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La presque totalité des 100 000 tonnes de granules produites par le Groupe Lebel à son usine de Cacouna sont transportées sur des milliers de kilomètres pour alimenter des usines en Europe. Pendant ce temps, tout près, de nombreux bâtiments continuent de polluer en brûlant du mazout.
C'est un non-sens, reconnaît le directeur croissance et innovation chez Groupe Lebel. Pierre-Olivier Morency n'y est pas allé par quatre chemins lorsqu'il a été invité à prononcer une conférence mardi dans le cadre de la deuxième la Foire régionale de la biomasse forestière du Bas-Saint-Laurent.
Ce serait bien plus logique de vendre nos granules ici que de participer à l'électrification de l'Europe, soutient-il en référence au fait que la biomasse de la région de Rivière-du-Loup et du Témiscouata alimente des centrales électriques de l'autre côté de l'Atlantique.

99,9% de la production de granules de l'usine de Cacouna est transportée vers l'Europe par bateau, à partir du port, nolisant quatre navires annuellement. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / François Gagnon
Une énergie verte dans un transport lourd
La filière de la biomasse est considérée comme écologique. Cependant, son transport sur des milliers de kilomètres engendre une énorme quantité de GES, explique le directeur du Conseil régional de l'environnement du Bas-Saint-Laurent, Patrick Morin.
On ne cautionne évidemment pas l'exportation de la biomasse, mais c'était un mal nécessaire pour le Groupe Lebel pour investir. Maintenant, notre défi c'est de [la] garder ici.
Vendre les granules dans la région est une volonté que partage bien sûr le Groupe Lebel. Le jour où ça va arriver, on va être là, souligne Pierre Olivier Morency.
Qu'est-ce que la biomasse forestière?
La biomasse est de la matière organique qui peut être utilisée afin de produire de l'électricité ou de la chaleur.
Il s'agit de l'énergie renouvelable la plus développée sur la planète, puisqu'elle représente environ 11 % de la production totale énergétique mondiale. La source la plus connue de biomasse est le bois.
Concrètement, la biomasse provient de l'énergie solaire qui est emmagasinée dans les plantes par la photosynthèse.
Déjà, le siège social du Groupe Lebel, situé à Rivière-du-Loup, est chauffé à la biomasse. Il faudra entre 10 et 15 ans pour que l'entreprise rentabilise son investissement.
Depuis 2004, l'église d'Amqui possède aussi sa chaudière à biomasse. La Fabrique dit économiser 20 000 $ annuellement par rapport à son ancien système.
Cependant, ces exemples sont relativement modestes en comparaison avec les très nombreux bâtiments actuellement chauffés au mazout sur le territoire.

La proximité de nombreux bâtiments institutionnels au centre-ville de Rimouski serait un argument favorable à l'installation d'un réseau de chauffage à la biomasse. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sébastien Ross
Un « Guichet biomasse »
Pour accélérer le développement de la filière, le Conseil régional de développement (CRD) et le CRE du Bas-Saint-Laurent ont lancé mardi le Guichet biomasse. Il s'agit d'un service d'aide pour les institutions, les municipalités, mais aussi les entreprises privées qui veulent procéder à une conversion énergétique.
Il y a un immense potentiel de développement, assure le chargé de projet Jamal Kazi.
Selon lui, chaque année, seulement au Bas-Saint-Laurent, 30 millions de litres de mazout sont brûlés pour chauffer des bâtiments institutionnels, commerciaux et industriels.

Une chaudière à biomasse (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Jamal Kazi donne en exemple la proximité du cégep, de l'hôpital et de la cathédrale à Rimouski, près desquels il pourrait se bâtir un super projet de réseau de chaleur, selon lui.
On a vu une certaine stagnation du développement de la filière en raison du manque d'accompagnement, explique la directrice du CRD, Mélodie Mondor.
Selon l'organisme, la biomasse forestière résiduelle disponible dans la région représenterait annuellement l'équivalent énergétique de plus de 4600 camions-citernes remplis de mazout.
Hydro-Québec, un partenaire en devenir
Le vrai dialogue des prochaines années, ce sera avec Hydro-Québec, lance avec assurance Pierre-Olivier Morency, du Groupe Lebel.
En période de pointe, par exemple, quand il fait –35 degrés Celsius et qu'au petit matin, tout le monde sollicite ses calorifères en même temps de Rouyn-Noranda à Gaspé, le réseau ne répond pas toujours à la demande. Hydro-Québec doit même parfois acheter de l'énergie des États-Unis ou de l'Ontario.

Les partisans de la biomasse estiment que la ressource peut aider Hydro-Québec en période de pointe hivernale.
Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot
M. Morency affirme que la biomasse peut venir répondre à cette gestion de pointe de la demande.
Il va falloir aussi que les institutions publiques donnent l'exemple, ajoute-t-il. Le nombre d'écoles ou d'hôpitaux qui utilisent des carburants fossiles demeure trop élevé, selon lui.
La biomasse, écolo ou pas?
Si la biomasse n'est pas transportée sur des milliers de kilomètres, elle constitue un choix écologique, estime Patrick Morin, le directeur du Conseil régional de l'environnement. C'est une évidence quand on remplace un système de chauffage au mazout désuet par une chaudière de biomasse.

L'église de Saint-Valérien, devenue centre communautaire, est chauffée à la biomasse forestière. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau
Mais qu'en est-il s'il s'agit de remplacer l'électricité produite par des barrages ou des éoliennes?
Dans ce cas, pense Patrick Morin, le choix de la biomasse peut tout de même s'avérer vert.
Oui, on va produire du CO2, mais ce CO2-là fait partie du cycle à court terme du carbone, donc il sera recapté par les arbres qui vont repousser. Si on laisse la biomasse par terre, elle va se décomposer de toute manière. Le carbone aurait quand même été émis.
Il rappelle que la construction de barrages et de parcs éoliens engendre aussi des GES.
Les amateurs de détails techniques seront heureux d'apprendre que la biomasse forestière se décline en trois formes : les granules, bien connues des utilisateurs de poêle du même nom, les plaquettes, des copeaux fabriqués à partir de gros résidus de bois et les bûches de bois densifié.


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