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Droits de douane : pourquoi des scieries ontariennes jettent-elles l’éponge ?

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À la suite de l’imposition des droits douaniers américains en janvier 2025 sur les produits forestiers, sept scieries ont cessé leurs activités en Ontario. Alors que le gouvernement provincial injecte des millions pour appuyer l’industrie, l’industrie du bois de l’Ontario subit de plein fouet les tarifs douaniers américains, entraînant ces fermetures successives. Peut-on encore inverser cette tendance ?

Deux d’entre elles ont baissé pavillon la semaine dernière.

Comment arrêter l’hémorragie des fermetures ?

Pour alléger le fardeau financier et assurer la modernisation des infrastructures, Michel Lessard, président de Produits Forestiers GreenFirst, soutient que la province devrait emboîter le pas à Ottawa, qui a annoncé une aide au secteur en août 2025 (nouvelle fenêtre).

On sait qu'actuellement avec les taxes douanières, encore une fois de 45%, on a un problème de liquidité dans l'industrie forestière, donc ça prend une aide immédiate.

Du bois d'oeuvre prêt à être livré dans la cour de la scierie Produits forestiers GreenFirst à Hearst.

Produits forestiers GreenFirst exploite quatre scieries dans le Nord de l'Ontario. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Francis Bouchard

Il note que certaines entreprises doivent suspendre des projets de modernisation pour garantir leur pérennité.

C'est certain qu'on a mis plusieurs projets sur pause pour être capable encore une fois de passer à travers cette crise, précise-t-il.

Michel Lessard devant le moulin de Kapuskasing.

Sur la photo, Michel Lessard, président de Produits Forestiers GreenFirst. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Pour sa part, Art Peterson, copropriétaire de la scierie Murillo Millworks depuis 1996, une entreprise de transformation de produits forestiers située à environ 18 km de Thunder Bay, pense que certains enjeux remontent à plus loin.

Il explique que les petites scieries n’ont pas accès à un approvisionnement de fibres constantes des forêts ontariennes pour maintenir leurs activités.

Nous développons un produit, nous amorçons le processus et, au moment où le produit prend son envol, soudainement, la fibre n'est plus disponible , raconte-t-il.

Selon lui, les grands joueurs détiennent le monopole des arbres trouvés sur des terres publiques.

Avec les fréquentes fermetures au sein du secteur, M. Peterson pense que les scieries survivantes récolteront les fruits de la situation.

Il doute que l’aide financière des différents ordres gouvernementaux épaulera les petites entreprises.

Cela aurait été bien de pouvoir profiter de cette occasion il y a 25 ou 30 ans. Aujourd'hui, nous en sommes arrivés à un point où je ne sais plus si je souhaite poursuivre dans ce secteur.

Une tempête parfaite qui frappe durement les scieries

Eric Johnson, vice-président des relations gouvernementales de l’Association des produits forestiers du Canada, indique que les enjeux géopolitiques, la hausse du prix du carburant et le conflit commercial avec les États-Unis représentent des conditions défavorables pour le domaine.

Il note également que c’est difficile de faire abstraction du lien entre le Canada et les Américains.

 L’absence d’un accord sur le bois d’œuvre et la nécessité de composer avec des tarifs et des droits combinés atteignant 45 % ont eu des répercussions concrètes sur le secteur , explique M. Johnston.

Les membres de l’association soulignent aussi l’inaccessibilité aux fibres pour la récolte comme un enjeu important.

 L’incertitude d’accès pendant une certaine période a freiné des investissements potentiels dans certaines des usines, souligne-t-il.

Enfin, il estime qu’un dédoublement des tâches de certains ministères fédéraux et provinciaux allonge le processus d'exploitation.

La scierie au bord de l'eau.

La scierie Lumber Lecours dans le Nord de l'Ontario. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

L’Ontario veut assurer la pérennité du secteur forestier

Pour l’instant, les conditions du marché ont mené aux fermetures de certaines scieries, selon le ministre associé des Forêts et des Produits forestiers, Kevin Holland.

La décision de mettre ces installations à l’arrêt en ce moment est strictement fondée sur le marché et est directement attribuable aux droits et tarifs de l’administration américaine, dit le ministre.

Récemment, la compagnie Interfor a annoncé la fermeture de deux scieries. Interrogé sur cette annonce, M. Holland a déclaré que certains programmes sont mis en place pour appuyer les travailleurs qui seront licenciés.

Nous investissons dans ces entreprises par l’entremise d’initiatives, comme notre programme POWER, pour aider les travailleurs et les communautés à faire la transition lorsqu’ils perdent leur principal employeur , explique-t-il.

Le ministre se tient derrière un lutrin pour faire sa déclaration. Il est sur un chantier. Derrière lui se trouve un ouvrier vêtu d'une veste de sécurité et d'un casque.

Le ministre associé des Forêts et des Produits forestiers, Kevin Holland. (Photo d'archives)

Photo : Capture d'écran/Gouvernement de l'Ontario

En réponse aux coups durs qui ne cessent de fracasser le secteur forestier, le gouvernement ontarien a annoncé une  feuille de route  pour assurer la survie des entreprises de l’industrie, plus tôt cette semaine.

Il s’agit d’un plan qui veut alléger la pression des tarifs douaniers ainsi que la perturbation du commerce mondial, selon la province.

Par contre, Guy Bourgouin, le député néo-démocrate de la circonscription de Mushkegowuk Baie-James, estime que l’intervention du gouvernement n’empêche pas la fermeture à court terme de scieries.

 Il y en a plusieurs qui disent : ''Guy c’est beau ça, mais peut-être qu’on ne survivra pas cette année ou l’année prochaine, avec toutes les conditions actuelles'', déclare-t-il.

Le député néo-démocrate Guy Bourgouin lors d'une conférence de presse devant l'édifice de l'Assemblée législative (Archives)

Guy Bourgouin affirme que le gouvernement provincial doit agir pour protéger les emplois du secteur. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Le ministre a également déclaré en entrevue que le gouvernement souhaite attirer davantage d’investissements, moderniser les infrastructures vieillissantes et alléger ce qu’il décrit comme fardeau réglementaire.

Malgré une volonté des paliers gouvernementaux, Eric Johnson note que l’industrie forestière attend patiemment une entente commerciale entre le Canada et les États-Unis.

Avec les informations de Frédéric Projean.

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