elwan prétend pourtant connaître la situation des moins chanceux, comme il a prétendu, face à Bérénice Levet, pouvoir se passer de la science des Anciens ou à tout le moins de la lecture que lui en proposent les maîtres.
Elwan prétend que la jeunesse devrait pouvoir débattre librement. On lui présente Louise Montangon, vingt-deux ans, étudiante en philosophie à Bordeaux, responsable du syndicat de droite UNI dans son université et ancienne candidate du Rassemblement national. Elle prétend qu’une minorité bruyante parle fort mais ne représente pas tous les lycéens et que le droit de manifester n’implique pas de priver aux autres celui d’étudier. Elwan prétend défendre les élèves ; Louise prétend défendre ceux qui voudraient entrer en classe.
Alors Elwan prétend ne pas désespérer Clignancourt. Il prétend que son mouvement est une révolte contre l’ordre établi. Mais Elwan prétend que l’ordre établi gagnerait à recruter plus de professeurs, de surveillants et de personnels administratifs. Elwan a été entendu. Le 8 octobre le ministre lui a répondu et promis l’arrivée de trois mille professeurs remplaçants. Elwan prétendra-t-il avoir fait plier le pouvoir ? En attendant, les vacances approchent, les insurgés regagneront leurs pénates et à la rentrée, Elwan retrouvera le chemin du lycée. Comme on prenait jadis la Bastille, on reprend aujourd’hui les cours. Et Elwan prétendra que c’était une révolution.


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Capture LCI.

























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