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Donald Trump veut créer une liste des espions étrangers, mais ses motivations restent floues

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Pile pour le 250e anniversaire de l'indépendance de son pays, le président états-unien Donald Trump a émis ce qui pourrait bien être le décret le plus saugrenu de sa présidence –et pourtant, la barre était haute. Si nous avions été le 1er avril et pas le 4 juillet, j'aurais parié que les quelques articles qui en ont fait mention étaient des blagues.

L'affaire a d'abord été révélée par le New York Times (un journal pas particulièrement connu pour ses frasques), avant d'être confirmée par d'autres médias. Il faut donc se rendre à l'évidence et accepter l'idée que Donald Trump a réellement ordonné à son directeur du renseignement national par intérim d'établir une «liste d'espions». Selon le New York Times, le président veut que les agences de renseignement «donnent les noms» de tous les espions étrangers, «y compris de toutes les personnes soupçonnées d'espionnage et les potentielles recrues» et les rassemblent sur une seule et unique liste.

If accurate, this is one of the dumbest things that the DNI has ever tried to do. Master Lists of this sort should never be attempted. Out agents overseas must be protected at all costs.

Inside Intelligence Agencies, a Fight Over Building a Master List of Spies…

— Dennis Wilder偉德寧 (@dennisw5) June 30, 2026

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Une décision dangereuse et absurde

Les dangers de l'existence d'une telle liste devraient sauter aux yeux. Les agences de renseignement étrangères, notamment russes et chinoises, seraient prêtes à payer des milliards de dollars pour obtenir un tel document. Elles partiraient certainement la fleur au fusil à la recherche d'un quelconque haut responsable américain qui y aurait accès et serait suffisamment cupide ou aux abois pour le leur vendre quelques millions de dollars.

Voilà qui rappelle l'histoire d'Aldrich Ames (1941-2026), un agent du contre-espionnage de la CIA qui, dans les années 1980, avait remis à des officiers soviétiques le nom de plus de trente espions qui travaillaient sous couverture pour des agences occidentales, ce qui avait conduit à leur exécution et à la fermeture de cent opérations clandestines. S'il n'était pas mort en prison au début de cette année, on pourrait l'imaginer en train de se dire en soupirant qu'il aurait eu beaucoup moins de mal à trahir et aurait économisé énormément de temps et de soucis, si une telle liste avait existé à son époque.

Recruter des espions et les protéger s'inscrit parmi les activités les plus secrètes du gouvernement. Chacun comprend aisément pourquoi.

Le New York Times cite de hauts responsables qui justifient ce décret en avançant qu'il permettrait de réduire les efforts inutiles. Les espions des États-Unis ne se donneraient plus la peine d'essayer de recruter quelqu'un s'ils savaient qu'il ou elle est déjà un agent. C'est ridicule. Peut-être cela permettrait-il aux agences de renseignement d'économiser quelques centaines de dollars, mais le jeu n'en vaut vraiment pas la chandelle.

Un autre haut fonctionnaire le justifie en rappelant que Donald Trump a promis la «transparence» au peuple américain. C'est encore plus absurde. Recruter des espions et les protéger s'inscrit parmi les activités les plus secrètes du gouvernement. Ce sont des informations classifiées top secret et compartimentées de manière très sophistiquée. Chacun comprend aisément pourquoi.

L'inexpérience du nouveau directeur du renseignement national

À mon avis, ce décret a toutes les chances d'être mort-né. L'agence principalement impliquée dans l'espionnage et le contre-espionnage est la CIA. Selon une source interne, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a délibérément évité de partager certains secrets sensibles avec Tulsi Gabbard lorsqu'elle était directrice du renseignement national, parce qu'il ne lui faisait pas confiance.

Il est plus que probable qu'il serait réticent à l'idée de partager le nom d'espions et de potentielles recrues –qui font partie des «joyaux de la couronne» des renseignements– et à plus forte raison avec quelqu'un comme Bill Pulte, récemment nommé directeur du renseignement national par intérim et qui, lorsqu'il était à la tête d'une autorité fédérale du logement (qu'il dirige toujours), a consacré une bonne partie de son temps à cibler les ennemis politiques de Donald Trump en lançant à leur encontre des enquêtes pour fraude hypothécaire.

Pourquoi Donald Trump a-t-il émis ce décret? Quelles sont ses motivations? Pourquoi voudrait-il qu'une telle liste existe? Un ancien haut responsable de la CIA nous a indiqué: «Je me pose la même question.»

La loi de 2005 qui crée le poste de directeur du renseignement national requiert que ce dernier possède «une expertise conséquente en matière de sécurité nationale». Bill Pulte en a zéro. A-t-il seulement une habilitation de sécurité? Il n'a pas eu le temps de passer par la procédure normale pour quelqu'un dont le travail implique d'être exposé aux informations les plus secrètes du pays. La loi prévoit que le président a le droit de déclassifier ce qu'il veut. Il peut également octroyer une habilitation de sécurité à n'importe qui d'un coup de stylo –ce à quoi le Congrès peut s'opposer. Est-ce que quelqu'un s'est opposé à ce que Bill Pulte obtienne la sorte d'accréditation qui lui permet d'examiner les noms des espions étrangers?

«Donald Trump n'est probablement pas un agent russe, mais...»

Mais retournons au cœur du mystère: pourquoi Donald Trump a-t-il émis ce décret? Quelles sont ses motivations? Pourquoi voudrait-il qu'une telle liste existe? Nous avons interrogé un ancien haut responsable de la CIA. Il a répondu: «Je me pose la même question.» Un consultant en renseignement chevronné a formulé de façon explicite ce que cet ancien haut responsable ne faisait que suggérer: «Il n'y a aucune raison valable. Je ne peux pas imaginer la moindre utilité d'une telle démarche.» Un autre directeur des renseignements s'est contenté de répondre: «C'est débile.»

«N'importe quelle liste de cette nature entre les mains de Donald Trump est un véritable cauchemar pour le contre-espionnage.»Tim Weiner, journaliste et auteur spécialisé sur le renseignement américain 

Mais Tim Weiner –auteur de plusieurs livres encensés sur les renseignements (Betrayal: The Story of Aldrich Ames, an American Spy, non publié en France; Des cendres en héritage: L'histoire de la CIA, paru en France en 2011; La Mission: L'enquête choc sur la CIA, 2025)– a une théorie à ce sujet. «Une liste d'agents étrangers recrutés en Russie et en Ukraine serait particulièrement alléchante pour Donald Trump», nous a-t-il expliqué par mail.

Donald Trump s'est engagé dans une «longue croisade» visant à discréditer les accusations selon lesquelles il aurait bénéficié du soutien du Kremlin pour remporter l'élection présidentielle de 2016; il les appelle «le bobard russe». Il a essayé de convaincre le directeur du renseignement national de l'aider à déterminer qui, parmi les agents américains et russes, avaient diffusé cette histoire. Une telle liste l'aiderait à mettre la main sur ses ennemis. Tim Weiner ajoute: «N'importe quelle liste de cette nature entre les mains de Donald Trump est un véritable cauchemar pour le contre-espionnage.»

Pour autant, cela n'explique pas pourquoi le président républicain ressent le besoin d'établir une liste du réseau d'espions et de recrues potentielles dans le monde entier. Cherche-t-il tout bêtement à détruire l'appareil de renseignement des États-Unis? Par deux fois depuis un an et demi, j'ai écrit des articles pour Slate.com commençant par ces mots: «Donald Trump n'est probablement pas un agent russe, mais il ne se conduirait pas autrement si c'était le cas.» Considérez que celui-ci est le troisième.

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