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Donald Trump obtient “beaucoup d’amour” et des engagements financiers de ses alliés : “Ce qui manque, c’est un message politique clair”

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Donald Trump est en colère. Le président américain l'a clairement fait savoir depuis Ankara, ce mercredi. Présent en Turquie pour assister au deuxième et dernier jour du sommet de l'Otan, il a d'abord indiqué que le cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran était "terminé" (lire ci-contre).

Manifestement très remonté, M. Trump s'en est ensuite violemment pris à l'Alliance atlantique. "Je suis très en colère contre l'Otan", a-t-il asséné. Je ne suis pas content de l'Otan à cause de ce qu'ils ont fait avec le Groenland, et je ne suis pas content de l'Otan parce qu'ils n'ont pas voulu nous aider face au principal état qui soutient le terrorisme, à savoir l'Iran."

Groenland, Espagne et autres cibles

Le conflit autour du Groenland remonte au mois de janvier, lorsque la Maison-Blanche a menacé ses alliés de s'emparer du territoire autonome sous souveraineté danoise, quitte à recourir à la force, avant de faire marche arrière.

Sommet d'Ankara : l'attitude ambiguë de Donald Trump et des États-Unis doit provoquer "un sursaut européen" au sein de l'Otan

Mardi, il est revenu à la charge en déclarant que le Groenland devrait être "contrôlé par les États-Unis" pour des raisons de sécurité nationale. La première ministre danoise Mette Frederiksen lui a répondu en lui rappelant que le Groenland n'était "pas à vendre. […] Nous espérons que tout le monde, y compris tous les alliés, respectera le droit des Groenlandais à l'autodétermination", a-t-elle insisté. Nous sommes un État souverain et nous avons besoin du respect par tous de notre intégrité territoriale et de notre souveraineté". "Le Groenland est très important pour les États-Unis mais il n'est pas important pour le Danemark" lui a rétorqué mercredi le président américain lors d'une conférence de presse conjointe avec le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte. "Pour nous, c'est un très grand problème".

Ouvertement décidé à en découdre, quel que soit le sujet, "le leader du monde libre" s'en est ensuite pris à l'Espagne. Madrid avait refusé il y a un an, lors du sommet de La Haye, d'augmenter ses dépenses en matière de défense à hauteur de 5 % de son PIB, comme l'exige Washington de tous les membres de l'Alliance. Mercredi, Donald Trump a qualifié le pays de "cause perdue" et menacé de "cesser tout échange commercial" avec celui-ci. Réagissant "avec calme", le gouvernement espagnol s'est contenté d'indiquer que l'Espagne faisait partie de l'Union européenne, "un bloc commercial", qu'il n'est donc "pas possible de traiter isolément".

Bart De Wever ironise sur le cas Balogun au sommet de l'Otan: "Tout le monde sait qu'on ne peut pas simplement retirer un carton rouge"

De l'unité et des transferts de fonds

Mark Rutte, dont l'approche obséquieuse envers le président américain est régulièrement critiquée, a préféré ne pas réagir et insister sur "l'engagement complet" des États-Unis au sein de l'Otan. Espérant sans doute amadouer le président américain, il avait annoncé mardi que des commandes d'achats d'équipements militaires avaient été passées par les alliés pour des "dizaines de milliards de dollars" au cours de l'année écoulée. "Nous confirmons nos promesses d'investissement dans la défense, faites à La Haye", a-t-il indiqué. Ce sont des milliards qui sont investis dans notre sécurité, qui renforcent nos économies, et permettent de créer des milliers de nouveaux emplois".

À la tête de l'Otan, Mark Rutte donne de l'écho à la voix de Donald Trump pour préserver l'Alliance

Selon une estimation de l'Otan, les Alliés européens et le Canada vont dépenser 634 milliards de dollars en 2026, contre 571 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 11 %. En 2025, la progression de leurs dépenses militaires avait atteint près de 20 % par rapport à l'année précédente.

Les chiffres et propos du secrétaire général ont manifestement porté, puisqu'à la sortie de la réunion de travail réunissant les trente-deux membres de l'Alliance, mercredi après-midi le ton était tout autre. "C'était une très bonne rencontre, il y avait beaucoup d'amour dans la pièce, beaucoup d'unité", a lancé le président américain, grand spécialiste des changements de posture. "Aucune fausse note" n'a été à déplorer, a abondé le Premier ministre Bart De Wever, alors que la Belgique a officialisé mercredi l'achat de systèmes de défense aérienne multicouche en collaboration avec les Pays-Bas, pour une valeur totale de 3,1 milliards d'euros, munitions comprises.

Dans la déclaration finale du sommet, les pays de l'Alliance ont réaffirmé leur engagement "indéfectible" envers la clause d'assistance mutuelle, consacrée par l'article 5 du Traité. "Une attaque contre un Allié est une attaque contre tous". Ils réaffirment également leur "soutien indéfectible" à l'Ukraine, qui "contribue à la sécurité transatlantique".

Les États européens de l'Otan et le Canada ont d'ailleurs pris "l'engagement de consacrer 70 milliards d'euros aux équipements, à l'assistance et aux formations militaires à destination de l'Ukraine et s'engagent souverainement à lui fournir une aide au moins équivalente pour 2027". De quoi décharger le contribuable américain, tel qu'exigé par le président républicain.

L'Ukraine n'est pas encore dans l'Otan

Présent à Ankara, lui aussi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé avoir conclu des accords de coopération en matière de drones militaires avec le Danemark, les Pays-Bas, l'Estonie et d'autres à venir avec l'Allemagne, la Finlande, la Norvège et le Canada. Il a, en outre, une nouvelle fois plaidé pour que l'Ukraine rejoigne l'Alliance. Plusieurs pays de l'Otan y sont favorables, les États-Unis s'y opposent. Mais le président américain s'est entretenu en tête à tête avec son homologue ukrainien en fin de journée, et lui a indiqué que Washington autoriserait l'Ukraine à fabriquer des missiles Patriot. "De cette façon, vous ne pourrez pas vous plaindre qu'on ne vous en fournit pas assez", a-t-il affirmé, avant de reconnaître que les frappes ukrainiennes en Russie pourraient in fine, "aider" à mettre fin à la guerre.

Donald Trump n'oublie pas le Groenland, les Européens veillent

"La déclaration d'Ankara répond aux attentes" commente Iana Maisuradze, analyste en défense et sécurité pour le centre de réflexion European Policy Centrer. "On voit clairement que les dépenses des États membres en matière de défense et la capacité de production industrielle augmentent. […] En ce sens, l'Otan est bel et bien en train de construire une capacité de dissuasion crédible face à ses adversaires en ligne avec ce qui était prévu à La Haye. Ce qui manque, c'est un message politique clair pour faire de l'Otan un acteur uni face à ses ennemis, comme l'ont encore illustré les déclarations américaines formulées mercredi matin".

"Concernant l'Ukraine", poursuit la chercheuse, l'engagement de l'Europe et du Canada à soutenir financièrement le pays en 2026 et 2027 leur donne des garanties réelles à long terme tout en déchargeant les États-Unis. Kiev est enfin décrit comme un contributeur à la sécurité commune de l'Alliance, et plus uniquement comme un bénéficiaire. C'est loin d'être anodin, car ce n'était pas le cas jusqu'à présent."

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