Mais comment la droite vaudoise triomphante de 2022 en est-elle arrivée là? A faire dire à son mentor et stratège Kevin Grangier qu’«à cinq mois du scrutin, la gauche est favorite»? Avec toutes les cartes en main, la législature qui s’annonçait radieuse a tourné au fiasco, contraignant dès maintenant la fameuse alliance à un drôle d’exercice qui sera de convaincre qu’elle mérite quand même de conserver la majorité. Pour en faire quoi?
L’heure n’est pas au triomphalisme pour Christelle Luisier et ses collègues PLR. Isabelle Moret et Frédéric Borloz cultivent la discrétion, à l’inverse de leur ancienne alliée Valérie Dittli. Mise en cause par plusieurs rapports d’experts et visée par trois procédures pénales, la ministre entend défendre son siège sous les couleurs de son nouveau Mouvement libéral.
Le bilan de la droite est bien terne. Même le succès des 12% ne saurait être porté au crédit de ses ministres étant donné que l’exécutif a combattu cette baisse fiscale. Le PLR a pourtant reconduit ses trois sortants sans contestation. Comment peut-il expliquer à la population que ceux qui ont contribué aux difficultés du canton sont les mieux placés pour le sortir de la panade?
Entravé par de nouvelles baisses fiscales en 2027, le prochain équipage devra ramener les finances à l’équilibre, promis pour 2030. Or la feuille de route annoncée pour le printemps dernier se fait toujours attendre. Et les économies présentées par le collège tiennent davantage d’ajustements comptables que d’une stratégie assumée pour maîtriser les dépenses de l’Etat.
La gauche aurait pourtant tort de se croire déjà aux commandes. Les difficultés de Roger Nordmann à conserver le siège de Rebecca Ruiz face à l’UDC Jean-François Thuillard ont rappelé que la reconquête n’a rien d’acquis. La présidente du PS Vaud affirme que «la majorité ne doit pas être un trophée». Encore faut-il expliquer ce qu’elle permettrait de changer.
Reprendre la barre dans une situation financière aussi délicate mettra à l’épreuve les promesses de défense des prestations publiques: si le ticket rose-vert devient majoritaire, il n’aura pas la tâche facile après un hiver gonflé de promesses sur les étals des marchés.
Avec quatre sièges, la gauche pourrait fixer d’autres priorités. Elle devrait aussi dire comment les financer. Que veut-elle préserver, à quoi accepterait-elle de renoncer et avec quelles recettes tiendrait-elle ses engagements? Les déboires de la droite lui ouvrent une possibilité de reconquête, mais aussi un boulevard de renoncements et de quelques désillusions.


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