Selon une étude du syndicat SE-Unsa dévoilée ce mardi, les relations entre les directeurs d’école et les familles se sont nettement dégradées en 12 ans. Des tensions qui pèsent aussi sur les élèves.

Delphine Bancaud - Hier à 19:30 | mis à jour hier à 20:35 - Temps de lecture :

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Ils croisent les parents le matin ou le soir à la porte de l’école et ce n’est pas toujours une partie de plaisir. Les directeurs d’école constatent une dégradation de leurs relations avec les familles, selon une étude du syndicat SE-Unsa dévoilée ce mardi (*). Les différends entre eux explosent : 8 directeurs sur 10 en ont connu cette année, contre 4 sur 10 en 2013. La défiance semble aussi avoir prospéré : 4 directeurs sur 10 estiment aujourd’hui que les parents ne respectent pas leur autorité, contre seulement 2 sur 10 il y a 12 ans. Plus grave, les violences ont plus que doublé depuis 2013 : un directeur sur deux déclarant avoir subi des insultes (23 % en 2013), 6 sur 10 des menaces (27 %) et 2,5 % une agression physique (0,7 %). Ces crispations ne sont pas sans conséquences sur les enfants : « Cela joue sur leur bien-être et leur réussite », souligne Georges Fotinos, ancien inspecteur général de l’Éducation nationale et auteur de l’étude.

Un constat que nuance un peu Mustafa Ozcelik, vice-président de la FCPE, première fédération des parents d’élèves : « La défiance n’est pas généralisée. Et il faut souligner qu’entre 2013 et 2025, la situation économique, sociale et politique du pays a changé, ce qui a pu exacerber certains conflits à l’école. »

La menace d’aller dans le privé

Des tensions plus fréquentes à l’école élémentaire qu’en maternelle et qui portent sur des sujets très variés. « Les punitions infligées aux élèves sont la première cause de conflits. Les parents ne connaissent pas le règlement intérieur et ne comprennent pas toujours pourquoi leur enfant a été sanctionné », explique Georges Fotinos. Les notes, le harcèlement entre élèves peuvent aussi allumer la mèche.

Autre tendance à la hausse : la propension des parents à remettre en cause les pratiques pédagogiques des enseignants est est constatée par 31 % des directeurs, contre 21 % en 2013. Des nouvelles sources d’inquiétude apparaissent aussi : la menace des parents d’inscrire leurs enfants dans le privé quand ils ne sont pas satisfaits, qu’un directeur sur deux a déjà subie. « Ce chantage au privé intervient quand ils n’obtiennent pas un saut de classe pour leur enfant ou qu’ils se plaignent de l’absence d’un enseignant », observe Johanna Cornou, référente direction d’école au SE-Unsa. L’inclusion scolaire, aussi, devient un facteur de tension quand elle n’est pas bien accompagnée. « Plus il y a d’enfants à besoins éducatifs particuliers dans une école, moins le climat scolaire est bon, moins la qualité des relations est bonne », indique l'auteur de l'étude Georges Fotinos.

Des relations meilleures en éducation prioritaire

Contrairement aux idées reçues : la dégradation des relations entre directeurs et parents est moins forte dans l’Éducation prioritaire que dans les établissements plus favorisés. « Les parents dont les enfants sont inscrits en REP ou REP+ ont souvent une relation plus approfondie avec les équipes pédagogiques, qui les aident parfois pour des démarches administratives », constate Johanna Cornou du SE-Unsa. De son côté, le vice-président de la FCPE Mustafa Ozcelik évoque aussi les effets du dédoublement des classes de CP et CE1 en REP+ puis en REP lors des deux quinquennats d’Emmanuel Macron : « Ce qui prouve que lorsqu’on met des moyens humains en plus, les relations avec les familles s’améliorent. »

Une lueur d’espoir demeure néanmoins : pour Georges Fotinos, une partie des conflits relève davantage du malentendu que d’une opposition de fond et pourrait être désamorcée grâce à une meilleure communication. « Les directeurs ont besoin de plus de temps pour rencontrer les familles et assurer le suivi des élèves à besoins éducatif particulier », estime aussi Johanna Cornou. Le SE-Unsa demande donc au ministre de l’Éducation d’augmenter la décharge pédagogique pour les directeurs, de leur octroyer un soutien administratif et de mieux les former à la gestion de conflit avec les parents. De son côté, Mustafa Ozcelik plaide pour une école encore plus ouverte aux familles. « En multipliant les cafés des parents, les réunions et la médiation via les parents délégués, on peut prévenir les incompréhensions avant qu’elles ne dégénèrent en conflit », estime-t-il.

(*) Enquête réalisée en ligne auprès de 2 810 directrices et directeur d’école primaire publique en novembre et décembre 2025.

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