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Pour son programme d’hiver, le Ballet national du Canada présente deux pièces diamétralement opposées : Suite en blanc, chorégraphiée en 1943 par Serge Lifar pour l’Opéra de Paris, et Flight Pattern de Crystal Pite, créée en 2018 pour le Royal Ballet de Londres.
La première œuvre est un parangon du ballet néoclassique du XXe siècle, entré au répertoire de la troupe en 2024. On y voit d’abord l’ensemble des danseurs apparaître en majesté avant de disparaître en coulisses et de faire place à une rapide succession de vignettes visant à mettre en lumière la virtuosité technique de l’ensemble.
Suite en blanc remplit toutes les cases de ce qu'on imagine devoir être un spectacle de ballet : tutus classiques et romantiques, costumes blancs et sourires figés sur les visages des interprètes. L’œuvre est reconnue comme un excellent moyen de représenter le sommet de la grâce et de l’élégance d’une maison.
Dansée par le Ballet national du Canada, la pièce fonctionne particulièrement bien, car la technique de la troupe est celle de virtuoses. On pourrait croire que chaque danseur s’efface derrière l’effet de groupe, mais c’est l’inverse qui se produit : Suite en blanc s’avère être une belle création pour mettre en avant chaque individualité.
Au moment où le rideau tombe à nouveau sur toute la troupe, après un final survitaminé, on a l’impression d’avoir passé du temps de qualité avec chacun des interprètes et qu’à la fin, on les connaît mieux.

Siphesihle November est l’un des danseurs étoiles de « Flight Pattern ».
Photo : Ballet National du Canada / Karolina Kuras
Le portrait d’une humanité démunie
La deuxième pièce est un concentré de danse contemporaine sur la crise des réfugiés – tout l’opposé de Suite en blanc, créée pendant l’Occupation et que Serge Lifar voulait éloignée de toute politique.
De costumes blancs, on passe aux nuances de gris et de noir. La scène est occupée par les murs d’une prison monumentale mouvante, le tout plongé dans une obscurité dense dont l’éclairage apparaît de dessus comme si les danseurs évoluaient dans des couloirs souterrains. Pour la musique, on ne pouvait rêver mieux que la Symphonie n° 3 d’Henryk Górecki, qui donne une profondeur accrue à cette pièce résolument dramatique.
Comme dans Angel’s Atlas, présentée à plusieurs reprises ces dernières années par le Ballet national, Crystal Pite s’illustre par son génie dans les compositions de groupe. Elle transforme la troupe en un magma de corps duquel émergent des formes savantes et compose des images d’une précision extrême.
Chaque pas exprime la lutte et la souffrance, les épreuves à traverser pour toute personne qui s’arrache à son foyer en quête d’un avenir. Certains duos prennent la forme de combats. L’ambiance postapocalyptique magnifie ces questions modernes et, dans son ensemble, la chorégraphie mérite l’expression une image vaut mille mots.
On pourrait croire qu'en présentant ces œuvres ensemble, le Ballet national du Canada s’adresse à deux publics différents. Mais on ne peut imaginer un meilleur programme pour les réunir et apprendre aux uns et aux autres à mieux se connaître.
Suite en blanc, chorégraphie de Serge Lifar, et Flight Pattern, chorégraphie de Crystal Pite, sont présentées par le Ballet national du Canada au Centre Four Seasons pour les arts de la scène à Toronto jusqu’au 6 mars. Durée : 1 h 40


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