L’agence de notation Moody’s va très certainement dégrader son évaluation de la France ce vendredi soir, aggravant la défiance des investisseurs envers l’économie du pays. Si l’instabilité de la situation géopolitique sur le long terme est l’une des explications, le chaos sociopolitique actuel ne rassure pas vraiment les marchés.

Boris Ivanoff - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

L’agence de notation Moody’s va sans doute rétrograder la France à un simple « A ». Photo d'illustration Sipa L’agence de notation Moody’s va sans doute rétrograder la France à un simple « A ». Photo d'illustration Sipa

De « Aa3 », l’agence de notation Moody’s va sans doute rétrograder la France à un simple « A », ce vendredi soir, dans son évaluation semestrielle. Une dégradation qui aura comme conséquence directe une défiance encore plus grande des investisseurs et des marchés financiers envers l’économie française et la qualité de sa dette souveraine. Mercredi, le taux d’emprunt de cette même dette a atteint 5 %, du jamais vu depuis 2002. Ce qui mécaniquement ne peut qu’accroître le volume déjà colossal des intérêts contractés par la France pour rembourser sa dette publique. « Dans la très probable dégradation de l’évaluation de la France par Moody’s, il y aura un effet de rattrapage. Sur les trois grandes agences de notation (avec Standard & Poor’s et Fitch), Moody’s était la seule à avoir laissé la France à ce niveau. Mais cela montre aussi que plus personne ne croit en l’économie française », indique Anthony Morlet-Lavidalie, responsable du pôle France au cabinet d’études et de conjonctures économiques Rexecode.

Les actuels mouvements sociaux et les pillages des 17 et 18 octobre un peu partout sur le territoire ne sont pas directement à l’origine mais n’y sont pas étrangers non plus. Car au-delà des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, de l’instabilité des cours du pétrole et de la politique commerciale américaine toujours imprévisible, les marchés financiers réagissent à la capacité d’un pays à assainir ses finances publiques. « Ce qui se passe en France depuis une semaine voire depuis un mois pousse les investisseurs étrangers à croire que la France est impossible à réformer. Et donc que l’exécutif n’est désormais plus en mesure de remettre le pays sur la voie du désendettement », énonce l’expert de Rexecode. « La consolidation budgétaire est la seule voie et la seule réponse aux marchés », avait lui-même concédé le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, mercredi matin à l’annonce de la hausse du taux d’emprunt de la dette souveraine.

La courbe de la dette et le climat politique

Mais sans réduction des dépenses et donc sans réforme sociale, peut-il y avoir une consolidation budgétaire ? Les 54 milliards d’euros d’économie souhaités par le Premier ministre Sébastien Lecornu, dont 43 milliards présentés lors du projet de loi de finances et de la Sécurité sociale pour 2027, sont-ils encore tenables ? « C’est exactement ce que les marchés et les agences de notation sont en train d’examiner. Tout ce qui les intéresse c’est la courbe de la dette », confirme Antoine Fraysse-Soulier, analyste pour la plateforme d’investissements internationaux Etoro.

Si les agences de notation « n’ont pas les “mouvements sociaux” même très durs dans leur critère d’évaluation », l’incertitude politique liée à la proximité de l’élection présidentielle, échéance électorale la plus importante pour la France, « ajoute à cette flambée des taux d’emprunt et l’inquiétude des marchés vis-à-vis de la France », selon Antoine Fraysse-Soulier. Pour les investisseurs étrangers, à la fragilité budgétaire s’ajoute « une fragilité institutionnelle », selon Nicolas Laine de l’Institut Montaigne.

Prise de conscience collective

Reste à savoir si l’agence de notation Moody’s ne va pas ajouter du pessimisme au pessimisme dans son évaluation du pays ce vendredi soir. Rétrogader la France dans la catégorie « B » n’est en effet pas « entièrement exclu, même s’il faudrait rétrograder le pays de deux niveaux d’un coup », indique Anthony Morlet-Lavidalie du cabinet Rexecode. Dans la zone euro, la Grèce et l’Italie sont notées « B ». Une prise de conscience collective sur « les efforts à faire sont la seule solution pour sortir de cette impasse et renouer avec la confiance des marchés », affirme l’économiste.

Un impact aussi sur la vie quotidienne des Français

« L’impact [de la hausse du taux d’emprunt de la dette souveraine, NDLR] n’est pas seulement sur les comptes publics, il est dans la vie quotidienne de tous les Français », rappelait mi-octobre le ministre des Comptes publics David Amiel. Les principales banques françaises sont détentrices d’obligations de la dette souveraine. Si les taux d’emprunt augmentent, les titres de la dette française vont mécaniquement leur coûter plus cher, créant pour les banques une perte financière.

« Les taux d’intérêt sur les crédits immobiliers et à la consommation - étant donné qu’il s’agit des premiers produits bancaires - vont alors forcément s’en ressentir et augmenter à leur tour pour les ménages », explique Antoine Fraysse-Soulier de la plateforme Etoro. Pas dans l’immédiat, mais dans quelques mois « le temps que les banques vident leurs stocks de crédits et que les consommateurs en souscrivent d’autres », ajoute le spécialiste. Le taux directeur de la Banque Centrale Européenne et donc celui de la Banque de France (actuellement fixé à 2,9 % pour des taux de crédits au plus bas à 3,3 % dans les banques) pourraient eux aussi suivre cette tendance haussière.

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