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C’est la douche froide pour les centres de la petite enfance de l’Île-du-Prince-Édouard. Le gouvernement provincial annonce des coupes allant jusqu'à 50 % dans le financement du soutien pédagogique. Le secteur tire la sonnette d'alarme.
Le choc est d'autant plus grand que la nouvelle est tombée sans aucun préavis.
Kathleen Couture, directrice générale de l'Association des centres de la petite enfance francophones de l'Île-du-Prince-Édouard (ACPEFÎPE), indique que l'annonce a été faite lors d'une réunion Zoom mardi soir.
C’était une surprise pour tout le monde, personne ne savait que ça s’en venait, déplore celle qui gère cinq centres.
Dès le 28 juin, le gouvernement réduira jusqu’à 50 % le financement alloué aux mentors pédagogiques.
Concrètement, 70 heures de soutien s'évaporent chaque semaine pour les cinq centres de la petite enfance francophones. À Summerside, un poste à temps plein tombe à mi-temps. Charlottetown perd une demi-personne, tandis qu’à Rustico, Rollo Bay et Évangéline, le soutien est amputé de 10 heures par centre.
Ce mentorat était pourtant le poumon des services de garde, souligne Kathleen Couture.
Ça évitait vraiment l’épuisement professionnel chez les éducatrices, parce que ces personnes-là aident beaucoup.
C'est vraiment une paire de mains d'extra qui est capable de faire toutes les tâches que les éducatrices ne sont pas capables de faire, poursuit-elle.
Un recul historique
Au-delà des chiffres, c'est l'équilibre quotidien qui vacille. Ces mentors permettaient aux éducatrices de planifier leurs activités et d'observer le développement des enfants sans avoir à ramener du travail à la maison. Avec 40 ans de métier derrière elle, Kathleen Couture y voit un recul historique.
C'est vraiment comme un pas par en arrière. Ça va affecter le moral dans le centre, ce qu'on est capables de faire au jour le jour avec les enfants.
Cette décision gouvernementale crée un paradoxe, estime la responsable. Alors que la province demande aux centres de la petite enfance de prendre de l’expansion, il lui retire des ressources humaines.
Le gouvernement aimerait qu'on ait plus de place pour les enfants, mais il ne te donne pas d'argent pour grandir et là on a une réduction dans nos employés, regrette-t-elle.
Outre le personnel de soutien, le gouvernement s'attaque à la qualification des éducatrices. Les bourses pour le Collège de l'Île, qui s'élevaient jusqu'à 2500 $ par année pour permettre au personnel d'atteindre des niveaux de formation plus élevés, sont plafonnées à 1000 $.
Avant, cela couvrait quasiment tous les frais. Avec 1000 $, plus personne ne retournera aux études pour se qualifier, prévient Kathleen Couture.

Kathleen Couture, de l'Association des centres de la petite enfance francophones évoque des difficultés de recrutement à venir avec ces coupes budgétaires. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Laurent Rigaux
Résultat : les listes d'attente pour les familles risquent de s'allonger encore davantage.
Parce que ça va être plus dur de recruter des éducatrices qualifiées. Puis le support pédagogique, ça va être dur de remplir ces postes-là, observe Kathleen Couture.
Débats à l’Assemblée législative
Les compressions budgétaires touchent d'autres programmes : le programme Dès la naissance est supprimé, le programme Manipuler avec soin subit une coupe de 50 %. Les subventions pour les infrastructures seraient également menacées, souligne Kathleen Couture.
Le sujet a provoqué de vifs échanges à l'Assemblée législative. La députée libérale de Charlottetown–Hillsborough Park, Carolyn Simpson, a talonné le ministre de l'Éducation et de la Petite enfance, Robin Croucher, dénonçant une tempête parfaite pour le secteur de la petite enfance.
Quel est le plan concret du ministre pour retenir les travailleurs? Cela aura un effet dévastateur... les éducateurs vont partir et les enfants seront perdants, a lancé la députée pendant la période de questions.
En réponse, le ministre Croucher a justifié ces décisions par un désengagement fédéral, affirmant que la province ne peut plus assumer seule le financement à hauteur de 60 % contre 40 % pour Ottawa.
Bien qu'il reconnaisse les bénéfices formidables du programme de mentorat, il a refusé de s'engager à le rétablir, déclarant : je ne peux pas rétablir ce programme... ce sont des décisions qui devaient être prises.
L'Association des centres de la petite enfance ne compte pas en rester là et prévoit d'envoyer des lettres au ministère de l’Education et de la Petite enfance, ainsi qu’aux parents.


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