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La première tour en béton armé d’Europe rouvre au public ce samedi 11 juillet, au terme d’un délicat chantier de restauration.
Passer la publicité Passer la publicitéElle offre à Grenoble son point culminant et l’une des plus belles vues sur les Alpes et Préalpes françaises, dont personne n’a profité depuis presque 66 ans. Une page se tourne donc ce samedi 11 juillet. Fermée au public depuis 1960, la tour Perret va à nouveau accueillir des visiteurs, qui profiteront d’une vue dégagée sur les trois massifs entourant la capitale des Alpes, Belledonne, Chartreuse et Vercors.
Pour une ville qui peut manquer d’arguments touristiques, c’est un événement : 40 000 visiteurs annuels sont attendus pour découvrir un monument iconique mais méconnu. La tour signée par le célèbre architecte Auguste Perret marquait à l’origine l’entrée de l’Exposition internationale de la houille blanche en 1925, grand-messe de l’hydroélectricité alors en plein essor dans la région alpine enserrée de reliefs.
Le pari du béton
Le pari technique et architectural était osé : il s’agissait de l’une des toutes premières tours en béton armé au monde, un matériau que la région connaît bien. C’est à Vif, à une vingtaine de kilomètres au sud de Grenoble, qu’est née dès 1853 la première cimenterie Vicat, du nom de l’inventeur du ciment artificiel. S’élevant à 90 mètres au-dessus du parc Paul-Mistral, où elle est implantée à l’est de la ville, la tour devient la plus haute construction en béton armé d’Europe. Les pavillons voisins démolis, elle reste seule debout, dernier témoin de l’événement.
Les admirateurs d’Auguste Perret et du Havre apprécieront. À Grenoble, la tour est le laboratoire de cette œuvre à venir, l’endroit où l’architecte ose, pour la première fois, le béton à grande échelle qui fait la réputation de la cité normande.
Un sommeil de plomb
À Grenoble, le succès fut pourtant de courte durée. Dès 1952, les piliers montrèrent des signes de faiblesse, l’armature d’acier rouillant sous le béton. Une première tentative de restauration, trop légère, ne suffit pas. La tour ferma en 1960, monument silencieux au milieu du parc Paul-Mistral, sous les yeux de générations de Grenoblois qui grandissent sans jamais y pénétrer.
L’ouvrage eut même son moment de gloire à la télé, en mondovision et en couleur. En 1968, quand la capitale iséroise accueille les Jeux olympiques d’hiver, la tour est visible au second plan — la vasque olympique, toujours installée à deux pas du parc, brûlait alors au sommet du stade provisoire. Il faudra attendre 1998 pour que le bâtiment soit classé Monument historique, et près de vingt ans encore avant qu’un chantier ne s’engage, fin 2023, avec des procédés de conservation encore jamais tentés sur ce type d’édifice, sous la houlette de l’architecte et maître d’œuvre du chantier, François Botton. Parmi les mécènes du chantier à 15,5 millions d’euros, on trouve la Fondation Vicat, comme une boucle de l’histoire — les innovations du cimentier avaient rendu la construction de la tour Perret possible.
Les visites reprennent de la hauteur
Selon l’office du tourisme de la ville, « 1485 billets ont été vendus » depuis le 1er juillet. Comptez 7 euros l’entrée, 5 euros pour les enfants et les moins de 26 ans pour une montée en ascenseur de 60 mètres. Hier soir, de 17 à 23 heures, le pied de la tour s’est animé avec spectacle, DJ set et concerts jusque tard dans la nuit. De quoi raviver la flamme d’un monument à la fois visible de tous mais resté dans l’ombre pendant des dizaines d’année.


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