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Le président américain a dit avoir demandé à son administration de bloquer la validation des résultats en cas de succès démocrate, arguant que la présence d’un candidat homonyme au sénateur républicain sortant pouvait induire en erreur les électeurs.
Un Dan Sullivan peut-il en faire perdre un autre ? C’est la crainte qui agite le Parti républicain à l’approche des élections de mi-mandat, début novembre, et plus particulièrement Donald Trump. Le président des Etats-Unis a revendiqué, vendredi 23 octobre, l’initiative d’un recours préventif en cas de victoire démocrate au siège sénatorial en jeu en Alaska, scrutin auquel participent notamment deux candidats portant les mêmes prénom et nom.
« C’est moi qui ai dit de le faire », a affirmé Donald Trump au sujet de ce recours invoquant le risque de « confusion » due à l’homonymie entre le sénateur sortant et un autre candidat, qui s’appelle également Dan Sullivan, instituteur retraité qui affirme se présenter de son propre chef. Cette démarche présidentielle brandit la menace d’une contestation post-électorale en cas de défaite républicaine lors de ces « midterms ».
Particularité de l’Alaska, les électeurs peuvent y classer les candidats par ordre de préférence sur leur bulletin de vote dans ce scrutin dont le résultat final pourrait se jouer à quelques milliers de voix près.
Le Parti républicain a déjà tenté, en vain, d’éliminer de la course le dénommé Dan J. Sullivan, arguant qu’il s’était présenté pour semer la confusion avec le sénateur sortant soutenu par Donald Trump, Dan S. Sullivan, actuellement devancé de peu dans les sondages par la candidate démocrate, Mary Peltola. Les Républicains plaident que les électeurs, induits en erreur, pourraient voter par inadvertance pour l’autre Sullivan. Mais la Cour suprême de l’Alaska a statué, en juin que Dan J. Sullivan pouvait rester en lice.
« Scénario catastrophe »
Dans le recours évoqué par Donald Trump et déposé jeudi, le ministère de la justice a demandé à un tribunal fédéral d’Alaska d’interdire aux autorités de l’Etat de « certifier tout résultat qui puisse être affecté par la confusion des électeurs ».
Selon le gouvernement, le résultat serait ainsi entaché si le sénateur Sullivan est battu et qu’il apparaît, au vu des suffrages recueillis par son homonyme et en fonction du système de vote par ordre de préférence en vigueur en Alaska, que sans cette candidature, le sortant « aurait remporté l’élection ». Il exige donc que la justice ordonne aux autorités de l’Etat, en cas de victoire démocrate, de vérifier dans quelle mesure la candidature de Dan J. Sullivan a fait perdre des voix au sénateur sortant.
Quelques heures auparavant, le ministre de la justice, Todd Blanche, avait assuré, jeudi, que ses services n’avaient « aucune intention de s’ingérer indûment dans les élections ou le processus de confirmation des résultats par les Etats ». Mais il avait refusé d’exclure catégoriquement toute intervention, notamment dans le cas de « scénario catastrophe » au sujet de la régularité du vote de novembre.
« Donald Trump et son ministère de la justice menacent de compromettre le résultat des élections en Alaska si leur candidat ne remporte pas la victoire » a écrit, sur X, le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom. « Ils ne prennent même plus la peine de dissimuler leur stratégie », a réagi celui qui s’oppose régulièrement à Donald Trump, et qui pourrait se présenter à la prochaine élection présidentielle pour lui succéder.
Un « recours absurde »
« Il s’agit d’une menace politique flagrante et méprisable, tout cela parce qu’un sénateur sortant, historiquement impopulaire et en poste depuis douze ans, a peur de perdre le siège au Sénat », a dénoncé, de son côté, la candidate du camp démocrate Mary Peltola.
« Ce recours n’aboutira à rien », estime Derek Muller, expert en droit électoral, professeur à l’université Notre Dame, en Indiana, sur un blog spécialisé. Selon lui, le ministère de la justice tente ainsi de « montrer à l’opinion qu’il fait quelque chose et qu’il est prêt au cas où le résultat serait défavorable au Parti républicain dans l’Etat » d’Alaska.
Rick Hasen, expert en droit électoral à l’université de Californie à Los Angeles, dénonce lui aussi un « recours absurde », soulignant la longue série de revers subis en justice par l’administration Trump dans ses tentatives d’obtenir les listes d’électeurs des Etats ou de modifier les règles du vote, notamment par correspondance. « La principale raison » de ces échecs est que « la Constitution ne donne ni au président ni au pouvoir exécutif un rôle à jouer dans la tenue des élections », rappelle-t-il dans une tribune sur Slate, l’organisation des scrutins, y compris fédéraux, relevant des Etats et du Congrès. « Ces derniers recours montrent que le ministère de la justice a très peu de cartes en main sur le plan juridique en termes d’ingérence électorale, et qu’en plus il les joue très mal », assène-t-il.
Donald Trump a remporté l’Alaska avec 13 points d’avance lors de la présidentielle de 2024, mais le contexte actuel d’impopularité des républicains donne une chance sérieuse à Mary Peltola, ancienne juge tribale amérindienne, de remporter ce siège dans cet Etat au territoire immense qui compte 740 000 habitants.
Le Monde avec AP et AFP


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