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Au tribunal de Ndokoti comme à Bonanjo, le juge ne regarde pas qui a pleuré le plus fort. Il regarde les pièces du dossier. Dans un divorce au Cameroun, beaucoup d’époux perdent du terrain avant même l’audience, souvent parce qu’ils ont eu raison trop tôt, et surtout trop vite. Partir du domicile, laisser les enfants, tout raconter sur les réseaux : trois gestes courants, trois pièges.
Les trois fautes qui retournent un dossier
Quitter le domicile sans constat. Vous vous êtes disputé, vous avez pris vos affaires, direction chez votre mère au village. Devant la loi, cela s’appelle l’abandon de domicile conjugal. C’est une faute grave. Même si votre conjoint vous a trompé, le juge peut vous désigner comme fautif.
Le réflexe à avoir est simple. Ne sortez jamais de la maison sans constatation. Allez au commissariat de votre quartier et demandez une constatation de fait pour quitter le domicile par mesure de sécurité. On vous remet un document. Gardez-le précieusement. Sans lui, c’est votre parole contre celle de l’autre.
Laisser les enfants derrière soi. Partir en abandonnant les enfants au domicile conjugal envoie un signal que le juge lira mal : celui d’un parent qui se désintéresse d’eux. Pour la garde, vous perdez de l’avance.
Si vous devez partir, partez avec eux. Autre option : revenir les chercher avec un huissier dans les 24 heures. Mais ce délai ne se négocie pas, et rien ne remplace un conseil d’avocat avant de poser le geste.
Raconter son divorce en ligne. « Mon mari est un sorcier », « ma femme m’a trompé avec mon patron ». Publiées sur Facebook ou envoyées sur WhatsApp, ces phrases peuvent constituer une injure ou une diffamation. Le texte source cite les articles 305 et 307 du Code pénal. Votre conjoint peut porter plainte, et vous risquez un casier judiciaire.
Autre détail qui pèse : vos messages WhatsApp peuvent être produits contre vous dans la procédure de divorce.
Ce que le juge retient vraiment
Le droit camerounais du divorce ne récompense pas l’indignation. Il récompense la preuve. Franchement, c’est là que beaucoup de dossiers déraillent : l’émotion prend le dessus, on agit d’abord, on se documente après.
Ce qui compte, c’est ce qu’on peut montrer. Un document de constatation, une présence maintenue auprès des enfants, une absence de propos publics. Le reste, les cris, les larmes, les vérités dites sur les réseaux, ne pèse presque rien, et parfois pèse contre vous.
Un point mérite d’être retenu : demander le divorce ne garantit pas de l’obtenir. Le juge peut rejeter l’action, et vous restez alors marié. Ce n’est pas une anecdote, c’est un risque réel qu’il vaut mieux anticiper que de découvrir à l’audience.
Un autre réflexe, plus simple encore : fermer sa bouche sur les réseaux sociaux. Bloquer, ne pas répondre aux provocations. Votre seul espace de parole, c’est devant le juge, pas devant vos trois mille amis Facebook.
Convoqué ou demandeur, la règle est la même. Ne paniquez pas, et ne faites rien dans la précipitation. Constatez, protégez les enfants, taisez-vous en ligne, et laissez un avocat porter votre voix. Les affaires de divorce se jouent d’abord sur la préparation.
Un divorce se perd souvent avant l’audience, sur des gestes posés à chaud. Reste à savoir si ces conseils, aujourd’hui partagés en ligne, finiront par être relayés par les barreaux eux-mêmes.
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Robert Ntanso
Juriste et rédacteur pour 237online.com, Robert Ntanso décrypte le droit camerounais au quotidien dans la rubrique "Le Coin du Droit", pour que chaque citoyen connaisse ses droits.


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