La flambée des prix fragilise les stations-service indépendantes qui ne peuvent rivaliser avec le plafonnement de Total sur les prix. En Ardèche, un propriétaire a fait le choix d’arrêter son activité, le temps que le marché s’apaise.

Élodie Bécu - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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SOS petites stations-service en détresse. « Le prix auquel nous devons actuellement acheter le carburant ne nous permet plus de proposer un tarif raisonnable à nos clients tout en maintenant une activité viable, notamment face à la concurrence de certaines stations bénéficiant de prix bloqués ou de conditions d’approvisionnement auxquelles nous n’avons pas accès » : le message, publié vendredi sur la page Facebook du garage Seb auto à Vesseaux dans l’Ardèche, à proximité d’Aubenas, illustre la détresse des stations-service indépendantes depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. La station est pour le moment « fermée temporairement en raison de la situation actuelle du marché ».

Prises en étau entre la flambée des prix des carburants et ceux plafonnés chez TotalEnergies qui assèchent leur flux de clients, les petites stations-service vacillent. « Pour un certain nombre de stations indépendantes détenues par nos adhérents, la situation est dure, en raison d’une baisse d’activité importante », pointe Jacques Goisque, directeur général de la FF3C (Fédération française des combustibles, carburants et chauffages). Les stations indépendantes font face à une équation quasi-impossible pour certaines : « En plus de la baisse en volume, certaines ont du mal à se réapprovisionner, parce qu’elles paient le carburant très cher, sans être sûres de le vendre. Et quand elles y parviennent, c’est que généralement il y a eu une baisse de prix… et donc qu’elles perdent de l’argent par rapport au tarif auquel elles l’ont acheté », poursuit-il.

À Vesseaux en Ardèche, le gérant de la station a décidé de « fermer temporairement en raison de la situation actuelle du marché ». Photo EBRA/Le DL/Fabrice Hebrard

À Vesseaux en Ardèche, le gérant de la station a décidé de « fermer temporairement en raison de la situation actuelle du marché ». Photo EBRA/Le DL/Fabrice Hebrard

Baisse des volumes et hausse des prix

Vendredi, un de ses adhérents lui a confié avoir perdu un de ses gros clients. Un transporteur à qui il vendait 4 000 litres par jour avant la crise lui a annoncé ne plus pouvoir s’approvisionner dans sa station. Les prix sont devenus trop chers et il ne pouvait plus faire autrement que d’aller chez TotalEnergies où ils sont plafonnés. Une mauvaise nouvelle qui s’ajoute à l’absence des clients occasionnels qui ne passent plus à sa pompe. Ils préfèrent rouler des kilomètres complémentaires, et patienter dans une longue file d’attente, pour remplir leur réservoir à un tarif plafonné. En juillet, la FF3C a déposé un recours devant l’autorité de la concurrence. La situation actuelle « désorganise vraiment le marché de la distribution en aval », dénonce Jacques Goisque.

Depuis le début de la crise énergétique, en février 2026, Mobilians - qui regroupe les stations-service indépendantes - a sondé par cinq fois ses adhérents parmi le plus d’un millier d’indépendants (non adossés à la grande distribution ni à une grosse entreprise pétrolière) qui maillent le territoire. « C’est invariable depuis des mois : les stations indépendantes observent une baisse des ventes de -20 % à -40 % », observe Francis Pousse, président du métier des propriétaires-exploitants de stations-service chez Mobilians. « Lors de notre dernier sondage, réalisé il y a une quinzaine de jours, nous avons pointé que 100 à 150 stations sont potentiellement en difficulté », calcule-t-il, estimant qu’il s’agit « d’abord des stations en zone rurale, celles qui font des petits volumes ».

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« C’est un sacerdoce de continuer à vendre du carburant. Cette crise des prix fait basculer un réseau qui était déjà fragile. Dans les petites stations, s’il y a un garage accolé le propriétaire poursuit cette activité-là mais finit par renoncer à la vente de carburant », observe Francis Pousse.

Préserver le maillage en zone rurale

Dans une étude prospective réalisée en décembre, avant la crise du carburant, le syndicat représentant 25 métiers de l’automobile, estimait que 40 % des stations indépendantes pourraient disparaître d’ici 2035, faute de pouvoir passer à l’électrique. La crise du carburant risque d’accélérer, et d’amplifier le phénomène, craint Francis Pousse. « Nous avons alerté le gouvernement pas plus tard que ce week-end sur la destinée de ces stations-service, qu’il faut absolument conserver pour avoir un maillage territorial », explique-t-il. Il plaide pour aider les stations à s’équiper de bornes électriques, à multiplier les activités annexes comme le relais colis, le lavage de voitures, la mise à disposition de casiers pour les agriculteurs ou la vente de sandwichs. « L’objectif est de compenser la marge qui va baisser sur les carburants par d’autres revenus », explique-t-il.

Et de maintenir ainsi une activité dans les zones rurales. « Si vous vous perdez ces entreprises, vous fragilisez tout votre maillage territorial, parce que ces stations-là, ont une vocation économique et sociale dans ces territoires », abonde Jacques Goisque. Après les déserts médicaux, le retrait des services publics, un nouveau risque d’effacement dans les campagnes.

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