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Tribune

Jérôme Perrier

Agrégé et docteur en histoire

Le mode de gouvernement du président des Etats-Unis se rapproche presque trait pour trait d’un archétype politique courant et honni dans la littérature de la Grèce classique : la figure du tyran, observe Jérôme Perrier, docteur en histoire, dans une tribune au « Monde ».

Publié aujourd’hui à 10h03 Temps de Lecture 2 min.

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En faisant ouvertement pression sur le président de la Fédération internationale de football (FIFA), Gianni Infantino, pour que celle-ci revienne sur l’exclusion d’un joueur de la Team USA [Folarin Balogun] à la Coupe du monde, Donald Trump a offert une illustration supplémentaire, s’il en était besoin, de sa manière totalement désinhibée d’exercer le pouvoir et de pratiquer le rapport de force. Décidément, rien ne semble devoir échapper à son imperium : ni les affaires du monde, ni les décisions de justice, ni les commémorations nationales, ni l’architecture de la capitale fédérale, ni même désormais les compétitions sportives internationales. Le plus frappant, d’ailleurs, n’est pas tant cet interventionnisme permanent que la parfaite tranquillité avec laquelle le 47e président des Etats-Unis assume l’usage intempérant de son autorité.

C’est un même sentiment de stupéfaction qui saisit tout observateur lorsque Donald Trump affirme ne reconnaître, en politique étrangère, d’autre limite que sa propre boussole morale, au mépris du droit international ; lorsqu’il accepte sans vergogne d’un Etat étranger un cadeau de plusieurs centaines de millions de dollars [un Boeing 747 offert par le Qatar], balayant d’un revers de main tout soupçon de conflit d’intérêts ; ou encore lorsqu’il confie, sans le moindre appel d’offres, d’importants travaux d’embellissement de Washington à des proches, au nom d’une conception du pouvoir où la loyauté personnelle l’emporte sur toute autre considération, et où le droit de s’enrichir impunément aux dépens du contribuable semble être un privilège reconnu aux amis du prince.

Rappelons, d’ailleurs, que sa propre fortune aurait triplé depuis sa seconde entrée à la Maison Blanche, en janvier 2025. Force est de constater que chez l’ancien promoteur immobilier devenu animateur télévisé avant d’entrer dans l’arène politique, l’exercice de la présidence apparaît moins comme une fonction au service de la res publica, la chose publique, que comme un simple prolongement de sa personne et de ses biens. Ce mélange de désinvolture, de cynisme et de personnalisation extrême du pouvoir ne cesse jamais d’étonner, comme s’il s’agissait là de faits absolument sans précédent.

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