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Des Slaves, des Danes*, des Romains et des Ibères : en quête des formes de renouveaux polythéistes contemporains

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De 2021 à 2023, peu après la parution de cet entretien en quête des druides contemporains, je diffusais plusieurs autres entretiens. J'ai fait retirer ces autres entretiens (avec des slavisants, des danisants*, des romanisants et des ibérisants) de la publication : en revoici des morceaux choisis.

De même que pour le premier entretien, j'ai retiré mes participations à ces entretiens, car je me cherchais dans le polythéisme. Toutefois, j'ai répondu enfin à un entretien inédit, en quête des ibérisants (lesquels, s'ils n'existent pas, faudra peut-être inventer ?). Toujours est-il que c'est long à lire bout à bout et que je vous conseille d'avoir le temps, ou bien de retenir cet article dans vos favoris, en différer et morceler la lecture à votre guise.

Table des matières

 


Source de l'image : Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank

Wieslaw Jagodzik : « J’ai toujours été bercé avec ces coutumes que j’adore »
– en quête des slavisants actuels

Bonjour ! Quel est votre nom ou surnom balto-slavisant ?
* Dymoon : Dymoon.
* Mrodistov Mrodiszczewski : Bonjour. J'ai eu plusieurs pseudos. L'un d'eux est Mrodistov Mrodiszczewski. C'est mon pseudo dans la sphère ésotérique et païenne. J'ai également été Rodiste à la vieille époque des forums. Un Rodiste est un adapte de la Rodnoverie, la foi ancestrale des Slaves.
* Wieslaw Jagodzik : Bonjour, mon nom de famille est Jagodzik et mon prénom Wieslaw.
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank – Mayishtar en d’autres lieux.

Qui êtes-vous dans la vie civile ?
* Dymoon : Jeune homme d'une trentaine d'années, je travaille dans le commerce international et l'ingénierie des produits parfumés, vivant en pleine campagne méditerranéenne.
* Mrodistov Mrodiszczewski : J'ai la trentaine. Je travaille dans la fonction publique. Je reste un peu vague car mon employeur n'apprécierait sûrement pas que j'affiche mes pratiques spirituelles, ésotériques et religieuses. Neutralité du service publique oblige…
* Wieslaw Jagodzik : Fils d'une famille polonaise, je suis musicien, marié et père d'une magnifique petite Polak nommée Slavena. En amoureux d'Histoire, je fais également partie d'une troupe de reconstitution gauloise (période « guerre des Gaules ») et d'une Slavo-viking.
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : Chef d’entreprise, descendante des immigrés polonais, venus travailler dans les mines du Nord de la France.

Pourquoi vous êtes-vous tourné vers le paganisme balto-slave, spirituellement ? D'ailleurs trouvez-vous la notion de paganisme pertinente ?
* Dymoon : J'évolue sur un mouvement païen reconstructionniste slave qui s'appelle la Rodnoverie – terme de deux mots russes : родной, originel et вера, croyance. Je n'ai jamais partagé les convictions de mon entourage concernant les religions monothéistes et plus particulièrement l'orthodoxie. Je suis d'origine russe, ayant grandi dans l'oblast de Volgograd. Ma grand-mère partageait les convictions liées aux anciennes traditions, et je me retrouve beaucoup plus dans les rites et traditions anciennes, avant le grand baptême, que dans les religions monothéistes. J'agis pour la résurgence de ces cultes, dans le respect des traditions passées, tout en prenant en compte les digressions liées à notre époque.
* Mrodistov Mrodiszczewski : J'ai découvert les religions antiques et polythéistes, quand j'étais au collège. J'ai eu alors comme une révélation, et à partir de ce moment je me suis mis à prier les Dieux égyptiens. Les années ont passé et j'ai (re)découvert les origines slaves de ma famille. J'ai commencé à apprendre le russe et le polonais au lycée et à la fac'. C'est en m'intéressant à la culture des pays d'Europe de l'Est et d'Europe Centrale que j'ai découvert les Dieux slaves. J'ai longtemps hésité, puis je me suis dit qu'après tout je pouvais très bien prier des Dieux issus de différents panthéons. Aujourd'hui, ce sont les Dieux slaves qui occupent une très, très grande partie de ma pratique spirituelle, pour ne pas dire la quasi totalité de ma pratique… Si la notion de paganisme est pertinente ? Oui et non. Non, car ce terme est un peu galvaudé. Il serait plus juste de parler de néo-paganisme. Le christianisme n'a pas vraiment permis aux religions antiques et polythéistes de poursuivre leur évolution. Il y a eu coupure, même si des éléments ont survécu, notamment chez les Slaves – il y a quand même eu coupure. Voilà pourquoi il faudrait parler plutôt de néo-paganisme et non de paganisme. De plus, la wicca est vue comme une religion païenne, hors entre le culte slave et la wicca, il n'y pas beaucoup de points communs. Je précise que je n'ai rien contre la wicca… Et j'ai aussi envie de dire oui, car le terme paganisme réunit sous une même notion les religions antiques polythéistes, ce qui permet d'effectuer un premier tri entre les religions dites païennes et polythéistes d'un côté, et les religions abrahamiques et monothéistes (christianisme, judaïsme et islam) de l'autre. Les premières ont été souvent victimes de l'expansion des secondes.
* Wieslaw Jagodzik : Pour ma part je me suis dirigé vers la religion slave exclusivement, de par mes racines polonaises. Bien qu'ayant été élevé par des parents catholiques, de nombreuses choses de cette religion (surtout en Pologne) gardent des pratiques païennes. J'ai donc toujours été bercé avec ces coutumes que j'adore. Dès mon enfance je savais qu'il existait un Monde du Double – des esprits, d'autres créatures et des puissances autour de nous. Le monothéisme est vide de sens et lorsque l'on creuse un petit peu, notre véritable héritage se trouve dans les anciennes religions ethniques de chaque peuple européen. J'ai donc (re)découvert l'ancienne foi de mes ancêtres (Rodzimowierstwo) grâce à [au Dieu] Svarog il y a de cela 20 ans… Le terme paganisme ne me dérange en aucun cas. Si ce mot a été donné aux croyants de l'ancienne foi pour les dénigrer, qu'il en soit ainsi et puisse-t-il être aujourd'hui un mot qui sonne aussi fort, aux oreilles de nos détracteurs, qu'un tir de canon.
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : Ayant une sensibilité polythéiste depuis l’enfance, il fut naturel de me tourner vers le paganisme à l’adolescence. Après un passage par le néo-polythéisme – faute de mieux dans les années 90, – j’ai opté pour un retour vers la foi de mes ancêtres maternels slaves, quand il fut possible de trouver des ressources utilisables. Aujourd’hui, j’administre le groupe francophone Facebook dédié au polythéisme slave afin de rassembler les croyants de la diaspora : Bogowie Slowian Le terme de paganisme, pas plus que celui de polythéisme, ne sont employés dans les pays slaves où est préférée la terminologie de religion indigène, néanmoins dans un contexte français, l’emploi de ces termes ne me pose pas de soucis, à la fois par commodité de langage mais aussi car ils ont perdu leur aspect péjoratif pour englober les religions – excluant l’athéisme – non monothéistes. Les débats sans fin sur l’origine chrétienne du terme – dans une acceptation négative – sont sans intérêt.

La suite des questions/réponses des slavisants, en cliquant ici.

Qu'est-ce que l'ancienne coutume balto-slave ? Quelles distinctions faut-il faire entre les Baltes et les Slaves ? Quels liens entretient-elle avec les peuples caucasiens et moyen-orientaux ?
* Dymoon : Les croyances du paganisme slave et plus particulièrement la Rodnoverie – à la différence des cultes monothéistes et ceux de la double foi (dvoyverie) – se basent sur la volonté de résurgence des rites et traditions, qui avaient lieu principalement sur la période d'avant 947 de l'ère commune, plus précisément avant l'événement du baptême – à savoir : la conversion du Prince Vladimir. Le paganisme slave s'est développé grâce à un solide substrat indo-européen quelque peu commun. Il représente certaines caractéristiques communes avec d'autres courants de croyances présents chez les Hindous, les Iraniens, les Grecs, les Romains, les Celtes, Germains et Baltes. La linguistique viendra appuyer ces propos puisque le terme diva (qui présente la notion d'esprit de la nature en proto-slave) aura des similitudes avec les mots deva (indien) – div (iranien) – deus ou dea (latin) ou bien encore devas (lituanien)… Le monde slave est composé d'une dizaine d'ethnies réparties en 4 groupes principaux – les Slaves orientaux, les Slaves occidentaux, les Slaves de la Baltique et les Slaves méridionaux – et également quelques ethnies qui sont « assimilées slaves ». Les relations et occurrences des autres peuples dans les traditions slaves sont conjointes à l'étude des routes commerciales et convergent très souvent en un centre historiquement reconnu pour son rôle de carrefour commercial, et qui est la région de la Polésie, située de nos jours entre la Biélorussie, la Pologne et l'Ukraine.
* Mrodistov Mrodiszczewski : L'ancienne coutume ! Ouh là ! Vaste question ! Une thèse en mythologie comparée ne suffirait pas à y répondre. Je vais essayer de faire court. L'ancienne coutume balto-slave contient en réalité deux courants, celui des Slaves et celui des Baltes. Chez les Slaves, la fois ancestrale est la Rodnoverie et ses différentes adaptations/traductions en fonction des langues slaves ; chez les Baltes on parle plutôt de Dievturība pour les Lettons, de Druwi pour les Lituaniens et de Romuva pour l'ensemble des Baltes. Ils sont certes proches, mais pas tout à fait identiques. L'ancienne coutume slave, c'est avant tout l'hommage rendu à la gloire des Dieux slaves à travers les rites qui sont le plus possible proches des rites ancestraux. Ce sont les racines indo-européennes qui font le lien entre les Slaves et les autres caucasiens et européens. Les Slaves ont également été au contact les Scythes, un peuple indo-iranien. Pour donner un ou deux exemples, chez les Slaves il y a le Dieu Siémargl, qui présente une certaine similitude avec Simorġ (ou Simurgh) chez les peuples indo-iraniens. Le feu est leur principal point commun. Le Dieu slave Perun se retrouve chez les Baltes, où il est nommé Perunas/Perkūnas (en lituanien) et Pērkons (en letton). À l'inverse, l'arbre-monde diffère, mais je ne m'avance pas car cela sera évoqué dans une prochaine question.
* Wieslaw Jagodzik : Alors il n'existe pas de coutume « balto-slave » mais deux coutumes bien distinctes, balte et slave. Bien qu'étant très proches et faisant partie du même noyau les Balto-Slaves se sont divisés tardivement, c'est pourquoi ils sont si proches religieusement. Si l'on retrouve un Dieu comme Perkunas qui se rapproche autant de Perun (Slave) ce n'est pas anodin. Cependant il y a des différences chez les Divinités telle que, par exemple, le Soleil : chez les Slaves il est masculin et « elle » est « féminine » chez les Baltes, etc. De plus les Slaves se sont un peu imprégnés d'influences germaniques et iraniennes, ce qui fait que cette religion est vraiment unique en Europe.
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : Mon confrère Dymoon a bien résumé le contexte de notre foi. Pour ma part j’ajouterai que le polythéisme slave est une religion de carrefour, non pas un polythéisme européen mais un polythéisme eurasiatique, à fondement shamanique. Parmi les religions traditionnelles européennes, c’est celle qui possède le plus de lien avec le védisme, du fait de sa situation très en amont de la migration indo-européenne. Nous avons des passerelles nombreuses avec les Baltes (même si ces derniers ont une composante finno-ougrienne qui leur est spécifique) ; avec la foi germano-scandinave aussi, par l’implantation des Rus de Kiev, avec des figures telle que Perun, très proche de Thor-Donar ; mais encore avec le monde hellénique du coté des Slaves du Sud, avec des figures telles que Chernobog – un équivalent de Chronos et Hadès – et Morena/Jiva – très proche de Perséphone. Par contre je retrouve peu de points communs avec les druidisants. Nous n’avons pas le même type d’organisation religieuse, je ne retrouve pas réellement de mythe commun, et les quelques symboles/fêtes partagés sont typiquement paneuropéens. A contrario, la foi ancestrale slave possède également de clairs apports asiatiques qui ne se retrouvent pas dans les autres traditions européennes, avec des figures perses telles que celles de l’Aždaja ou du Simargl, ou sibériennes pour la composante shamanique encore très présente. Enfin, la dernière spécificité balto-slave est la quasi-continuité historique du polythéisme. Contrairement à nos confrères des autres traditions – qui ont connu des coupures se comptant en siècles – des villages de foi strictement polythéistes (n’ayant jamais entendu parler du christianisme) étaient encore présents à la fin du 19ème siècle en Karélie, relevés par les universitaires ; et le dernier mariage référencé comme pratiqué selon la foi polythéiste, remonte à l’arrivé des Bolcheviks. Ce qui signifie que nous avons encore des personnes vivantes aujourd'hui, dont les parents ou les grands-parents ont pu être polythéistes, ce qui présente un grand avantage pour la reconstruction.

Alors de nos jours, comment se manifeste le regain balto-slavisant ? Avez-vous quelque chose à dire sur la guerre russo-ukrainienne ?
* Dymoon : Le paganisme slave jouit d'une volonté de résurgence des différents cultes. Nos confrères polonais ont œuvré pour la mise en place d'une organisation, sous forme d'association pour la résurgence du culte de la foi slave et polonaise, idem pour la Lituanie avec l'organisation de la Romuva. La communauté slavisante française est également très soudée, nous échangeons ensemble sur des thématiques qui nous tiennent à cœur et informons également les néophytes dès lors qu'ils manifestent un intérêt pour la foi slave. Même si ce sont des rites et traditions au demeurant relativement fermés par souci de préservation, nous ne sommes absolument pas fermés à la discussion et à l'échange avec d'autres.
* Mrodistov Mrodiszczewski : Les pays d'Europe de l'Est et d'Europe centrale sont probablement les pays où la renaissance de la foi ancestrale – qu'elle soit balte, slave, finno-ougrienne, etc. – est la plus forte. Des villages païens slaves se créent en Russie, en Pologne et dans d'autres pays slaves, sans parler des associations cultuelles slaves. Des temples sont même reconstruits ! Imaginez cela en France pour le culte gaulois ou romain, c'est impensable ! La guerre en Ukraine… Encore une vaste question. Je n'ai pas pour habitude de parler de politique, mais la guerre n'est pas une décision politique comme une autre. Je me suis déjà exprimé sur ce sujet via les réseaux sociaux. La guerre m'attriste. J'ai eu le cœur soulevé quand j'ai vu cette armée de Poutine envahir l'Ukraine. Et j'insiste, c'est l'armée de Poutine pas celle de la Russie, encore moins celle des Russes. J'ai eu le cœur soulevé de voir deux nations pourtant si proches être ennemies à cause de la folie d'un homme. Cette guerre est fratricide. Je suis Slave et je ne peux m'y résoudre. Ma peine est grande pour le peuple ukrainien. Ma peine est grande pour le peuple russe, qui souffre autrement de cette guerre. Je ne parlerai ni des hommes politiques ni des femmes qui ne font guère mieux dans cette affaire, car j'ai au moins dix pages à écrire sur eux. Aujourd'hui, je prie pour la paix.
* Wieslaw Jagodzik : Ça fait un moment que je fais partie de la fondation Watra, basée à Wroclaw en Pologne, et je vois avec les années le nombre de participants aux rituels s'agrandir. Il suffit de regarder les sites Internet également : il y a 20 ans de cela pour trouver la moindre info sur la Rodnoverie, c'était peine perdue excepté peut-être quelques sites polonais, slovaques, russes et ukrainiens. Aujourd'hui il y en a beaucoup, et de plus en Anglais. Bien que je n'aime pas lire le contenu des sites Internet – beaucoup mélangent différentes choses, inventent des fêtes ou des rituels ou ne sont pas aux courants des avancées archéologiques, – je préfère de loin les livres, mais les sites restes cependant une source d'information pour les novices. Donc oui, la Rodnoverie se porte bien et a de beaux jours devant-elle ! Espérons pour toujours… Concernant le conflit en Ukraine c'est un sujet compliqué. Les guerres fratricides entre Slaves, entre frères, sont horribles (comme toutes les guerres). Il y en a déjà eu de terribles qui ont laissé de graves séquelles mais pourtant ça se répète encore une fois. Je connais des personnes des 2 côtés, c'est encore plus compliqué de les voir séparées et s'entre-tuer. Bien que la liberté soit une chose extrêmement importante à mes yeux, prendre parti pour l'un ou pour l'autre m'est bien évidemment impossible.
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : Le retour est très vivace en terres slaves et baltes. Des sanctuaires sont édifiés (quand ils ne sont pas détruits par des groupes orthodoxes bien trop désœuvrés pour leur propre bien…), des associations existent, la foi ancestrale est reconnue officiellement dans certains pays et en passe de reconnaissance dans d’autres. Notre foi fut la dernière à pointer le bout de son nez parmi les traditions européennes à cause de la situation politique, mais a depuis très largement rattrapé sont retard et est probablement avec les Baltes, l’une des plus actives. Coté France, la communauté n’est composée que de la diaspora slave, que ce soit les 4ème génération polonaise, les descendants de Russes blancs, les Balkaniques qui nous ont rejoint à cause de la guerre en Yougoslavie, ou plus récemment Russes et Ukrainiens. La communauté est petite, mais à la fois solidaire et engagée dans le travail de reconstruction. Certains ont écrit des livres, d’autres rédigent des blogs ou administrent des communautés sur Instagram ou Facebook. À terme nous pensons nous déclarer en tant qu’association. À l’heure actuelle, le groupe privé Bogowie Slowian sur Facebook est destiné à la diaspora mais accueille également des observateurs des traditions cousines.

Quel est le Dieu principal des Balto-Slaves ? Rod, Svarog ou Perun ? Mais parlez-nous en général, de vos Dieux de prédilection et de votre manière de les vénérer : que vous apportent-ils, dans la vie ?
* Dymoon : Dans la cosmogonie slave, Rod est le Père de Tout… Je suis prêtre de la Déesse Morena, qui règne sur l'Hiver ainsi que la Mort et la Sorcellerie. Je voue un culte à cette divinité et je réalise des travaux occultes sous son égide. Je voue également un culte aux ancêtres et réalise des travaux en lien avec les défunts. C'est peut être perceptible comme étant égocentrique – ce que je m'apprête à dire – mais j'ai un rapport aux défunts qui fait que j'aime assez à dire, que je me fais la voix de ceux qui n'en n'ont plus. Rendre grâce à cette déesse et œuvrer pour la résurgence de son culte est un travail de longue haleine qui me met véritablement en joie.
* Mrodistov Mrodiszczewski : Le Dieu principal c'est soit Rod soit Svarog. Selon les versions, c'est l'un de ces deux Dieux qui a créé le monde… Sinon « Dieux de prédilection », je n'aime pas trop cette notion. On ne choisit pas vraiment les Dieux. Un exemple un peu bateau : si vous cherchez l'amour vous allez vous tourner vers la Divinité de l'amour et non vers le Dieu de la guerre, même si vous vous sentez proche de lui. Je vais tenter d'apporter une réponse un peu plus satisfaisante : Veles compte beaucoup pour moi. C'est par Veles que j'ai découvert la foi ancestrale des Slaves… Dans la vie de tous les jours, la foi et les Dieux m'apportent soulagement et bien-être. Ça me rassure de savoir qu'il y a des Dieux vers lesquels je peux me tourner en cas de problème, même si j'ai bien conscience que je dois agir moi-même pour les résoudre. Je pense que n’importe quel croyant de n'importe quelle religion me comprendra.
* Wieslaw Jagodzik : Rod est le Dieu des Dieux, Père de Toutes Choses ! Il a donné son corps pour créer le monde et son esprit sacré vit dans les cieux. Il est la première et plus grosse étoile que l'on peut observer lorsque la nuit vient. Rod observe l'univers qu'il peut détruire ou protéger. Svarog a pris la gérance du monde et a créé les Dieux avec l'aide de Lada et d'Alatyr… Svantovit est sans aucun doute mon Dieu de prédilection, il est mon Dieu tutélaire depuis plus de 20 ans et j'en suis fier. Puis viennent Dazbog, Svarog et Perun. Ces Dieux sont constamment avec moi dans mes amulettes. C'est très important pour moi. Je les vénère autant à la maison sur l'autel familial, que lors des nombreuses célébrations, seul ou en groupe dans des endroits consacrés – cercle de pierres/sanctuaires, l'un en montagne et un autre en forêt. Ils m'apportent tellement de choses, en premier je dirais la plénitude, mais également une force, de l'amour, des réponses, un soutien, et ils me permettent d'être en phase avec le monde, la nature, l'univers, les Divinités. C'est un tout qui rend cette connexion clairement magique.
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : Question complexe que celle du Dieu principal… la hiérarchie varie beaucoup entre les peuples slaves. Il serait erroné de percevoir le polythéisme slave comme un tout monolithique entre les trois familles slaves et les Baltes. Les trois qui sont cités peuvent être considérés comme Dieu dominant en fonction des lieux et des époques. Bien sûr je rends le culte aux principaux Dieux de ma foi, en fonction de la période de l’année, mais je suis avant tout une serviteur de Celui qui détruit ce qui n’a pas – ou plus – sa place dans notre monde. Ma foi passe aussi bien par le coté dévotionnel, par la gestion du groupe de discussions déjà cité, que par mon engagement dans la société civile, dans la lutte contre les dérives sectaires.

L'arbre cosmique des Slaves, c'est pas un truc germano-scandinave avec Yggdrasil, ou celtique avec Crann Bethadh ? Qui a commencé, qui s'est inspiré de qui ? Au contraire, peut-on dire que c'est un seul et même symbole ?
* Dymoon : Ce « truc » – comme mentionné dans l'énoncé de ce paragraphe – n'est pas soumis à un quelconque « œuf ou la poule ». Historiquement, les Slaves entretenaient une forte proximité avec les Scandinaves, les Germains et les Celtes. Cette proximité se justifie par les échanges commerciaux et d'esclaves. Ces esclaves justement, tout comme les commerçants qui les vendaient, n'étaient pas dénués de paroles et de ce fait les échanges se faisaient. Les syncrétismes sont forts, et on peut fortement s'accorder à dire que nous sommes en présence d'un syncrétisme.
* Mrodistov Mrodiszczewski : Cette question aussi demande de larges explications, d'autant plus que ce symbole se retrouve un peu partout en Eurasie, voire au-delà. Une fois n'est pas coutume, je vais essayer de faire une réponse courte. L'arbre-monde semble a priori commun aux Germano-Scandinaves, aux Celtes et aux Slaves, mais la cosmogonie n'est pas tout à fait la même. Pour donner un exemple ou deux, chez les Celtes et chez les Slaves c'est un chêne, du moins la version qui semble la plus répandue. Mais est-ce exactement le même symbole pour autant ? Chez les Slaves, il n'y a que trois mondes qui reposent sur l'arbre-monde, alors que chez les Germano-Scandinaves, il y en a neuf. À mon sens, ce sont trois symboles proches, peut-être même très proches, mais qui néanmoins présentent des différences.
* Wieslaw Jagodzik : La religion slave existe très certainement depuis des milliers d'années tout comme d'autres religions ethniques. C'est ainsi que l'on retrouve des traces de Svarog et de Mokosz ainsi que de Veles datant de l'antiquité. Sous une forme ou une autre les Zercas ou les Volhkvs ont réussi à comprendre les mondes qui les entouraient grâce à l'arbre-monde au centre de leur foi. Ce pilier en est la base. Pour exemple Triglaf est le voyageur des mondes, il utilise ce pilier pour se rendre en Prav, Jav ou Nav. Tout comme le serpent géant enlace les racines de cet arbre, Perun veille du haut de ses branches sur le monde. Comme je l'ai dit plus haut, Germains et Iraniens ont dû influencer certaines choses de la religion slave, mais cette dernière a su se développer individuellement et l'arbre-monde est toujours présent, représenté dans des gravures ou des broderies très anciennes. Encore une fois, bien qu'il y ait de nombreuses ressemblances avec les traditions européennes les plus connues, la Rodnoverie est tout à fait spéciale, singulière et unique.
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : N’ayant jamais entendu parler d'un arbre celtique nommé « Crann Bethadh » – version qui me semble très contemporaine – je vais m’en tenir à la version germanique. Si nous partons du postulat que ce symbole faisait partit du bagage des Celtes historiques – je ne parle pas de ceux d’Extrême-Occident – alors la logique et les sources actuelles voudraient qu'il ait émergé du coté indo-iranien, diffusant coté sibérien ; qu’il soit passé d’abord coté slave et balte, avant de faire tache d’huile chez les voisins germaniques. Mais cela n’est qu’une hypothèse indémontrable à l’heure actuelle, et au-delà de cette hypothèse, si l’arbre slave présente des points communs avec son cousin germano-scandinave, il est aussi pourvu de ses propres spécificités, à savoir trois mondes au lieu de neuf, rejoignant l’organisation hellénique du cosmos. Précisons que l’arbre, en tant qu’Axis Mundi est un symbole très répandu, y compris parmi des cultures sans lien entre elles – maories ou méso-américaines – et n’est aucunement une preuve d’une soi-disant « Tradition Primordiale ».

Quels sites, commus et ouvrages – peu importe la source – conseilleriez-vous à un néophyte, dans la spiritualité balto-slave actuelle ?
* Dymoon : La maison d'édition russe Severnaya Skazka, le blog Wordpress de notre collègue Wieslaw Jagodzik en France, Bogowie Slowian (du même auteur), Mythologie et religion des Slaves païens aux éditions des Belles-Lettres, Volohs des Balkans et Volohs de Russie de Roman Rabinowitz, le site de ventes NorthernFables.ru, Mythologie slave de Louis Léger, et évidemment le site officiel de la Rodnoverie (rodnovery.ru).
* Mrodistov Mrodiszczewski : Malheureusement en Français, il n'y a quasiment rien. Tout ce que je sais je le tiens de textes que j'ai lus en russe et en polonais, principalement en ligne. Voici quelques sources francophones : Louis Léger (1er éd ; 1901), La Mythologie Slave, éd. Forgotten Books ; Wiesław Jagodzik (2011), Bogowie Słowian : les Slaves et le Paganisme, imprimé en Grande-Bretagne par Amazon (autoédition) ; Patrice Lajoye (2022), Mythologie et religion des Slaves païens, Paris, France, éd. les Belles-Lettres, collection Vérité des Mythes ; le site Russie virtuelle  ; et le blog Mathieu Cartes et Paganisme.
* Wieslaw Jagodzik : J'ai créé un site d'informations concernant la Rodzimowierstwo, j'y parle bien évidemment de la religion slave mais également des dernières découvertes archéologiques et historiques concernant le paganisme partout en Europe et dans le monde : le blog Wordpress Wieslaw Jagodzik. J'ai aussi écrit un livre il y a de cela 12 ans sur la religion des Slaves, c'était mon premier essai, une sorte de B.A.BA de la Rodnoverie, sorti à 200 exemplaire. J'y parle des principales fêtes, de certains Dieux, de la genèse des Slaves, etc. : je vais rééditer ce livre après l'avoir corrigé, et le sortir en anglais également : Bogowie Slowian, littéralement Dieux Slaves. Cette année, si tout va bien, sortira un livre beaucoup plus important, de plus de 430 pages, dans lequel j'ai essayé durant plusieurs années de regrouper toutes les connaissances actuelles les plus sérieuses, concernant notre grande foi. Plusieurs points sont traités comme les Divinités et leurs histoires, les rituels, les chansons/poèmes, les dernières découvertes sur la genèse du peuple slave, la dendrôlatrie, la magie, etc. et un chapitre a même été écrit par un autre Rodnover que j'apprécie particulièrement. L'an prochain, une BD se déroulant dans l'univers polonais du 10ème siècle devra également voir le jour. Faisant partie de la fondation Watra, je me dois de citer mon Ami et président, surnommé Rafal Merski, qui travaille avec des pointures dans le milieu et qui a sorti de merveilleux livres, disponibles principalement en polonais. Rendez-vous sur les pages Facebook Watra (Watra.Slowianowierca) et Budujemy "Centrum Kultury Słowiańskiej" we Wrocławiu. Vous avez aussi le Wordpress Watranews, mon Instagram jagodzikwieslaw et bientôt fundacjawatra. Sur Instagram toujours, je conseille les Polonais rodzimowiercy et rodzimowierstwo. Enfin, consultez le site tchèque Rodná víra.
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : Coté slave, il y a peu de ressources valables en français et certaines commencent à dater. Les livres Bogowie Slowian, du collègue Wieslaw Jagodzik, membre de l’association Watra ; les ouvrages de Patrice Lajoye, qui réalisa des études universitaires du sujet ; les ouvrages de Louis Léger, universitaire mais qui commencent à être daté. Coté anglais : Slavic Paganism Today de Roman Shizhensky : une étude sociologique sur le polythéisme slave contemporain… Ces éléments sont un bon point de départ. Nous mettons à la disposition de nos membres sur le groupe Facebook Bogowie Slowian des critiques d’ouvrages en français, anglais et langues slaves, l’accès a de nombreuses ressources universitaires opensource ainsi qu’à des traductions et des synthèses réalisées par les membres du groupe. À coté de cela nous déconseillons fortement trois auteurs, pour des raisons différentes : Natasha Helvin pour cause de syncrétisme ; Madame Pamita à cause de confusions entre mythologie et conte ; Dmitriy Kushnir, car il est issu d’un courant nommé Ynglism présentant deux problèmes : un fort syncrétisme non-historique avec l’hindouisme et une dérive sectaire suprémaciste.

Une anecdote à nous raconter dans le milieu ?
* Dymoon : L'appréciation culturelle est un phénomène sociétal qui, je dirais, est essentiellement dû à la mondialisation. La mondialisation, de par les flux humains et l'accès à Internet, permet le partage d'informations en plus ou moins libre accès. Depuis quelques temps, je dirais un peu moins d'une année, on voit que la mode de cette appréciation culturelle, commence à faire son apparition vis-à-vis des rites et traditions du monde slaves, avec pour principal axe de communication les contes et personnages du folklore slave. J'aime la culture, bien évidemment mais, quand l'expansion d'une culture se fait au détriment du respect que les nouveaux apprenants, ont envers les indigènes de cette culture, c'est là que se pose le fond du problème. Le mélange des styles n'est a priori pas ma tasse de thé, mais la confrontation avec des artistes-auteurs au sujet du mélange des courants m’a ouvert les yeux. Confrontation vaut mieux que dialogue, car le dialogue, même s'il est sain, amène indubitablement à une confrontation des idées. Entre préservation de ce qui est, et ouverture puis « mixage » de ladite culture avec une autre, c'est ce qui m'amène à vous parler alors de cette mode de placer certains personnages de contes folkloriques slaves, à des rangs qui, semblerait-il, ne sont que le fruit de la divagation intellectuelle et artistique d'autrui… Pour expliciter rapidement le fond de ma pensée, je me dois de vous dire que le païen slave, comme le païen de tout courant qui a été confronté au monothéisme, a réussi à trouver des astuces pour assurer la survivance de ses rites et traditions. Ce moyen, pour les slaves, a été l'émergence de contes folkloriques. Les personnages, telle que la « sorcière des bois » et « maîtresse de la mort » qui n'est autre que la célèbre Baba Yaga, sont des personnages qui ont été inspirés des cultes et traditions des païens, pendant le principe de la double foi (dvoyverie). Ce qui me chagrine quelque peu, c'est cette capacité que certaines personnes pourraient avoir à manipuler les informations transmises et à créer tout un engouement autour de ces personnages de contes. Pour clôturer ce paragraphe : Baba Yaga n'est pas une Déesse, elle est le fruit d'un cheminement artistique ayant pour volonté d'assurer la préservation des rites et cultes envers la Déesse Morena.
* Mrodistov Mrodiszczewski : Non. La communauté du paganisme slave n'est pas très large en France. Il n'a malheureusement pas grand chose à raconter.
* Wieslaw Jagodzik : Il y a quelques années j'avais besoin de me retrouver, j'ai alors décidé de visiter différents endroits sacrés de ma spiritualité. J'ai découvert Sleza, cette montagne qui dégage une atmosphère divine, où à chaque endroit mystique on ressent la présence des Dieux, tapis dans l'ombre ou qui vous guettent à travers l'immense forêt ! Ou encore Wolin, la merveilleuse, avec les anciens temples à Triglaf et à Svantovit, mon Dieu tutélaire. Ce temple où j'ai passé de nombreuses heures en méditation et à lui parler en ouvrant mon cœur. Puis j'ai découvert Arkona, splendide Arkona, perché sur ses blanches falaises et entouré par cette mer que j'aime, la Baltique. Bien que l'endroit de l'ancien temple se soit effondré dans la mer, il reste une grande partie de la citadelle sacré. J'y suis donc allé, je me suis posé en début de soirée, une atmosphère lourde et inquiétante y régnait, mais lorsque l'on connaît l'histoire de ce lieu, il ne peut en être autrement. Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants réduits en esclavage pour avoir voulu continuer de croire en toute liberté en leurs Dieux, la statue de Svantovit détruite et découpée pour en faire du bois de chauffage, son cheval blanc sacré utilisé pour tirer des chariots, les offrandes et le trésor du Dieu pillé par les Danois. Pourtant durant plusieurs siècles ce lieu était l'ultime bastion de Svantovit, le peuple Slave des 4 coins de la Slavie venaient l'honorer, ainsi que les Scandinaves de passage pour lui demander sa protection, et lui payer un tribut… J'ai donc décidé de faire un rituel sur ce lieu, avec des offrandes de sang, de fleurs, d'alcool et de pain. Au début j'ai chuchoté, puis j'ai commencé à parler d'une voix sûre et forte, quand soudain un calme apaisant et plus aucun bruit ne se firent entendre à cet endroit. C'était absolument magique, ce ne pouvait pas être dans ma tête car Stribog lui-même, le maître des vents, avait disparu. Je recommande cet endroit fabuleux à tout Rodnover !
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : Aucune anecdote au sujet des membres, car comme cela a été dit, la communauté est petite et soudée. Néanmoins, faisant partie des plus exotiques – car les moins connues – des polythéismes européens, nous somme toujours amusés de voir comment des étrangers essayent bien maladroitement de s’approprier notre foi, sans comprendre les grandes différences qui existent avec les paganismes d’Europe de l’Ouest ; ce qui donne des syncrétistes étranges, une wicca vaguement slavisée. Nous avons vu l’exemple de nos prédécesseurs germano-scandinaves, celtes ou plus récemment des traditions méditerranéennes, subissant des syncrétismes, du politique ou des modernités anachroniques, et nous préférons éviter tout cela. Bien sûr en terres slaves, il existe des problèmes analogues tels que des tentatives d’importer des éléments du védisme ou de l’hindouisme qui ne sont pas conformes à la réalité historique. Nous avons également, toujours en terre slave, et non en France, des problèmes de récupération politique par des mouvement pan-slaviques ou nationalistes.

Quelque chose à ajouter librement ? Au revoir !
* Dymoon : Merci de donner à notre groupe de païen, la possibilité de s’exprimer librement sur ce sujet.
* Mrodistov Mrodiszczewski : Oui ! Je suis bien content que la foi ancestrale des Slaves soit peu connue. Quand je vois ce que certains font avec les religions antiques polythéistes, je me dis qu'au moins les Dieux slaves échappent aux massacres d'une tendance qui mélange tout, n'importe quoi et son contraire, et qui réinterprète les Dieux et les mythes pour les mettre à je-ne-sais-quelle sauce. Merci de m'avoir permis de répondre à cet interview.
* Wieslaw Jagodzik : Il y a de nombreux Slaves en France issus de la diaspora. J'espère qu'un jour, plusieurs d'entre eux retrouveront la voie de leurs ancêtres et qu'ensemble nous pourront refaire vivre l'ancienne religion dans ce pays, loin de nos terres d'origine, pour la plus grande joie des Dieux et pour la nôtre. Merci à toi Mervis.
* Zirnitra Pietrzyk herb. Habdank : Au final les paganismes balto-slaves sont des religions ethniques, au même titre que peuvent l’être les yezidis, les parsi ou d’autres religions indigènes en d’autres continents, qui peuvent parfois faire l’objet de tentations du coté de l’appropriation culturelle. Cette foi n’a pas besoin d’être diffusée en dehors de la communauté slave, et à encore moins besoin d’être occidentalisée. Elle est à l’image de l’hospitalité slave, considérant l’invité comme sacré, mais intraitable avec l’envahisseur.

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Halfdan Rekkirson : « J’ai compris que nous avions besoin de guides sûrs sur la Voie du Nord »
– en quête des danisants* actuels

Bonjour ! Quel est votre nom ou surnom ?
* Dan Derieux/Thorgis : Dan (de Dan Mikilati, premier roi des Danes) et Thorgis, un des tous premiers guerriers organisant un raid contre l'empire chrétien en expansion sous Charlemagne, criminel et totalitaire contre nos traditions.
* Freya Holgersson : Bonjour, je suis Freya Holgersson.
* Sébastien Günther/Gundahar : Quand j’ai commencé à faire partie d’une troupe de reconstitution viking (Norvège 10ème siècle) j’avais, pour les besoins de la troupe, utilisé la forme norroise de mon nom de famille : Günther est donc devenu Gunnar. Mais au fil des années, j’ai pris progressivement de la distance avec le contexte scandinave et viking, fantasmé et galvaudé, surtout depuis la série Vikings, pour me rapprocher de mes racines réelles : germaniques continentales. Pour être cohérent, le nom utilisé est donc Gundahar. Je privilégie effectivement la lignée, la continuité ethnique. En tant qu’alsacien, aux ancêtres germaniques ayant vécu en Alsace, Suisse, Palatinat, Vorarlberg, Silésie, et autres régions de l’ensemble allemand, ça me semble logique de renouer avec la pratique de mes ancêtres réels, plutôt que de m’identifier aux Norrois médiévaux, qui sont les derniers avatars païens du tronc germanique.
* Halfdan Rekkirsson : Ø
* Harjamann Marshalk : Heel ! Harjamann Marhskalk. Harjamann car c'est l'origine même de mon véritable prénom, Armand en proto-germanique, et Marhskalk car c'est l'origine vieux bas-francique du nom de famille de ma mère Marchal soit : celui/celle qui s'occupe des juments, ayant donné maréchal, une vieille lignée des terres alsaciennes, alémaniques et flamandes. Du côté père mon nom c'est De Vos, qui signifie le renard en néerlandais.
* Thierry Van den Eynde : Je n’ai pas de surnom, je n’ai jamais vu d’intérêt à cette pratique. J’ai hérité du nom de mes ancêtres flamands et reçu un prénom d’origine germanique, cela me suffit.

Pouvez-vous vous présenter dans la vie courante ?
* Dan Derieux/Thorgis : Très soucieux de la liberté, ne supportant pas la hiérarchie, aristo-libertaire et souverainiste, ce que je pense je le mets en pratique à la façon d'un philosophe romain, très engagé pour la cause animale. Deux décennies aventurier à la façon des vikings, jusqu’à naviguer dans les mers scandinaves avec un voilier viking d’une vingtaine de mètres. Je suis romancier.
* Freya Holgersson : Mon grand père paternel était suédois, mais mon père est né en France et moi aussi. Je suis d’origine italienne du côté de ma mère. Il n’empêche que ces racines, si diverses soient-elles, me provoquent depuis toujours. Dans la vie courante, je suis essentiellement runologue : je pratique la voyance par les runes, à domicile et en distanciel, c’est-à-dire en visio. Je guide, j’ouvre des portes, j’équilibre, j’explore des vies antérieures, et j’aide des personnes qui font appel à moi. Je pratique le dialogue avec les runes depuis que j’ai 17 ans, et j’en ai 46. Les anciens Germano-Scandinaves étaient très friands de voyance, mais rien n’affirme qu’il la pratiquait à l’aide de runes. Pourtant, rien ne l’infirme non plus. La tradition germano-scandinave m’a toujours attirée, particulièrement parce que l’Homme et la Femme y sont libres et égaux. Ils prennent leur destin en main et ne sont pas passifs. Ils entretiennent un lien étroit avec la Nature qui est au cœur du processus magique. Je suis aussi agricultrice à mes heures perdues et mère de trois enfants. Les animaux sont au centre de ma vie : chevaux, chiens, chats, moutons et la forêt, les arbres, les plantes. Je précise que je n’élève pas d’animaux en vue de les vendre : ils sont simplement mes compagnons de vie ! Les meilleurs compagnons.
* Sébastien Günther/Gundahar : Je suis fonctionnaire territorial, dans le domaine de la culture et du patrimoine. Plutôt solitaire (je suis sociable, mais à dose homéopathique) j’aime la lecture, l’histoire, l’archéologie, l’art, la musique, cuisiner, dessiner, jardiner. J’ai besoin d’être dans mon jardin, les mains dans la terre. J’ai la chance d’avoir un coin de verdure et de biodiversité, à l’écart des villes. J’ai pendant plusieurs années été assez actif au sein d’une troupe de reconstitution norroise, ce qui m’a amené à m’interroger sur l’aspect anthropologique et spirituel, puis à me rapprocher d’une association de pratiquants. Plus précisément : reconstructionnisme de la pratique germanique en contexte alaman.
* Halfdan Rekkirsson : En général, je sidère beaucoup de gens en disant que je suis un ouvrier en bâtiment. Je suis le fier détenteur d'un CAP de peintre, vitrier et applicateur de revêtements ! Et même si par la suite j'ai passé un diplôme d'accès aux études universitaires (pour une courte carrière en fac d'histoire), je reste fondamentalement un membre de la classe ouvrière. Ceci implique que j'ai aussi pas mal côtoyé les rangs des demandeurs d'emploi, ce qui a eu l'avantage de me donner du temps pour étudier mon sujet, organiser des cérémonies (notamment des mariages), et surtout ces dernières années, écrire et tourner des vidéos. Bref, je n'ai pas de curriculum vitae prestigieux à présenter. Au contraire, j'ai jusqu'à présent fréquenté les chantiers, les bars et les concerts plus que les bibliothèques, même si celles-ci ont joué un rôle immense dans ma vie. Je collectionne autant les livres que les vinyles. Et je milite pour qu'on érige un Vé (un temple à ciel ouvert) à Lemmy Kilmister !
* Harjamann Marshalk : En ce moment je me suis découvert une passion pour le lancer de haches, une discipline qui n'est pas sans rappeler l'attrait des Francs pour l'usage de la francisque à des fins de lancer sur les ennemis. Sinon je fais aussi du bushcraft et des bains glacés (entre autres). Je peins, je sculpte, j'écris, je compose.
* Thierry Van den Eynde : J’ai une formation d’artiste plasticien et je travaille dans les milieux culturel et artistique. En parallèle, j’étudie les runes, les croyances et symboliques germano-scandinaves ainsi que le chamanisme traditionnel depuis une trentaine d’années, avec comme objectif une tentative de retrouver l’aspect chamanique germano-scandinave plus particulièrement.

Mais dîtes-nous donc, qu'est-ce qu'est pour vous le forn siðr ou l'ancienne tradition ? Et quelle est ta voie dans cette ancienne tradition ?
* Dan Derieux/Thorgis : L'ancienne coutume germano-scandinave, beaucoup veulent la voir comme une religion, mais c'est loin d'être le cas (pas de dogmes, pas de prêtres, pas de temples ni clergé, pas de prières ou méditations…). Elle a été trop dévoyée, parasitée, réécrite par les clercs des siècles après les derniers païens, alors qu'à la base leur coutume se limitait à quelques pratiques anodines en l'honneur des Ancêtres et de la Grande Déesse Mère.
* Freya Holgersson : J’essaie, autant que faire se peut, de coller au plus près des anciennes traditions, en tentant de m’éloigner le plus possible du néopaganisme. La nature est au cœur de ma pratique : l’écoute des présages, l’observation des mouvements d’oiseaux, de poissons, de troupeaux, le vent, la pluie, la neige, l’arbre, le bruissement des feuilles. Je pratique les cérémonies de l’année, au plus près de la tradition germano-scandinave, mais aussi locale.
* Sébastien Günther/Gundahar : Les Alamans peuplant l’Alsace (et la Suisse germanophone, et le Baden-Württemberg) sont descendus vers le Sud depuis la plaine de l’Elbe et la côte de la Baltique (actuels Brandenburg, Mecklenburg, Sachsen-Anhalt), s’installant d’abord dans les Champs Décumates abandonnés par Rome, puis en Alsace et Suisse. Logiquement, c’est donc dans cette direction et suivant cette lignée que vont mes aspirations.La fidélité à mes ancêtres, dont le sang coule dans mes veines, est primordial à mes yeux. Partant de là, je m’intéresse à tous les aspects permettant une compréhension profonde de ce qu’a pu être leur pratique et foi. Mythes indo-européens, sources germano-scandinaves, religion comparée, traditions populaires allemandes, survivances dans le christianisme.
* Halfdan Rekkirsson : Il est difficile de répondre à la question de savoir ce que représente le forn siðr, car en général, les gens qui adoptent cette foi le font par choix personnel, ils y sont attirés pour une foule de raisons toutes différentes. Par exemple, j'utilise le terme d'Ásatrú pour désigner ma religion, mais on trouve effectivement depuis quelques années le terme de forn siðr (l'ancienne foi), tiré des textes islandais. Si l'odinisme n'est plus à la mode (sinon pour désigner une relation plus personnelle et spécifique à Oðinn) on trouve aussi le nom d'Ansatruwa, qui est le variant germanique de l'Ásatrú, lui même terme scandinave. Car en effet, le scandinavo-centrisme est un problème pour une religion dont l'histoire est trop souvent résumée à sa période viking. Bref, ces problèmes de désignations illustrent le fait qu'il n'existe pas d'unité dans ce milieu. Ce n'est pas un problème en soi, mais ça illustre souvent un manque global de connaissances historiques et géographiques de la Germanie en tant que vecteur de civilisation, culture et religion polythéiste autochtone. Mais aussi, ce soudain retour à la vieille religion germano-scandinave est un signe des temps, que j'analyse depuis longtemps comme une réaction, consciente ou (généralement) pas, au vide du monde moderne, à son manque de transcendance, de projet collectif. Les hommes sont attirés par la lueur des écrans, comme des insectes autour d'un lampadaire, alors que c'est du Soleil dont nous avons besoin ! Je constate depuis des décennies un mouvement qui s'accélère aujourd'hui : le retour aux valeurs anciennes, aux religions anciennes. Dans la banlieue où j'ai passé une partie de mon enfance, les Maghrébins de ma génération étaient plutôt athées, l'islam était un truc de chibanis, de leurs parents nés au pays. Puis la troisième génération est née, et parmi elle beaucoup ont renoué avec l'islam… de leurs grands-parents. Parallèlement, j'ai vu beaucoup de jeunes Européens se tourner vers l’Église, alors que d'autres comme moi découvraient, via Tolkien par exemple, quelque chose de plus ancien encore. Le retour aux paganismes européens est en fait une réaction au chaos du modernisme, au déracinement généralisé, à la perte de repères identitaires. Ce fut mon cas alors que rien ne me destinait à la spiritualité. J'ai conscience que tout cela comblait un vide en moi, vide également ressenti par beaucoup d'autres, de toutes générations, que j'ai pu interroger là-dessus. Avec le temps, j'ai vu apparaître et grandir des communautés de polythéistes celtes, hellènes ou romains, en même temps que germano-scandinaves. C'est dans ce contexte que se trace mon parcours. J'ai compris que nous avions besoin de guides sûrs sur la Voie du Nord. Un jour, je me suis aperçu que j'en savais un peu plus que les autres sur notre religion et sur les runes, et j'ai compris que je devais transmettre. Je m'y atèle depuis quelques années, et aujourd'hui j'enseigne même en ligne jusqu'au Québec !
* Harjamann Marshalk : Je suis de tradition germanique, et plus précisément franque, car les Francs ont façonné notre pays même avant et malgré le baptême de Clovis. J'attache de l'importance aux traditions gauloises sans trop les connaître car c'est imprégné dans la terre, les rochers, les arbres, et autres éléments qui forment la Gaule antique mais aussi les Gréco-Romains. Je pense que ces trois traditions païennes ont forgé la France, même dans sa christianité. L'ancien godhi du clan a fait une traduction séduisante du terme Ásatrú en français moderne, le tout en se basant sur la racine du vieux bas-francique : *Ansentreuwa, donnant un moderne Ansetrêve. Du coup avec l'influence philosophique gréco-romaine, je me rapproche d'un certain stoïcisme (Wuodan étant lui même plutôt stoïcien si on lit le Hávamál).
* Thierry Van den Eynde : À mon sens, le forn siðr est l’expression d’une structure psychique humaine qui est liée à l’aire culturelle germano-scandinave, une manière d’être au monde. Un ensemble de croyances et de concepts qui cadrent avec une mentalité, une culture, un passé, un point de vue et un rapport au monde particulier. Pour ma part, ce fut la découverte d’un système de croyances qui correspondait à ma vision de la vie, à mes ressentis intérieurs, ainsi qu’à mon besoin de libre-arbitre par une absence de dogme. Après une jeunesse chaotique et rebelle, j’ai trouvé une appartenance de cœur qui correspondait à mon vécu dans la culture flamande et à mes idéaux de vie. Ma voie me semble être de ramener cet état d’esprit dans ce monde qui a perdu le lien avec son propre passé, son essence, avec la nature, avec l’Invisible à cause de la propagande chrétienne importée du Moyen-Orient. De permettre à toute personne qui s’en sent proche de pouvoir l’aborder, le comprendre, le vivre de diverses manières, sans prosélytisme ou publicité. De retrouver des valeurs de cœur, une sagesse millénaire ancestrale et sortir de la dichotomie monothéiste pour vivre la pluralité d’esprit du polythéisme. La valeur du partage est primordiale à mes yeux. J’ai reçu un enseignement sur les runes et le chamanisme sibérien par des personnes ne demandant aucun paiement en échange et, je me dois donc d’être un maillon de cette chaîne en ne commercialisant pas non plus le partage de ces connaissances que j’ai reçues. Ces croyances sont aussi un vecteur d’évolution personnelle, car en suivant le sentier d’Oðinn/Woden j’espère me rapprocher des connaissances et de la sagesse dont cet archétype divin est détenteur.

La suite des questions/réponses des danisants*, en cliquant ici.

Comment exprimez-vous le forn siðr, dans la vie ?
* Dan Derieux/Thorgis : La bienveillance et la liberté pour toutes formes de vies, et farouche guerrier contre ceux qui les menacent.
* Freya Holgersson : J'exprime le forn siðr en étant à l’écoute du Wyrd et de la Terre, comme indiqué dans la question précédente.
* Sébastien Günther/Gundahar : Ayant les mains dans la terre de mon jardin, et la passion des cultures et traditions populaires, l’aspect tout à fait pratique du calendrier, des célébrations, des symboles est primordial. Tout est interconnecté et logique, du moment qu’on relie les points : semis, récoltes, saisons, cycles immuables. M’inscrire dans cette roue éternelle, dans les moindres aspects du quotidien. Le côté ritualisé, les offrandes, la conscience de la présence des Landwichten, la conservation du savoir populaire, des traditions, et leur transmission. Le sens du beau, du bien fait, du durable. La famille et les liens du sang sont également primordiaux à mes yeux. La famille est le premier cercle du clan, du groupe. Je restaure une maison ancienne. J’ai également besoin que s’y inscrivent la symbolique des directions, le rôle des espaces de vie, du mobilier, des végétaux, des inscriptions protectrices. C’est donc une pratique à la fois pragmatique, que je veux enracinée, et mystique. Une période de ma vie passée en Asie du Sud-Est m’a ouvert les yeux sur la place omniprésente du monde spirituel dans le moindre aspect du quotidien. Je me sens donc logiquement très concerné par l’environnement, la nature. Qu’il s’agisse de la vie animale, végétale, des roches, des paysages, il s’agit de dons des Dieux, transmis par nos ancêtres. Nous devons en prendre soin, être conscients de notre responsabilité, leur être reconnaissant pour ce qui nous permet de vivre, sans en abuser dans une recherche d’enrichissement et de profit. Le poids destructeur d’une humanité à la démographie galopante me cause du souci. Je ne vois pas d’un œil favorable les idéologies imbibées d’humanisme béat, voulant que les mélanges à large échelle soient bénéfiques, souhaitables, et « enrichissants ».
* Halfdan Rekkirsson : Le plus gros de mon expression du forn siðr est dans l'écriture. Je prépare chaque année une nouvelle édition du calendrier runique, je prépare et donne mes cours, il m'arrive de présider des cérémonies… en ce moment je travaille beaucoup au lancement d'une revue, en fédérant des femmes et des hommes actifs de leur côté, autour d'un outil destiné à donner une tribune commune, et de voir où peut nous mener le fait de parler et débattre publiquement. Tout cela est œuvre religieuse pour moi : je ne fais pas ça pour la gloire, et encore moins pour l'argent (on gagne plus sur les chantiers, croyez-moi !). Sinon, je pratique mes rites familiaux à la maison, et j'essaie de mon mieux de faire correspondre mes actes et leurs conséquences aux principes fixés par les Dieux. Sur ce dernier point, il est vrai que le fait de vivre à cette époque de déracinement et de perte de repères naturels ne facilite pas les choses, mais ce n'est pas facile de toutes façons.
* Harjamann Marshalk : Je lève ma corne, mais pas comme un fan de metal en concert (bien que j'en écoute), j'honore les déités, je ressens l'extase devant un coucher de soleil, j'apporte de l'importance aux odeurs de la nature, je sculpte des ex-votos et les sanctifie, j'organise des bluot avec mon clan… Je tente aussi de connaître la langue de mes ancêtres francs en guise de langue liturgique.
* Thierry Van den Eynde : La base me semble être la sacralisation du quotidien, retrouver ou insuffler le sacré dans chaque acte posé, et chercher la beauté, l’éthique dans les actes et les pensées. Retrouver une simplicité de pensée que la complexité du monde actuel a fait disparaître presqu’entièrement. Ma pratique artistique est un vecteur majeur de l’expression de mes croyances, ainsi qu’une vie intérieure mystique riche qui est la source de mon imaginaire. La sculpture, la création d’entrelacs symboliques, la confection d’objets sacrés par exemple. En fonction des personnes rencontrées qui me le demandent, j’enseigne les runes, j’initie au voyage chamanique, pratique des soins ou des tirages runiques. Je laisse au destin le soin de me mettre en contact avec les personnes à qui je pourrais être utile. Je fais également des recherches sur les pratiques anciennes dans l’objectif de relier au mieux mes pratiques actuelles sur des sujets comme le seiðr, les appellations et particularités des divinités germaniques en Belgique ancienne, l’ethnologie et le systèmes de pensées des peuples païens européens…

Faîtes-vous partie d'un groupe d'adeptes ? Lequel ? Pouvez-vous nous le présenter ? Sinon, en connaissez-vous, en avez-vous fréquenté, et comment était-ce ?
* Dan Derieux/Thorgis : Non aucun groupe. Comme je l'ai souligné, je trouve dommage que de nombreux groupes s'inventent des costumes, des rites, des dogmes, des prêtres, des temples (comme en Islande). Ils s'inspirent de la religion catholique et en reproduisent les structures et la gestuelle. Alors que l'harmonie avec les animaux, la nature et les éléments, est centrale, puisque nous sommes dans ces domaines directement en relation avec les Puissances, par l'intermédiaire de leurs créations qu'il suffit de respecter, d'observer et de ressentir, pour connaître un peu mieux les Dieux. Nul besoin de tous ces artifices religieux ou mystiques. Le dessein des Dieux est dans la nature et ses hôtes et non dans les livres ni les temples et leurs sectateurs.
* Freya Holgersson : Non, désolée, je ne fais partie d'aucun groupe et je n'en connais pas. Je suis assez asociale.
* Sébastien Günther/Gundahar : Je suis membre du clan Alamannia, basé en Alsace, faisant partie de Les Enfants d’Yggdrasil). Nous nous efforçons de reconstruire une pratique germanique, que nous espérons la plus proche de ce qu’ont pu pratiquer nos ancêtres alamans, tout en l’inscrivant dans le mode de vie actuelle. Il ne s’agit pas de reconstitution archéologique, bien que ma sensibilité personnelle me porte dans cette direction.
* Halfdan Rekkirsson : Je connais plusieurs petites communautés, des clans parfois familiaux, mais je ne fais partie d'aucun. Je suis parfois invité pour des solstices ou autres événements, ce qui m'honore. Je suis dans une position intéressante en l’occurrence, car je peux rencontrer des gens et clans qui ne se connaissent généralement pas. Ça me permet de me rendre compte de notre force, du potentiel de cette communauté encore divisée, qui n'a encore qu'une très vague idée de ce qu'elle représente. Nous sommes passés de quelques centaines dans les années 90 à quelques dizaines de milliers d'individus aujourd'hui, dont la plupart sont encore isolés et seulement reliés par Internet et des lectures communes. C'est d'ailleurs aussi pourquoi l'idée d'une revue, lancée par mon éditeur, est devenue un projet important pour moi : elle devrait permettre d'apporter plus d'échanges, de connexions, et de créer d'autres clans, qui sont autant de foyers vivants. Car je sais d'expérience qu'un clan a une vie spirituelle bien plus riche qu'un individu isolé. Et c'est important aussi de redécouvrir ça, le sentiment d'appartenance, la solidarité, à l'ère de l'individu-consommateur égoïste. Partout où je suis allé, j'ai retrouvé cette chaleur humaine, cette communion, dont les animaux sociaux que nous sommes ont un besoin vital ! Hors du clan, pas de salut ! Mais je ne fais partie d'aucun groupe et je n'ai pas d'adeptes. Je sais que beaucoup de gens m'écoutent aujourd'hui, attentifs à mes écrits, et certains se sont déjà tournés vers moi pour demander de l'aide, parfois sur des sujets personnels et douloureux. Je fais de mon mieux, mais c'est une responsabilité qui a tendance à me stresser. Je ne me définis pas comme un guide, sinon dans les études et les recherches.
* Harjamann Marshalk : J'ai été nommé godhi du clan Liddle Franke, un clan faisant jadis partie de l'association des Enfants d'Yggdrasill mais s'en étant détaché il y a quelques années. Nous sommes un clan multi-traditions (nordisants, germanisants, anglo-saxons). En ce moment nous avons une gythia qui fait également son travail puisque avec certains détails de ma vie je n'assure pas pleinement mon rôle ces temps-ci là où elle, elle organise quelques événements en ce moment.
* Thierry Van den Eynde : Non je ne fais partie d’aucun groupe d’adeptes. J’ai créé le Cercle Alruna, c’est comme un point de rencontre, une structure très libre où peuvent se croiser des personnes aux intérêts communs qui concernent les croyances germano-scandinaves et le chamanisme pour échanger, ou pratiquer diverses cérémonies. Cela me permet aussi par le biais d’une page Facebook de diffuser des infos, connaissances, sagesses, ou encore présenter un certain état d’esprit, un regard différent basé sur les sociétés païennes anciennes. En dehors de ça, j’ai une pratique plutôt solitaire.

Comment commenteriez-vous ce que vous percevez des néopaïens – ou païens contemporains si vous préférez – au-delà de votre groupe, et notamment sur Internet, eut égard au forn siðr ?
* Dan Derieux/Thorgis : Je réitère qu'ils sont pour moi trop calqués sur l’Église, trop mystiques, dévots, quelques uns se prennent pour des devins, ils reproduisent à leur insu les caricatures et diabolisations inventées et orchestrées par l’Église contre nos Ancêtres païens. D'autre part ces groupes sont trop ethnocentrés, beaucoup dans les paroles et peu dans l'action, ils n'agissent pas pour les créations des Dieux que sont les animaux, la nature. La plupart des humains prélèvent dans la nature et les animaux mais très peu donnent en retour en s'investissant par exemple contre la souffrance animale, en se comportant en guerrier pour agir sur le terrain. C'est cela, honorer les Dieux, en prenant soin des êtres innocents qu'ils ont créés.
* Freya Holgersson : D’après moi, les portes d’entrée à une reconnexion aux anciennes traditions sont toutes valeureuses. Il n’y a rien à dénigrer aujourd'hui. Chacun a un objectif de vie : parader ou approfondir. Je ne juge personne, mais je murmure aux autres cette idée d’apprendre et de s’améliorer, de connaître et de pratiquer. Nous sommes tous perfectibles et rien ne se fait en un jour. Il faut du temps et de la maturité pour se perfectionner. J’apprends également tous les jours.
* Sébastien Günther/Gundahar : Je suis assez réservé sur ce que je perçois chez les autres païens. J’ai été refroidi par différentes choses, en fréquentant le milieu. Tout d’abord, le côté syncrétique (new age, chamanisme, wicca, etc.) d’une partie importante des néo-païens : célébration de « sabbats » non basés sur des sources historiques ou archéologiques. Un côté parfois un peu « jeu de rôle » ou « fête médiévale », teinté d’ésotérisme, voire de franc-maçonnerie. Un second aspect qui m’interroge, c’est l’anti-christianisme parfois primaire et sans nuance. J’ai du mal à comprendre qu’on construise sa pratique en opposition systématique à une autre. C’est une forme de « crise d’adolescence ». Le paganisme n’est pas anti-. Il n’est pas Un. Il est, ou plutôt ils sont. Ils se suffisent à eux-mêmes. Ils savent reconnaître les survivances, les emprunts aux polythéismes antérieurs, y compris dans la tradition chrétienne. Cela permet même de retrouver des « chaînons manquants ».
* Halfdan Rekkirsson : Vaste question que les néopaïens, et tellement de problèmes ! Un phénomène de mode lié aux vikings a apporté soudain une foule de gens, désireux de découvrir un monde passionnant et parmi eux, certains ont une soif spirituelle sincère. Mais dans ce bon grain, beaucoup d'ivraie, et les anciens constatent partout la même chose : un niveau de médiocrité phénoménal. On ne peut en vouloir à des gens qui découvrent l'univers des Dieux, bien sûr. J'ai moi même été un parfait ignorant en la matière, mais hélas, de nombreux pièges attendent le néophyte aujourd'hui. Entre le new age qui fait « comme je le sens », les vendeurs de « runes celtes » et autres illuminés ayant trouvé un créneau juteux, beaucoup se perdent. Mais le plus gros problème est, il me semble, générationnel. Une part importante de cette génération se détourne vite de gens comme moi quand ils nous demandent de leur apprendre les runes, par exemple, parce que nous commençons par leur dire d'étudier à fond la mythologie et par leur donner une bonne et grosse bibliographie. Nous leur disons qu'ils ont devant eux plusieurs années d'études. Le nombre de gens qui se détournent alors en nous traitant de snobs (voire pire) est hallucinant ! Le goût de l'effort est devenu rare chez les jeunes, qui croient que, comme leurs héros de jeunesse, le pouvoir leur est dû et qu'il est facile de l'obtenir. J'en ai même fait un débat mis en ligne il y a deux ans, qui traitait de l'enseignement des runes, et où l'on constatait ce manque de volonté et de vitalité chez beaucoup de jeunes. Ceci dit, il y a heureusement le bon grain, et il commence à montrer sa qualité. Le phénomène aura eu du positif, et nous fournissons un gros travail pour les guider vers des chemins sûrs. Il est curieux de constater que cela est arrivé juste au moment où une nouvelle génération d'auteurs francophones de qualité se faisait connaître, grâce aux éditions Sesheta notamment. Le timing a été parfait, en l’occurrence, les Dieux ont bien calculé leur coup, il me semble. Mais pour résumer, il existe beaucoup de « païens » qui ne cherchent pas une voie vers les Dieux, qui sont juste des consommateurs. Ils viennent pour rêver, ils recherchent une ambiance, un moyen de ré-enchanter leur monde (et seulement le leur) à moindre frais et surtout, sans effort. Ils vont être déçus à terme, mais peu importe. Hélas, leur simple présence est elle aussi un piège pour le jeune homme ou la jeune femme en quête : parmi les pages Facebook dédiées au sujet, il est facile de ne pas trouver les bonnes, celles qui proposent de travailler et d'avancer, et non seulement de baigner parmi des images soporifiques et des confortables visions du monde ancien mises en conformité avec les idées woke actuelles.
* Harjamann Marshalk : Je pense qu'il y a des païens sincères qui vivent dans une certaine piété spirituelle et pratiquent quotidiennement seuls ou en groupe, là où d'autres se concentrent surtout sur le décorum entourant le paganisme germano-scandinave (tatouages, pendentifs marteau de Donar au cou, écrire skøll au lieu de skål (d'ailleurs en vieux francique on dit skallija).
* Thierry Van den Eynde : Je suis assez partagé. D’une part il y a des personnes sérieuses qui partagent des connaissances vérifiées, mais d’autres le vivent plutôt comme une manière de se démarquer d’une certaine norme et de façon un peu caricaturale. Somme toute, un reflet assez cohérent de toute société humaine… Je n’ai qu’un vrai regret, c’est de voir beaucoup de polémiques autour de détails qui me semblent personnels de prime abord. Le meilleur exemple ce sont ces débats enflammés, où chacun tente d’imposer sa « vérité », sur les différentes appellations de ses croyances, ceux sur les noms des runes ou de certains termes liés aux différents dialectes germano-scandinaves. L’essence même du polythéisme est de ne pas avoir de dogme qui oblige les adeptes à voir les choses de la même façon. Cette pensée unique née des dogmes monothéistes influence encore beaucoup les esprits malgré la vigueur nouvelle des paganismes actuellement. Je pense que la croyance est affaire personnelle, un rapport entre soi et les divinités sans intervention d’une tierce personne. Historiquement, la différence existait entre le culte privé où chacun vivait sa relation aux divinités à sa manière (quitte à se détourner d’une divinité vers une autre par intérêt ou dépit), et le culte public qui était très structuré rituellement et symboliquement pour les cérémonies de groupe. Le simple fait de traduire en runes les divers noms du dieu borgne dans les époques et lieux où il fut présent, et d’analyser leurs significations, permet de se rendre compte des différences de mentalités et de perception du monde.

Notamment, comment te situes-tu par rapport aux Germano-Scandinaves les plus fameux dans la culture populaire, j'ai nommé les vikings ? Qui sont-ils ? Sont-ils bien représentés ? Et où en est ton forn siðr et/ou celui de ton groupe, par rapport à ça ?
* Dan Derieux/Thorgis : Là encore parmi les groupes vikings, beaucoup font l’effort d’apprendre les sagas et eddas en pensant pouvoir cerner l’esprit de nos Pères païens, mais hélas ils se fourvoient puisque tous les textes dont nous disposons ont été rédigés, inventés, censurés… par des hommes d’Église, des siècles après le dernier viking. Ils ne s’en cachent pas d’ailleurs dans leurs propos et prologues. Ces néo-païens d’aujourd’hui, malgré leur volonté de bien faire, prennent pour vérités ces écrits comme étant des pensées païennes, alors que beaucoup de ces textes n’ont pour but que de détruire l’esprit originel des païens et leurs croyances, de salir les Dieux, les insulter, les diaboliser, les anéantir, il suffit de les lire.
* Freya Holgersson : Les anciens Germano-Scandinaves et la période viking sont pour moi une porte d’entrée, tout comme les séries télévisées. Grâce à cette « mode », certaines personnes ont enfin accès à cette culture oubliée. Libre à eux ensuite de se documenter sur la réalité des faits et des pratiques. Les Dieux choisiront les leurs !
* Sébastien Günther/Gundahar : Je me situe (ainsi que mon groupe) dans un contexte germanique alaman, connu sous le nom de germanique (issu des Elbgermanen), qui n’est pas celui de la Scandinavie médiévale. Les dits vikings (ou plutôt Norrois, les vikings n’étant qu’une infime partie de la population, partis en raids) m’intéressent, étant des « cousins » tardifs, et comme les derniers Germains païens. Cela permet de bénéficier de textes, même s’ils sont médiévaux, et même s’ils ont été rédigés par des chrétiens, qui fournissent des indices concernant la période, l’aire géographique et la pratique qui me concerne, et pour laquelle les sources sont extrêmement fragmentaires (Tacite, par exemple). Les vikings ont la cote. C’est lié à la série, bien sûr, mais à mon sens également à un besoin actuel de renouer avec un fonds européen enraciné. Ce besoin est à prendre en compte et à encourager. Malheureusement, l’image des « vikings » pâtit de représentations souvent éloignées de la réalité, que ce soit au cinéma, dans la bande dessinée ou sur Netflix : barbares virils, portant peaux de bêtes et lanières cuir, tatoués, le crâne rasé de côté à la « Jean-Ragnar », futhark ancien (donc non viking) ou encore vegvisir islandais magico-chrétien du 18ème en pendentif ou tatoué sur la cheville, voilà l’image que beaucoup ont des vikings. La démarche de recherche personnelle, la plus objective et scientifique possible, permet de débunker cette image.
* Halfdan Rekkirsson : L'épopée viking est la porte d'entrée de la majorité des ásatrúarmenn moi y compris. Je suis Normand, passionné d'histoire, et fatalement les Northmenn sont fondateurs en France, et pas seulement de la Normandie. Mon parcours implique vingt ans de reconstitution historique viking, de 1994 à 2014. L'influence de ce bout d'histoire scandinave est énorme sur le réveil du paganisme germanique en France. Ce n'est pas le cas en Angleterre par exemple, où la colonisation anglo-saxonne sert de référence, ou en Allemagne, qui est directement, ethniquement et géographiquement, héritière de la Germanie ancienne. Sans compter la Scandinavie elle-même. Selon les régions, le rapport au retour de l'Ásatrú est différent et spécifique. En France donc, c'est le fait viking qui s'impose, Normandie oblige. Une partie de mon travail (et je ne suis pas le seul) est de faire prendre conscience que l'héritage scandinave en France (et plus largement en Europe) ne se résume pas à cette période historique, glorieuse certes, mais courte. Les Francs, pour commencer, mais aussi les Burgondes (Bourgogne), les Saxons, les Suèves, les Alamans, les Wisigoths et autres peuples germaniques ont fait souche en France. Sans compter la Lombardie ou l'Andalousie en Italie et en Espagne, qui sont les preuves d'implantations considérables des Germano-Scandinaves hors de leurs pays d'origine. Cet héritage est tout simplement énorme, bien plus important que le seul fait viking. J'ai été passionné par l'histoire viking, mais ma quête m'a obligé à comprendre que le plus gros était ailleurs : dans les textes issus de la période passionnante des Grandes Migrations et des Grandes Invasions, dans les récits des Grecs et des Romains qui nous ont donné nos plus anciennes sources historiques. L'étude de l'archéologie, de la philologie, de la paléolinguistique et autres disciplines issues de l'étude de ces périodes et régions, sont essentielles pour comprendre notre religion. Bref, il existe un courant parmi les chercheurs, écrivains et rédacteurs de sites Internet, qui lutte contre ce qu'on appelle le scandinavo-centrisme. Cela consiste à signaler aux nouveaux venus que la découverte de notre religion, résumée au monde viking, est une impasse si on ignore tout le reste de l'histoire en Germanie. Mais encore une fois, cela n'implique pas qu'il faille négliger les vikings, leur culture et leur religion, mais il faut l'inscrire dans l'histoire, les cultures et les pratiques religieuses du reste du monde germanique ancien, qui s'étend sur plus de 3000 ans, et sur plus de la moitié de l'Europe.
* Harjamann Marshalk : J'ai fait mon test ADN, j'ai 8% de mes ancêtres venant de finnoscandie, en fait comme la majorité des autochtones ouest-européens… donc pas de quoi faire un cake. Par contre, ce test a confirmé que je suis originaire en très grande partie des Pays-Bas, des Flandres belges et du nord-est de la France, donc un descendant de Mérovée. Du coup au même titre que les nordiques et les anglo-saxons, je suis entre autres un descendant de Yngvi-Freyr. En tant que français, nous devrions célébrer les dieux selon la tradition germanique, plutôt que d'aller chercher en Scandinavie.
* Thierry Van den Eynde : La société scandinave médiévale est la source principale de qui veut retrouver le paganisme germanique, j’ai donc en toute logique commencé par l’étudier pendant presque 20 ans. Par après, j’ai ressenti le besoin de cibler mes recherches sur une localisation plus personnelle et j’ai cherché les traces du paganisme germanique, en Flandres plus particulièrement. Quant aux vikings, ils ont clairement une aura particulière, légendaire ce qui implique qu’on les met à toute les sauces… L’image que l’on s’en fait évolue heureusement vers quelque chose de plus cohérent historiquement même s'il y a encore du boulot. Personnellement, mon intérêt s’est toujours porté sur la période précédente, car je considère la période viking comme une certaine décadence de la civilisation païenne. Il suffit de comparer les runes de l’alphabet viking avec l’ancien futhark pour voir que les runes d’émotion, de sensibilité ont disparu pour laisser toute la place aux runes dures et guerrières.

Quel rapport le druidicat celte a-t-il, avec le forn siðr ?
* Dan Derieux/Thorgis : Je pense que le second a été inventé, fabriqué par les clercs qui se sont un peu inspirés du premier, mais surtout des textes classiques, et bibliques. Il suffit de lire et de comparer pour que cela saute aux yeux. Si le lecteur veut plus de précisions sur mes réponses, je le renvoie à mon étude sur les vikings, où j’ai recueilli les conclusions d’une centaine de spécialistes et de quelques-unes de leurs citations : Vikings – le Crépuscule des Dieux n’a pas eu lieu.
* Freya Holgersson : Druidicat et forn siðr font partie intégrante des traditions germano-scandinaves. Les grands principes sont les mêmes, les variations locales et linguistiques apparaissent bien sûr. C’est un point qui mériterait d’être développé, mais que d’autres ont développé avant moi.
* Sébastien Günther/Gundahar : Le druidicat est éloigné du forn siðr. Les deux partagent incontestablement un terreau indo-européen commun, mais le panthéon, l’organisation de la pratique cultuelle, de la société, de la « prêtrise » en contexte celte et germanique, ne sont de loin pas identiques à mon sens. Les druides font partie d’une classe sociale avant tout, s’étant progressivement imposés dans l’espace appelé Gaule (mais pas dans l’ensemble du monde celte). Scientifiques, astronomes, prêtres, philosophes, voire politiciens, ils sont à la société gauloise ce que les brahmanes sont à la société indienne. La pratique germanique diffère. Les godi ne sont pas issus de la classe supérieure, ne forment pas de caste, et ne sont pas organisés en réel clergé. Ils dirigent, souvent à côté d’autres occupations, les cérémonies rythmant l’année. Les völur ne sont pas prêtres non plus, occupant le rôle du « sorcier de village ». Personnellement, je vois difficilement comment rapprocher (en admettant que ce soit souhaitable et souhaité) les deux.
* Halfdan Rekkirsson : Mon constat est simple : pratiquement aucun rapport entre druidicat et forn siðr. Je connais bien un clan qui partage un bois avec une communauté druidique (que je n'ai pas eu l'honneur de rencontrer) dans lequel ils ont chacun leur espace rituel, mais c'est à peu prés tout. D'autres passerelles existent, je le sais, mais je n'ai que très peu de rapports avec le monde druidique, d'ailleurs peu représenté en Normandie. Le fait est que l'Ásatrú souffre d'une confusion récurrente : dans l'imaginaire collectif, Celtes et vikings, c'est tout un. La Germanie n'existe quasiment pas, et le monde celte est le seul qui soit. C'est une autre preuve de la faillite de l'éducation nationale, qui semble cultiver une ignorance crasse de notre Histoire. Résultat, beaucoup de fidèles du Nord ont un rejet du monde celte, qui n'y est pourtant pour rien ! Car en effet, un dialogue permanent est nécessaire, selon moi, entre toutes les religions autochtones européennes, si elles veulent un jour pouvoir proposer des alternatives aux problématiques du monde actuel. Le druidisme moderne est aussi plus ancien que l'Ásatrú, qui a longtemps souffert d'une association pavlovienne au nazisme. De plus, la république française à longtemps vanté « nos ancêtres les Gaulois », pour faire face au pangermanisme de l'Allemagne avec laquelle nous avons eu trop de conflits fratricides. Ce qui fait que l'héritage germano-scandinave de la France (qui porte pourtant un nom germanique) a longtemps été ignoré ou minimisé, voire méprisé. Nous n'avons donc pas le développement que les druides peuvent avoir en France ou en Angleterre, par exemple, qui peut dater de trois siècles parfois. Nous rattrapons le temps sur ce point, mais il est vrai qu'il n'existe pas encore de structure solide et représentative des communautés ásatrú pour pouvoir ouvrir le dialogue nécessaire. Mais moi et d'autres y travaillons, et un jour devra émerger une organisation, même si elle est informelle, qui pourra créer des liens et possiblement, organiser des cérémonies et actions concrètes ensemble.
* Harjamann Marshalk : Je ne m'y connais pas assez pour pouvoir répondre, je sais que les druides actuels sont une conception maçonnique ce qui me déplaît au plus haut point. Je sais que certains aussi tentent de remettre la lumière sur les réelles pratiques des Gaulois en se basant sur le comparatisme indo-européen
* Thierry Van den Eynde : Ce sont des croyances cousines avec nombre de points communs, la différence majeure me paraît être la manière de la vivre. Le druidicat celtique était quelque chose de structuré, de hiérarchisé alors que le monde germano-scandinave le vivait plus librement, plus dans la relation humaine peut-être.

Une anecdote païenne à nous raconter ?
* Dan Derieux/Thorgis : La très grande majorité des personnes qui me lisent ou assistent à mes conférences me renvoient un bon écho, puisque mes interlocuteurs constatent et vérifient que je me base uniquement sur du concret. Mon moteur c'est : les faits rien que les faits, et les recherches de très nombreux spécialistes de divers domaines tant historiens, archéos, philologues… et les textes par eux-mêmes bien entendu. Quand il y a un doute sur un sujet, je le précise et écris au conditionnel pour être le plus objectif possible. Néanmoins il y en a quelques uns, qui voient bouleversées toutes les idées et croyances qu’ils se faisaient sur les vikings, et pour eux il est hors de question que la réalité anéantisse cette fiction, remette en question les personnages qu’ils se sont créés, pour certains leurs fantasmes, les fables qu’ils aiment propager… Je représente à leurs yeux le trublion à abattre mais virtuellement, car jamais ils ne m'affrontent réellement. Un petit groupe m’a pourri la sortie de mon ouvrage sur ma page FB, un véritable autodafé virtuel à l’image des fanatiques inquisiteurs, sans l’avoir lu, juste après avoir parcouru les titres des chapitres, sans jamais parler du fond, juste dans la négation sans argumenter, reléguant la centaine de spécialistes cités dans mon ouvrage à des charlatans... des suppôts de Satan, puisqu’ils brisaient leurs fantasmes érigés en religion. Ces « Torquemada du Net » faisaient preuve d’une haine incroyable contre cette simple étude car très sourcée, donc difficile pour eux de contredire tous ces spécialistes. Les vérités ne sont pas bonnes à dire.
* Freya Holgersson : De par mon activité, j’ai plein d’anecdotes à raconter. Mais les gens que j’aide, qui s’élèvent et s’envolent parfois grâce à moi, ou à l’une de mes consultations, sont ma plus belle récompense.
* Sébastien Günther/Gundahar : La première anecdote concerne mon jardin potager. Y ayant dressé un Maibaum l’an dernier, j’ai constaté que les carottes étaient de plus en plus grosses à mesure qu’elles étaient proches du mât… La seconde concerne Donar. Craignant pour mon potager, alors que de fortes averses de grêle étaient annoncées, j’ai placé son effigie sur ma fenêtre, face à l’ouest d’où devaient venir les orages. Résultat : Il n’y a eu aucun impact de foudre ni grêlon dans un rayon de 5 km autour de ma maison, alors que les villages voisins étaient sous le déluge… La troisième anecdote concerne l’achat de ma maison. L’obtention du prêt immobilier n’était pas évidente. Il y a eu plusieurs contre-temps, dont le décès du vendeur après signature du compromis. Lors d’une cérémonie avec mon clan, j’en ai appelé à Frigga, dans l’espoir que la maîtresse du foyer et des clefs m’aiderait à débloquer le sac de nœuds. Moins de deux mois plus tard, je signais l’acte de vente, et introduisais la clef dans la serrure de ma maison. Je serai toujours reconnaissant à la Dame pour ça.
* Halfdan Rekkirsson : Quand j'ai découvert ma foi, tout ceux qui la partageaient étaient comme moi, des convertis en quelque sorte. Inspirés par les Dieux qui nous parlaient enfin, nous étions des reconstructeur d'une religion, à partir de sources anciennes (même si j'ai découvert depuis que le christianisme a imité beaucoup de rites et d'éléments en tentant de les supplanter, et les ont donc maintenus vivants… jusqu'à nous : merci). Aujourd'hui existent des jeunes gens qui sont nés et élevés dans des familles ásatrú. C'est un changement de fond significatif, qui prouve que notre religion, comme les autres polythéismes européens, sont bel et bien vivants et viables, en cette époque dévitalisée. L'Ásatrú et les autres polythéismes ethniques d'Europe sont des religions d'avenir, aptes à ré-enchanter positivement le monde et à apporter un regard neuf sur les problèmes immenses auxquels le modernisme nous confronte. « Dieu est mort », disait Nietzsche ; c'est peut-être pour permettre le retour des anciens Dieux, qui sont prêts à nous apporter une nouvelle vitalité.
* Harjamann Marshalk : Quand je suis entré dans un clan et avant de pratiquer avec celui-ci j'avais une image des païens comme des gens voulant s'élever, se cultiver aussi bien physiquement que mentalement. Au lieu de ça je suis tombé sur quelques non-binaires au cheveux bleus, sur des efféminés et sur des gens qui se plaignaient sans arrêt. J'avais parfois l'impression d'être à la Fête de l'Huma… Quand je suis devenu chef de clan j'ai mis un point d'honneur à bien choisir les participants : les banquets rituels à base de tofu sauce soja en chantant l'Internationale c'est pas mon dada… cela dit un bluot avec des chauves qui lèvent le bras à 45° autour du feu en écoutant du mauvais rock et en enchaînant des kro c'est pas mon truc non plus.
* Thierry Van den Eynde : Le village d’origine de ma famille porte le nom d’un saint (St Liévin) qui fut exécuté par les païens locaux au VIIe siècle, car il voulait les évangéliser. En dehors de toute considération sur le meurtre d’un humain, je suis assez fier de mes origines.

Que veux-tu ajouter librement ? Au revoir !
* Dan Derieux/Thorgis : Chacun peut croire ce qu’il veut tant qu’il ne nuit pas, mais rendons aux vikings ce qui appartient aux vikings, et aux clercs chrétiens leurs écrits fantasques et destructeurs sur leurs ennemis les vikings. Cessez de propager les mensonges chrétiens contre nos Pères, lisez, informez-vous. Ceux qui souhaitent honorer les Dieux et les Ancêtres, devraient protéger leur principale création, que sont la nature et les animaux (et parmi les animaux, il y a l’humain, le plus complexe d’entre eux).
* Freya Holgersson : Je reste à la disposition de tous, pour transmettre mon savoir, avec bienveillance et humilité. Merci pour tout.
* Sébastien Günther/Gundahar : J’aimerais simplement partager la manière dont je suis revenu aux croyances de mes pères. Je ne me sentais pas attiré spirituellement par les mythes germaniques. Il n’y avait que de la curiosité intellectuelle, liée à l’intérêt historique et archéologique pour la Scandinavie médiévale. Je dirais que ce n’est pas moi qui suis allé chercher les Dieux, ce sont eux qui m’ont appelé. Cela s’est manifesté sous la forme d’une attirance irrésistible. Le premier à se tourner vers moi a été Yngwi-Frey. Je m’y suis assez brusquement identifié. Jeunesse, beauté, fertilité, sexualité. C’est venu également par ma grand-mère défunte, qui s’appelait Inge, et en hommage à laquelle je portais à ma ceinture la rune ingwaz… Le second à se tourner vers moi a été Donar. Sa maturité, sa combativité positive, sa force m’ont accompagné… Le troisième à se tourner vers moi a été Wodan (Oðinn). Son influence a été totalement irrésistible, au point d’influencer mon caractère. Depuis que je lui ai répondu, j’ai développé un côté assez colérique, sombre, attiré par la guerre, voire une certaine violence pas toujours évidente à gérer, alors que j’étais plutôt pacifique et lent à la colère. En parallèle, une soif de connaissance et d’interprétation de ce qui m’entoure, que j’avais déjà mais qui a encore grandie. Je constate que cet « appel » s’est fait dans l’ordre des âges de la vie. Jeunesse, maturité, vieillesse et sagesse. C’est également le paysan, le guerrier, le roi prêtre.
* Halfdan Rekkirsson : Ø
* Harjamann Marshalk : Soyez fiers de vos ancêtres francs, mais aussi celtes et romains, mais aussi de vos terroirs, c'est ce qui nous a façonnés ! Essayons de retrouver la vertu dans les paroles de Wuodan et les écrits de Marc Aurèle, le christianisme n'a pas le monopole de cette vertu, à la base ça vient de nous !
* Thierry Van den Eynde : « L'esprit seul, sait ce qui gît près du coeur. » – Hávamál« l'esprit>

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Gaia Claudia Albina : « Le monothéisme s'est imposé par la force et le sang dans l'Empire romain »
– en quête des gréco-romanisants actuels

Bonjour ! Quel est votre nom, ou du moins votre surnom gréco-romanisant ?
* Aphrodisia Herakleia : Bonjour, je m'appelle Mélody, de mon nom Helléniste Aphrodisia Herakleia. Ceci est mon nom de sacerdoce dédié à mes Déesses patronnes, Aphrodite et Héra, que je sers activement depuis 2019.
* Gaia Claudia Albina : Salve ! Mon nom romain est Gaia Claudia Albina, c'est l'identité que j'ai adoptée depuis que je fais partie de Nova Roma.
* Maximus : Je me nomme Maxime, alors on me nomme Maximus simplement.
* Tertius Claudius Lupus : Mon nom romanisant est Tertius Claudius Lupus.
* Timothevs : Salve ! Je suis Timothevs [Timothevs est néerlandophone de Belgique, et m'écrit en anglais – ndlr].

Pouvez-vous vous présenter, civilement, que l'on présume à qui l'on a affaire ?
* Aphrodisia Herakleia : Je suis une jeune mère au foyer, de trois enfants. J'ai 30 ans, je suis active dans le milieu païen depuis quelques années déjà mais je suis polythéiste depuis enfant. Je suis également fondatrice du temple Netjeriste Akh Netjerou et du collège Hellénique Mystis dans le Sud-Est de la France.
Gaia Claudia Albina : Je préfère être discrète sur mon identité civile. Je suis une polythéiste lambda suivant principalement la tradition romaine mais faisant aussi partie d'un groupe druidique local.
* Maximus : J'ai 37 ans, je suis ouvrier.
* Tertius Claudius Lupus : Civilement, je m'appelle Jérémie Bonnery.
* Timothevs : Je suis diplômé en études japonaises (langue et culture) à l'université, et c'est dans ce domaine que je travaille actuellement. Je tiens un groupe et une chaîne YouTube dédiés à Rome.

Je dis « gréco-romanisant », mais quelle différence historique et culturelle faudrait-il faire, entre la Grèce et la Rome, et depuis quand, pourquoi et comment les a-t-on amalgamées ?
* Aphrodisia Herakleia : On les a amalgamées par manque de culture, cela dit il faut étudier l'histoire pour comprendre qu'il n'y a qu'un pas entre la Grèce et Rome. Rome est méditerranéenne tout comme l'était la Grèce ! Je suis moi-même née à côté de la ville de Marseille, anciennement Massilia, dans une ville nommée Fréjus (l'antique Forum Julii fondée par César lui-même). Pour moi, Rome est l'héritière de la Grande Hellas tant par sa culture que par sa proximité.
* Gaia Claudia Albina : La civilisation grecque a précédé la civilisation romaine et a eu une influence considérable sur le plan cultuRel et cultu-el. L'influence grecque dans le bassin méditerranéen a commencé bien avant la fondation de Rome, avec des échanges commerciaux entre les Grecs et les Etrusques. Les Romains ont adopté le panthéon grec tout en se revendiquant les descendants d'Enée le Troyen. Sur le plan politique, la Grèce fut intégrée à l'Empire romain au second siècle avant l'Ere Commune.
* Maximus : Il y a tellement de différences que je ne peux que vous renvoyer à des lectures, comme les livres de John Scheid. On amalgame souvent les Grecs et les Romains sur le point de vue esthétique des statues de cultes, ce qui est absurde.
* Tertius Claudius Lupus : Je ne pense pas que ces deux civilisations soient différentes. Je m'explique… Elles ont toutes deux été de grandes civilisations à un moment donné et ont influencé le monde par leurs cultures, leurs inventions, leurs philosophes, etc. Elles restent des civilisations méditerranéennes et ont pas mal de points communs selon moi pour cette raison.
* Timothevs : Dans ma vision, les paganismes grec et romain ont tous les deux des racines dans le paganisme indoeuropéen. Après avoir divergé un moment, ils ont graduellement reconvergé durant l'Antiquité. On sait communément que les Numina romains italiques devinrent des Dieux à visages, temples et liens familiaux, sous l'influence grecque, mais nous ne devrions jamais oublier que la religion romaine commença aussi à influencer le paganisme grec après son annexion (par exemples le culte des Empereurs, des Lares, etc.).

La suite des questions/réponses des gréco-romanisants, en cliquant ici.

Comment votre sensibilité païenne s'est-elle réveillée ? D'ailleurs, païen vous semble-t-il un terme approprié ?
* Aphrodisia Herakleia : Elle s'est réveillée très tôt, à l'âge de 7 ans j'étais déjà bercée par l'Egypte antique. A 14 ans je possédais un autel et faisait des offrandes. Toute ma jeunesse, j'ai étudié les mythes et l'histoire, et je continue encore d'étudier. Même si la Grèce est venue plus tardivement à moi, en étudiant ces deux panthéons/cultures aujourd'hui, j'apprends énormément et ça me donne aujourd'hui un grand bagage pour comprendre nos Dieux et le monde tout autour, même si, en toute humilité, je sais pertinemment que c'est l'oeuvre de toute une vie. Personnellement, le terme païen m'importe peu, mais je préfère le terme polythéiste, qui a moins de connotations négatives.
* Gaia Claudia Albina : Cette sensibilité s'est développée très lentement, mais sûrement. J'ai développé dès la primaire un intérêt pour les récits mythologiques. Je me suis ensuite orientée vers un parcours de Lettres classiques : j'ai fait un an de grec et du latin jusqu'à la Licence. J'y ai bien sûr étudié la langue mais aussi la philosophie et la Religio Romana. Ces études m'ont progressivement amenée à remettre en question mes croyances chrétiennes. J'ai apostasié après une expérience désastreuse dans une assemblée évangélique. Je ne supportais plus l'injonction à aimer son prochain, alors que je savais que cette religion s'est imposée par la force et le sang dans l'Empire romain et n'a eu de cesse de combattre tous ceux qui ne partageaient pas les mêmes croyances, peu importe l'époque et le lieu géographique.
* Maximus : Jeune tout d'abord, je me demandais, en voyant les ruines des temples, comment les gens, après avoir construit des temples, pouvaient les avoir abandonnés du jour au lendemain, parce qu'on a dit que les Dieux sont faux. Petit à petit je suis passé de catholique, athée à ensuite vraiment polythéistes, tout cela sur 20 ans.
* Tertius Claudius Lupus : Je suis issu du milieu protestant évangélique, j'ai grandi dans ce milieu jusqu'à mes 20 ans et suite à de grandes difficultés m'ayant fait douter de mes certitudes et après des réflexions personnelles sur ce qui se passait dans l'Eglise, j'ai quitté la religion chrétienne. J'ai à partir de là commencé un voyage spirituel durant lequel j'ai lu un livre sur le paganisme qui a été un sujet que j'ai voulu approfondir. Et cela fait 3-4 ans que j'évolue dans la sphère païenne dans laquelle je m'épanouis de jour en jour. A mon sens, le mot païen me dérange dans le sens où il est un terme péjoratif utilisé par les religions abrahamiques. Je préfère me désigner comme polythéiste.
* Timothevs : Je n'ai aucun problème avec le terme païen. Déjà enfant, je me sentais profondément déconnecté des religions abrahamiques (la chrétienté était la plus commune autour de moi durant ma croissance). J'ai toujours préféré les histoires de Dieux olympiens, sur l'ennuyeuse tonalité de la Bible à s'en bouffer les doigts. Je n'ai commencé à m'identifier au paganisme spirituellement qu'après avoir vécu au Japon, où j'ai expérimenté une grande et intense tradition païenne, de sorte que le premier paganisme que j'ai activement pratiqué fut le japonais (un mélange de shinto, d'animisme natif et de folklore bouddhique, qui considère les Bouddhas et Bodhisattvas en tant que Déités ; en ce sens, cette piété est distincte du bouddhisme historique de type « sagesse pratique » [« philosophy » – ndlr]). Suite à mon retour en Europe, j'ai ressenti un vide parce qu'il n'y avait pas de tradition païenne vivante où j'étais installé. J'imagine que je me sentais jaloux des Japonais, dans un sens, aussi commençai-je à plonger dans le paganisme romain, grec, germain et celte, espérant trouver ce qui me manquait. Bien que j'y trouvais ce dont j'avais besoin pour combler mon vide jusqu'à un certain point, le manque de « tradition païenne vivante » en Europe m'incite occasionnellement à me refocaliser un temps sur le paganisme est-asiatique, ou bien d'autres traditions païennes vivantes telles que l'hindouisme (le cousin indoeuropéen du paganisme gréco-romain).

Rome démarra vulnérable mais sut conquérir un monde, pour sa survie et sa gloire. Rêvez-vous d'une nouvelle Rome européenne, à l'avenir ? Du moins, rêvez-vous que votre spiritualité domine les autres spiritualités païennes résurgentes ? Qu'avez-vous à répondre à ceux qui simulent actuellement une fantaisiste riposte anti-romaine – la Grèce étant plus épargnée à ce niveau puisqu'elle fut elle-même conquise par Rome ?
* Aphrodisia Herakleia : Aujourd'hui je ne rêve que d'une seule chose en tant que polythéiste, c'est la renaissance de nos rites. Je n'espère aucune rivalité entre les autres spiritualités résurgentes, sinon l'entente et l'amitié. Plus que jamais aujourd'hui, il faut se respecter, au moins pour nos Dieux et la résurgence de nos croyances.
* Gaia Claudia Albina : Je ne pense pas que Rome puisse retrouver son ancienne puissance et je ne me préoccupe guère d'une éventuelle restauration politique. Je rêve d'une résurgence des polythéismes européens et j'estime que le plus important est de donner un cadre légal aux diverses traditions païennes en France avec la création d'associations de culte et la construction de temples, tout en luttant contre les dérives sectaires qui pullulent sur les réseaux sociaux. Mon souhait est que les différentes traditions païennes puissent cohabiter et prospérer paisiblement sans subir de persécutions de la part des religions monothéistes. Concernant la question de la riposte anti-romaine, je ne lui accorde aucune importance, j'ai autre chose à faire que de m'embarrasser de querelles stériles.
* Maximus : Rome, c'est pas l'Europe pour moi, mais la Méditerranée. Je pense que les spiritualités païennes ont de l'avenir, devant un Occident où les gens se cherchent dans la spiritualité. Les anti-romains sont ridicules, ils font comme leurs contemporains, ils font la course à la victimisation. Ils parlent sans cesse de la guerre des Gaules, en oubliant tout le reste. Pour la Grèce, c'est tellement vaste comme Histoire, qu'on ne sait pas quoi dire. Mais on admire Alexandre le Grand en tant que conquérant et on oublie [la ville phénicienne de] Tyr et [parthe] Persépolis.
* Tertius Claudius Lupus : J'aimerais bien, effectivement, une union des peuples européens et un retour massif aux anciennes religions mais cela me semble être une utopie. Je n'espère pas que ma spiritualité « domine » les autres spiritualités polythéistes, j'espère plutôt un retour aux valeurs et principes spirituels des Européens par le plus grand nombre et que cela se passe dans la paix. Quant à ceux qui s'opposent à Rome, je répondrai que le passé est le passé. L'important est de travailler ensemble pour faire renaître le polythéisme européen : les querelles d'enfants n'intéressent pas les Dieux.
* Timothevs : Les adeptes contemporains des religions abrahamiques, ont clairement des choses à apprendre du paganisme romain en termes d'ouverture et de souplesse. Le fait que les religions abrahamiques traitent de « vérités révélées » dans leur livres saints rend le vivre-ensemble quelque peu difficile. Ce que j'apprécie dans le paganisme romain, comparé au germain, au celte ou au grec, c'est qu'il n'y a rien de tel qu'une connexion raciale, donc le paganisme romain est encore moins exclusif dans un sens. Des organisations païennes contemporaines, germaniques ou grecques, attirent des suprémacistes raciaux et xénophobes parce que les Dieux étaient perçus en tant que protecteur d'une certaine peuplade, mais le paganisme romain était ouvert à tous, sans considération pour le fond ethnique/racial.
Du moment que l'on acquérait la citoyenneté légalement, on pouvait devenir romain. Mais pour vénérer les Dieux romains, il n'était pas même nécessaire d'avoir la citoyenneté. Il y a certes d'autres aspects du Cvltvs Deorvm, dont je n'aimerais pas voir faire leurs comebacks, tels que le sacrifice animal et la consultation des avgvres pour des décisions importantes.
Je ne pense pas que le paganisme romain doive dominer d'autres formes de paganisme. En fait, pour des raisons personnelles, ces deux dernières années, j'ai surtout été focalisé par le paganisme est-asiatique une fois encore.

Qu'avez-vous à dire aux autres traditions païennes, en tant que gréco-romanisant d'aujourd'hui ?
* Aphrodisia Herakleia : Je leur dirais d'être altruistes, d'apprendre ensemble, des uns et des autres, de rester humbles et de prioriser nos Dieux avant toutes choses.
* Gaia Claudia Albina : Je dis : la différence des traditions ne doit pas être un obstacle au dialogue entre les différentes communautés polythéistes.
* Maximus : Je les exhorte à être pieux et à honorer leurs Dieux.
* Tertius Claudius Lupus : J'ai à dire que nous sommes en infériorité numérique face aux religions abrahamiques, travaillons donc ensemble pour aller de l'avant et pour promouvoir nos spiritualités.
* Timothevs : La chrétienté (surtout protestante) met l'accent sur « la foi » (la chose la plus importante est de croire en l'existence d'un seul et unique dieu, tout le reste est secondaire) mais c'est rarement un sujet de discussion dans le paganisme, d'insister là-dessus. Savoir si quelqu'un croit activement en l'existence des Dieux est son affaire. C'est le rituel, à mon avis, qui est le plus important dans les traditions païennes, qu'elles soient romaine, grecque, indienne, chinoise ou japonaise. Les rituels sont exécuté d'une certaine façon, et le sens que les individus pratiquants lisent dans ces rituels est hautement personnel. Aucune autorité ne nous dit comment nous devrions nous sentir ou ce que nous devrions penser.
Plus encore, étant donné que la plupart des formes de paganisme sont non-exclusives comparées aux religions abrahamiques, il est plus facile pour les païens de participer aux traditions locales lorsqu'ils voyagent, par exemple.

Pour reprendre sur des bases plus saines, comment introduiriez-vous un néophyte aux spiritualités gréco-romaines ? Comment pratiquez-vous ? Faîtes-vous ou avez-vous fait partie d'une communauté ? Si oui, pouvez-vous nous la présenter ?
* Aphrodisia Herakleia : Je dirais au néophyte de s'instruire, et de contempler. De s'imprégner des mythes, des sages textes antiques… et de venir nous rejoindre par la suite pour célébrer ensemble en réel s'il le désire. Je pratique en groupe la plupart du temps, car j'aime partager avec d'autres polythéistes, quand bien même j'ai la chance de posséder différents autels chez moi dans différentes pièces.
J'aime aussi célébrer intimement à la maison, mais je privilégie vraiment le contact réel, je ne suis pas fan des conférences virtuelles, Zoom, Discord ou autre prières sur PDF… Le virtuel c'est bien pour apprendre la base mais ensuite il faut acter, il ne faut pas rester éternellement sur une dévotion « virtuelle », personnellement j'ai besoin de ressentir le sacré en célébrant avec mes frères et soeurs, d'où ma démarche et mon travail actuel en ce sens.
Je fais partie de deux communautés, Netjeriste tout d'abord puis Helléniste. Je suis administratrice des pages Facebook le Temple d'Aphrodite, le Temple d'Héra et Collège Hellénique Mystis France, ainsi que leurs Groupes respectifs attachés. Je gère cela avec une belle équipe active, mes soeurs Manon et Coralie. J'ai créé le groupe Akh Netjerou avec mes deux autres soeurs Netjeristes puis le Collège Hellénique Mystis en début d'année. Nous organisons aujourd'hui des célébrations reconstructionnistes en nous basant sur les antiques sources et calendriers et en les adaptant à notre monde moderne, tout en respectant le plus l'Histoire.
* Gaia Claudia Albina : Je conseillerais de s'intéresser aux Lettres classiques et de lire particulièrement la Théogonie d'Hésiode, des Dieux et du Monde de Salloustios, l'Enéide de Virgile, la Fondation de Rome de Tite-Live et les écrits de Julien le Philosophe appelé par les Chrétiens Julien l'Apostat. Dans un deuxième temps je l'inciterai à se renseigner sur la pratique de la Religio Romana dans l'Antiquité en lisant les livres de Robert Turcan et John Scheid. Enfin si la personne lit l'anglais il existe un manuel de pratique rédigé par L. Vitellius Triarius Religio Romana Handbook et le livre de Giuseppe Barbera – un des rares prêtres de la Religio Romana – sobrement appelé Pietas.
J'ai une pratique solitaire, les romanisants sont trop peu nombreux en France et éloignés géographiquement. Je dispose d'un autel et d'un laraire réalisé par moi-même : je fais des offrandes d'encens aux Lares, des libations aux Immortels avec des prières et lecture d'hymnes homériques, je célèbre certaines fêtes comme les Saturnales. Je suis citoyenne de Nova Roma mais je ne fréquente pas de communauté romaine car il n'existe pas d'association consacrée uniquement à la Religio Romana en France.
Cependant il existe une association qui oeuvre pour la résurgence des spiritualités antiques au nom de Pharia mais je n'en fais pas partie. Je rencontre des païens d'autres traditions de façon régulière, nous parlons de nos traditions respectives en partageant un bon repas, le tout dans le respect et la bonne humeur.
* Maximus : Tout d'abord je demande au néophyte s'il a une Divinité « favorite », je lui présente les bases des pratique « à la romaine », c'est à dire la tête couverte, les paumes des mains vers le ciel ou vers le sol selon la Divinité, et je présente quelques textes historiques de prières. Je fais parti de Pharia et je participe chaque année au pèlerinage du Donon.
* Tertius Claudius Lupus : Au néophyte, je conseillerais de lire des livres sur la religion romaine, de s'intéresser aux études archéologiques, de lire les textes de prières retrouvés, je lui donnerais des noms de Divinités à invoquer selon ses besoins ainsi que mon expérience avec celles-ci. Je pratique quotidiennement en faisant mes offrandes le matin ainsi que mes prières et je lis des livres et des études pour mieux connaître cette religion afin de mieux la vivre. Non, je ne fais pas partie d'une communauté.
* Timothevs : Que dire au néophyte ? Dans le cas du paganisme romain, le lararivm joue un rôle central dans la conduite des rituels. Le genivs du pater familias et les deux lares doivent prendre place dans ce sanctuaire. Selon ses préférences, il peut ajouter une ou plusieurs penates (Déités gardiennes) de son choix. D'après les découvertes de statuettes à travers l'Empire, les plus courantes dans l'Antiquité semblent avoir été Hercvles, Bacchvs, Mercvrivs, Venvs, Mars, Minerva, Ivppiter, Diana et Isis. Quant au rituel lui-même, faire des offrandes de vin et d'encens à tête couverte (capite velato) au lararivm (et si possible aux temples publics) sont sans doute les choses les plus importantes que l'on puisse faire en tant qu'adepte du Cvltvs Derorvm.

Quel regard posez-vous, sur ce qu'il vous a été donné d'observer et/ou de vivre, au sein de votre tradition païenne et du milieu païen en général ?
* Aphrodisia Herakleia : Il est important aujourd'hui de se réunir et de continuer à faire vivre cette résurgence. Il y a de plus en plus d'âmes qui nous rejoignent dans nos groupes, donc c'est important d'être unis et sincères. Nous sommes tous égaux devant les Dieux, nous apprenons des uns et des autres alors soyons humbles et respectueux, c'est vraiment le plus important. Partageons nos expériences, nos connaissances, diffusons de bonnes vibes, en réel ou en virtuel, pour continuer à faire revivre nos spiritualités. Le reste n'a pas d'importance, les Dieux n'ont que faire du reste.
* Gaia Claudia Albina : Je suis agacée par l'attitude de personnes peu scrupuleuses qui s'approprient le paganisme afin d'exercer une emprise sur des personnes vulnérables et/ou leur soutirer de l'argent. La piété ne signifie pas cupidité, ni besoin maladif de reconnaissance, soif de domination : elle est respect et vénération des Immortels. Nous ne devons pas instrumentaliser les Déesses et les Dieux pour obtenir des likes. J'ai par ailleurs de l'admiration pour celles et ceux qui prennent des initiatives pour favoriser les rencontres entre polythéistes, rédiger du contenu instructif et font des recherches pour tenter de reconstruire les anciennes traditions polythéistes.
* Maximus : Au sein de ma tradition païenne, je constate que j'ai évolué dans ma pratique et dans le « rapprochement » avec certaines Divinités. Je me suis rapproché de certaines Divinités avec qui je ne priais pas avant. Le milieu païen est un milieu où l'on rencontre tout un tas de personnes différentes, avec des objectifs ou idées différentes. Mais j'ai rencontré souvent des gens en quête spirituelle ou alors des « militants » pour diverses causes. Une des choses qui me fait le plus plaisir, c'est lors des rencontres, quand les gens discutent ensemble. Je pense que c'est le plus bénéfique, l'échange. Je dirais que le mieux pour « apprendre » ou alors tout simplement discuter, c'est de sortir de chez soi et d'aller à des rencontres le plus souvent, c'est à mon avis le meilleur moyen de faire un paganisme « vivant ».
* Tertius Claudius Lupus : Je constate qu'il y a de tout, il y a certes des gens raisonnés, réfléchis, cohérents mais il y a aussi des illuminés qui font n'importe quoi, croient n'importe quoi et disent n'importe quoi. Ces derniers ternissent l'image du polythéisme en mélangeant toutes sortes de choses avec le vrai polythéisme d'avant, ils font des syncrétismes avec tout et n'importe quoi et m'exaspèrent au plus haut point.
* Timothevs : Malheureusement, même parmi les cvltores romains, il semble y avoir trop de dévots (dans mon expérience beaucoup de personnes ayant grandi dans le Protestantisme) qui mettent trop l'accent sur la foi en les Dieux romains, et ils sont prompts à étiqueter les gens qui ne partagent pas leurs convictions si hypocrites ou feintes, or à mon avis ils ratent complètement le truc.
En tant qu'il n'y pas de preuve ou que sais-je, de l'existence d'entités humanoïdes surnaturelles en dehors de nos psychés, je pense que la foi est intenable. Je préfère voir les Dieux païens de la façon dont Hilmar Örn Hilmarsson les envisage. Il dit : « Je ne crois pas que quiconque croie en un borgne chevauchant un cheval à huit pattes. Nous prenons les histoires pour des métaphores poétiques et une manifestation des forces naturelles et de la psychologie humaine. » Il y a plein de preuves qui montrent que bien des pratiquants païens de la Rome ancienne, ne croyaient pas non plus aux Dieux littéralement. Plusieurs y croyaient bien sûr, mais encore une fois, ce n'est pas le truc. La pratique rituelle peut nous réunir, même si nous voyons les Dieux différemment.

Une anecdote à nous raconter ?
* Aphrodisia Herakleia : Aucune anecdote, juste merci beaucoup de m'avoir laissé m'exprimer !
* Gaia Claudia Albina : Non plus.
* Maximus : Lors d'un rite à Dionysos, en pleine nuit avec d'autres pratiquants, je me suis senti bien les mains levées, et j'ai vu plusieurs étoiles filantes. Pour moi c'était un bon signe.
* Tertius Claudius Lupus : Un jour, je cherchais des papiers que j'avais perdus depuis plusieurs jours. En découvrant le Dieu Rusor dans une étude, j'ai su qu'il était invoqué pour retrouver les objets perdus. Je l'ai prié et en 5 minutes j'ai retrouvé ces papiers derrière un de mes meubles.
* Timothevs : Pas d'anecdote.

Que souhaitez-vous ajouter librement ? Au revoir !
* Aphrodisia Herakleia : Khaire ! Puissent nos Dieux veiller sur nous toujours !
* Gaia Claudia Albina : J'espère un jour assister à un culte dans un temple romain moderne… il y en a déjà en Italie et en Ukraine… bientôt en France ? Gratias pour cette interview.
* Maximus : Que les Dieux vous gardent.
* Tertius Claudius Lupus : Je souhaite ajouter que Spes, la Déesse romaine de l'espérance, m'aide beaucoup à faire face à mes difficultés et elle m'accorde justement l'espérance en des jours meilleurs, je compte d'ailleurs me tatouer sa représentation pour l'honorer. Si elle m'aide, alors je crois qu'elle peut aider d'autres personnes, si elles prennent la peine de l'invoquer.
* Timothevs : Que les Dieux soient avec vous !

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Mervis Nocteau : « L'Athéna homérique, princesse des rafles bovines, est associée à la basque Déesse Mari »
– en quête des ibérisants actuels

Quel est votre surnom ibère ?
* Mervis Nocteau : Etant donné que je réponds moi-même aux questions que je pose, je ne me suis pas exclamé bonjour ! mais le coeur y est, pour tout le monde et pour personne. Mon surnom ibère est Garaipindaro : il est construit sur le basque actuel, traduisant Segodanios, un hiéronyme initiatique druidiste dont m'a baptisé le druide Gwengarv, qui s'est exprimé là.

Pouvez-vous vous présenter globalement ? Qui êtes-vous au quotidien ?
* Mervis Nocteau : Je vis à la petite semaine, car malchanceux 1. de m'être formé ès lettres-philo, dans un monde qui n'en a que faire et ne voit plus en quoi ces matières pourraient lui apporter quelque chose et 2. d'avoir la « cruelle outrecuidance » de m'exprimer librement sur les néomorales et les idéologies contemporaines, me plaçant dans des situations délicates dont le contexte a préféré « éliminer l'intrus » (c'est-à-dire moi) en plus de 3. me trouver « péteux » ou « louche » avec mon lexique et ma syntaxe. Et j'ai beau faire, chasse le naturel il revient au galop.
On le devine : je n'ai pas réussi les concours de la fonction publique qui m'auraient « mis au chaud » pour le meilleur et pour le pire, si seulement j'en avais eu envie, car je préfère le dynamisme du privé (pour autant que l'Etat lui en accorde) au labyrinthisme du public (où les titulaires planquent ce qu'ils peuvent).
Bref, je dois être nolontairement [sic] « de droite », et pas seulement à cause de cela mais aussi à cause de mes centres d'intérêt culturels et spirituels, alors que j'ai grandi dans un giron de gauchistes dont je suis revenu : cela aussi, est une malchance, quelque part.
Aussi suis-je de nature fataliste joyeux, nietzschéen dans mon genre. En résumé ? Je galère mais j'ai ma fierté, comme tant d'autres devenus racailles en l'absence d'éducation.

Comment et pourquoi êtes-vous devenu ibérisant ?
* Mervis Nocteau : Au moment où j'écris ces lignes, il faut savoir trois choses : la première, c'est que j'avais initialement donné la parole à une sphère hispanophone, « para-wicca celtibérisante », lors de la première diffusion de ces entretiens. Or, même si cette para-wicca critiquait la wicca, elle popularisait contre-productivement et contre-intuitivement la wicca. Au reste, ses réponses, chemin faisant, ne m'ont pas convaincu sur leur ibérisme.
La seconde chose, c'est que j'ai fait mon possible pour développer un ibérisme contemporain, mais que les sources sont hyper-lacunaires ; on juge déjà parfois que le celtisme est lacunaire (et pas que le celtisme) eh bien c'est encore pire avec l'ibérisme.
Alors, troisième et dernière chose : je ne suis que anté-ibérisant, si seulement on parviendrait à être ibérisant ; dans le domaine celtique, pour reprendre la comparaison, je dirais que les druides les plus affûtés sont déjà circum-celtisants au moins (au sens académique des termes). Je reste donc en quête d'ibérisme, notamment grâce à mon groupe FB Antique Sud-OuestMais en quatre-cinq-six ans maintenant, aucune autre âme ne m'a encore contacté pour me dire qu'elle désirait développer ce culte polythéiste esquissé.
Les gens préfèrent les ardeurs de mon ex- et premier acolyte gascon, qui m'a balancé pour un « traître » à l'époque où il avait +10.000 abonnés, dès lors qu'il jugea devoir « se débarrasser de son chien » à « m'accuser de la rage »... rage dont il est le seul animeux : un affect répandu. Notre accord était pourtant explicitement le suivant : je corrigeais et éditais ses écrits (il en avait besoin, et tout était révisable entre nous, sachant qu'il gardait bien sûr la main quant à la version définitive) tandis que je profitais relativement de sa notoriété (or j'étais déjà conscient de l'impossibilité de toucher un large public, raison pour laquelle je me greffais à lui). Plutôt que de me dire les choses franchement, il employa la manière sale, et nous nous lançâmes un moment dans de stériles querelles qui traînèrent encore jusqu'à récemment quant à lui. Passons.
Mais laissons-lui de mettre toutes ses ardeurs dans son paganisme, et pour tout dire, de mettre tout son entregent (que je n'ai pas) : ce sont des points non négligeables pour s'attirer quelque gloire. Mieux encore : mon acolyte ne cultive pas cette niche dans une niche dans une niche dans une niche spirituelle... oui, puissance trois... c'est-à-dire l'ibérisme dans le reconstructionnisme dans le polythéisme dans le néopaganisme... si seulement il est bien spirituel. Non, lui, il vous parle de Gaulois et de vikings : c'est plus entertaining, c'est vrai, de s'identifier aux mainstreams de niche : il a raison pour sa gloire. Simili-wiccan, donc, amoureux de son territoire, il arde tout en réajustant parfois son propos, quand j'avance des choses très certaines qu'il ne saurait ignorer malgré tout. Sans se référer à moi, bien entendu, sinon ce ne serait pas drôle...

La suite des questions/réponses de cet ibérisant, en cliquant ici.

Rencontrer cet acolyte fut pour moi une énième malchance existentielle, sachant que j'ai contribué à sa large diffusion initiale mais qu'il m'a ostracisé dans le milieu quand il a pu. Milieu aussi ostracisant que notre société pour moi, par ailleurs, quelle que soit la tendance (celtisme, danisme*, gréco-romanisme essentiellement) ; j'ai même fini ostracisé par le plus ostracisé des pseudo-druides celto-danisants* en son temps... Mes frictions existentielles ont été transposées dans cette niche, c'est tout, et c'est ce qui m'incita à produire ma série d'articles confrontant les valeurs anciennes aux récentesPeople are people ! Il faudrait que je me soumette à « la communication », j'en ai discuté avec un reconstituteur historique de Gascogne, que je conseille. Mais bon.
Je ne vous dépeins pas ces malchances pour qu'on me plaigne. Je les dépeins pour énoncer ce qui est, c'est-à-dire ma Destinée. J'essaie d'incarner les valeurs anciennes : en plus d'être formulé de manière lettreuse-philo, tout cela heurte les habitus contemporains, même dans le renouveau « païen ». Tragique.
Je suis peut-être, en fin de compte, un azti (prononcez asti) : conseiller ingénieux, en basque, « équivalent local des druides » ayant fini par signifier magicien. Car voici enfin comment je me mis à renouveler l'ibérisme, bien que je ne puisse être ibérisant en tant tel : je m'y suis mis, à découvrir les accointances du proto-basque (basque antique, seul attesté sous forme d'aquitano-vasconique rédigé en écriture ibère, rien d'autre avant) avec (justement) les traces de la langue ibère. Les chercheurs envisagent au moins une sororité basco-ibère, mais je plaide pour la thèse du chronolinguiste Hector Iglesias, évoquant des variétés dialectales comme dans n'importe quelle autre langue (au hasard : le roumain, l'italien, le français et l'espagnol, depuis le latin ; ou bien : le gaélique, le gallois, le breton et l'ancien gaulois, depuis le celtique).

Qu'est-ce que l'ibérisme ? Quels sont ses liens avec les traditions slaves, danes* et gréco-romaines ?
* Mervis Nocteau : Alors, d'entrée de jeu, on peut éloigner les liens avec la tradition dane*, encore que les Phéniciens/Puniques (Est/Ouest méditerranéen, selon dénomination) aient parcouru les côtes de la Méditerranée à la Mer du Nord pour commercer de l'ambre... De plus, il faut ajouter des liens avec la tradition lusitanienne (proto-italique/simili-ligure) ainsi qu'avec la tradition étrusque (apparentée aux Basques et aux Ligures selon Jean d'Arango) ; tradition étrusque, en partie cause de la romaine, notamment archaïque... Quant à la tradition grecque en particulier, elle est aussi archaïque (d'époque mycénienne) et intimement liée aux Phéniciens/Puniques : au prisme de la Crête minoenne et sa tauromachie, tauromachie que l'on retrouve toujours en Espagne et en Gascogne... Enfin, la tradition romaine domina tout ce monde, comme tout ce que les locaux nommaient « monde » alors. Pour exemple : son archaïque Dieu Saturne évoque beaucoup l'ibère Georgos, littéralement l'Agraire en grec, et bien entendu le punique « Saturne africain » Ba'al Hamon...
Avec toute cette foison, on devine que nous sommes obligés de procéder, pour le renouvellement de l'ibérisme, à des prises de recul protohistorique énormes, et même préhistorique. C'est pour cela qu'on entend dire que « le basque est une langue préhistorique », mais il faut savoir raison garder. Est préhistorique ce qui date d'une époque sans écriture, ou qui ne nous en a laissé aucune trace (si d'autres civilisations écrivirent à son sujet, on dit donc protohistorique). Sauf que.
Sauf qu'on est linguisitiquement incapables de remonter aux chasseurs-cueilleurs. C'est tout simplement une folie chronolinguistique : si vous considérez alors qu'il s'agit « de basque » il faudrait, de même, que vous disiez que les langues pré-indo-européennes sont « du français ». Nous sommes bien d'accord, cela ne fait aucun sens, et il faut vraiment calmer les fantasmes bascolâtres. Néanmoins, le basque (pas attesté avant l'Antiquité, répétons-le, et comparable à l'ibère)... le basque hérite (comme l'ibère) d'un continuum géolinguistique lié à la répansion des agriculteurs-éleveurs anatoliens en Europe, quelques millénaires plus tôt encore.
A ce stade, la recherche est bien incapable de discerner une seule langue (un chronolinguiste ne voit pas en quoi l'ancêtre du proto-basque ferait exception, sans attestation aucune) et tout ce sur quoi on peut spéculer, c'est l'apparentement des Ligures de la Lusitanie à l'Italie (s'ils ne sont pas proto-celtes, car je crois avant tout que les Ligures parlèrent des proto-italiques, de toutes façons comparables aux proto-celtiques) d'une part, avec, d'autre part, un lexique et une syntaxe simili-proto-basques et simili-étrusques. Avant, donc, que les Yamnaya (« Indo-Européens ») ne se ramenassent ; Yamnaya qui imposèrent leur patrimoine génétique même aux Basques, tandis qu'à l'époque, l'ancêtre dialectal ibère du basque, survécut à travers l'Antiquité, la Féodalité et la Modernité... de même que le finnois non-yamnaya (« non-indo-européen ») ou le hongrois (qui est « un finnois exilé » au IXe siècle) !

Quelles sont les particularités de l'ibérisme ?
* Mervis Nocteau : Pour aborder l'ibérisme, on a compris qu'il fallait dérouler la pelote de laine dont le Pays Basque actuel est la mèche gasconne, et même languedocienne au moins jusqu'en Roussillon (citadelles ibères d'Ensérune et de Roscino). Puisqu'il en est la mèche, et puisque nous cherchons à dérouler l'antique polythéisme, la première chose à faire est de s'intéresser à ce qu'on nomme aujourd'hui abusivement « mythologie basque » et qui n'est, tout au plus, qu'un légendaire basque... ce qui est déjà excellent mais tout à fait classique, puisqu'il s'agit du folklore disponible par tous les territoires : il y a un légendaire auvergnat, provençal, tourangeau, breton, et ainsi de suite, peu importe l'espace considéré.
Le Pays Basque n'est donc pas exceptionnel. Ou bien il ne l'est, qu'à raison que chaque territoire l'est. En fait, on n'exhausse le Pays Basque de fabuler « les origines du basque ». Certes, cette histoire remonte avant les Yamnaya, mais l'erreur consistera toujours à... l'isoler !... de ce qu'on se laisse troubler par « l'isolat » linguistique, en fait récent sur le temps long... si on veut bien considérer que « le duché de Vasconie, c'est récent » (VIIe-XIe siècle), véritable cimentation ethnique des Basques actuels. En tout cas ça l'est (récent) eu égard aux bascolâtries chasseuses-cueilleuses, qui reviennent exactement à dire que les Français seraient des Cro-Magnons : c'est stupide, mais stupide ! Où « l'isolat » nous rend magnifiquement stupides devant les Basques !
Bref : nous voici donc avec le légendaire basque, grâce à l'abbé José Miguel de Barandiarán Ayerbe, folkloriste à sa manière, au même titre que Charles Perrault en France, Jacob et Wilhelm Grimm en Allemagne et Hans Christian Andersen aux Pays-Bas (pour les plus connus parmi tant d’autres). C'est sur la base du légendaire établi par cet abbé, qu'un réalisateur régionaliste basque tel que Paul Urkijo, a réalisé le superbe film Irati par exemple : du merveilleux chrétien d'époque carolingienne en Pyrénées Occidentales (en tout cas, j'ai été galvanisé par son ambiance et je le conseille à titre cinéphilique).
Néanmoins, Paul Urkijo est un artiste basque qui n'a pas vocation à retrouver l'ibérisme : il donne à voir un folklore réinterprété, après que l'abbé l'eut lui-même déjà interprété... entre autres, en insistant sur une Déesse principale, ce qui « fait » non-chrétien : quoi de mieux fascinant, que d'interpoler « Dieu le Père » avec « la Déesse-Mère » ? Les New Agers y sont toujours à fond les ballons ; néanmoins, même leur variété wiccanne entre les « néopaïens », n'est pas basque. C'est-à-dire qu'il faut peut-être « par malchance » envisager d'autres Dieux, avec certes la prégnance possible d'une Déesse. (Et qui de mieux qu'un malchanceux existentiel tel que moi, pour s'aventurer dans un tel « par malchance » ?)
C'est là que le comparatisme ibère, grec et punique prend tout son sens, car les Ibères sont archéologiquement dominés par la figure de la Dame d'Elxe [ci-dessus]. De plus, ils sont criblés d'autels à la punique Déesse Tanit jusqu'en Roussillon français... Dame strygiforme matronant l'amour et la guerre, dont le théonyme fait écho à la grecque Athéna, l'égyptienne Neith, la phénicienne Ishtar (épouse de El), l'hébraïque Asherah (épouse de Yahvé) et la summérienne Inanna. L'ésotérisme a fini par l'amalgamer scabreusement à la démonne Lilith, après la romaine Vénus, étoile du matin, or en basque étoile se dit izarra comme Ishtar. Quant à Athéna, aussi nommée Pallas, ce surnom se laisse expliquer par la racine proto-basque Palle, Corne Courbe référant aux vaches auxquelles l'Athéna homérique, princesse des rafles bovines, est associée. Je crois d'ailleurs que c'est le véritable étymon de la ville de Pau, ville initialement développée à partir de Lescar, et dont l'espace palois pût être cultuel.
Ce survol à la fois très large et trop rapide pour caractériser la basque Mari (sans E) permet néanmoins un comparatisme avec le mythe punique : la Déesse Tanit y désire un homme qui, effaré, refuse mais est transmuté en le Dieu serpent Eshmun alors, afin d'assouvir les désirs de la Dame ; or Mari est réputée forniquer avec le dragon (herrensuge) Sugaar, dans le légendaire basque. J'en passe, et des meilleures. Rendez-vous sur le groupe Antique Sud-Ouest (notamment ses topics à la une/en annonce) mais aussi sur mes articles AgoraVox, et bientôt peut-être un roman déjà évoqué dans cet article.
Quoi qu'il en soit, dans son poème en vers narrant les guerres puniques, Punica, le poète romain Silius Italicus mentionne un ethnonyme à succès, combattant aux côtés des Keretes (donnant leur nom à la Cerdagne) et des puissants Ilergetes (donnant leur nom à Lerida) : les Barskunes, d'où découleront autant Vascons, Bascons, Basques et Gascons... encore que les devenirs historiques altéreront la donne, après le duché de Vasconie qui les cimenta ethniquement depuis les Ibères disséminés en clans (par exemples celtibères).

Les Celtibères, parlons-en ! Qu'est-ce que l'ibérisme peut apporter à leur compréhension ?
* Mervis Nocteau : Eh bien, contrairement à ce qui se laisse entendre de leur ethnonyme, il ne s'agit pas de tous les Celtes d'Ibérie. Les Celtibères désignent précisément les Celtes acculturés aux Ibères, entre le fleuve Ebro (dont la racine signifie bien Ibère, et dont la source est au Pays Basque) et la Méditerranée, au centre de la péninsule ibérique. D'autres clans celtes d'Ibérie s'implantèrent côté atlantique, parmi les Lusitaniens (proto-italiques/simili-ligures) et les Galiciens (simili-ligures/revendiqués grecs).
Il me plaît à croire que face à l'invasion romaine inhérente aux guerres puniques, la résistance celtibère de la fière Numance (malgré le suicide collectif farouche de ses défenseurs lourdement assiégés) vit de nombreux Numantins (ou du moins de nombreux habitants du brogis** numantin) se réfugier dans l'arrière-pays pyrénéen cantabre. Au contact des Barskunes ou apparentés, ils auraient nommé la Dame du nom de Mara Rigana, Grande Reine en celtique, acronyme Mari (car Mari ne se laisse pas expliquer par des racines proto-basques).
Mais en vérité, il faut souligner que ces contacts sont plus archaïques encore : si les Ligures sont proto-italiques/proto-celtiques de la Lusitanie à l'Italie, les Celtibères furent les premiers Celtes a utiliser un alphabet étranger pour écrire, ibère évidemment, cinq siècles avant l'ère chrétienne. Alors, avec cette possibilité que le Dieu panceltique Lug(us) naquît vers Tartessos (cité du détroit de Gibraltar, influente dans le développement ibère) on peut ajouter que la fière autonomie de la Morrigan (littéralement Grande Reine, Déesse si singulière parmi les Déesses post-yamnaya ou « post-indo-européennes ») vient de l'influence ibère de Tanit-Athéna. « A la fin », elle se mêle de la Rafle des Vaches de Cúailnge dans le mythe irlandais, qui d'ailleurs, dans son récit de la Seconde Bataille de la Plaine des Piliers, fait de l'Espagne la contrée originaire des Gaëls (après bien d'autres voyages précurseurs). Ces Ibères alors, quels secrets ne recèlent-ils pas pour la compréhension des Celtes de toute l'Europe ?
Par ailleurs, le Dieu Taranis ayant le taureau pour emblème, et la tauromachie étant répandue dans le monde ibère, je n'ai pas besoin de vous faire de dessin : les Celtibères sont un des coeurs vivants du celtisme, justement à cause de l'ibérisme.

La magie fonctionne-t-elle ? Comment et pourquoi ? Quel genre de magie pratiquez-vous ?
* Mervis Nocteau : Le genre de magie que je pratique s'entendra de ma réponse quant au fonctionnement de la magie : comme disait Charles Baudelaire au sujet de la nature, malgré lui ? et certainement avec un goût trop prononcé pour le sordide, mais je lui pardonnerai car il était chrétien... :
« La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles ; / L’homme y passe à travers des forêts de symboles / Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent / Dans une ténébreuse et profonde unité, / Vaste comme la nuit et comme la clarté, / Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
II est des parfums frais comme des chairs d’enfants, / Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, / — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies, / Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens, / Qui chantent les transports de l’esprit et des sens. »

Pouvez-vous nous raconter une anecdote rituelle ?
* Mervis Nocteau : Le jour où nous avions prévu de faire un serment fondateur, avec mon ex- et premier acolyte gascon, concernant notre association cultu(r)elle et notre maison d'édition Vascitanoï, ce dernier me conduisit au bassin statuaire de l'église de Saint-Pé d'Ardet, en prétendant qu'Ardet fairait référence au Dieu ursin « Artahe », ce qui n'est pas invraisemblable, tant le culte de saint Pierre (saint Pé, en gascon) est associé à l'ours, tandis que l'ours fait partie du légendaire pyrénéen. Seulement, son ingéniosité ne connectait pas si loin, si elle connecte ainsi à présent. Au reste, la racine celtique *ard pour hauteur est bien attestée (comme dans les Ardennes).
Mais l'existence d'une toponymie celtique, de même qu'en Galice avec le suffixe -briga, hauteur aussi, éminence (comme pour la Déesse Brigantia, aurorale) pourrait avoir été charriée parmi les Ibères et les simili-Ligures galiciens, par la topologie conquérante romaine, de même que César nomma le Sud-Ouest français Gallia Aquitania malgré sa reconnaissance d'une parenté ibère (et encore que cela s'entende toujours dans le comarque de Jaca, Jacetania...). De même, Saint-Bertrand de Comminges, anciennement Lugdunum Conuenarum, fut fondée par les Romains en collaboration avec les celtiques Volques Tectosages dans les parages, et rien ne permet en fait de dire que s'y trouvait un autel à Abellion (lui-même plus proche d'un Dieu des pommes, du vent et de la mort, que d'un Dieu solaire tel que Lug, par sa racine abell-). Ce sont des ardeurs peu savantes.
Pour en revenir à cette soirée, l'acolyte avait littéralement oublié de quoi sacrifier, et c'est moi qui eut la gentillesse de partager mon apport avec lui, après avoir composé ensemble une ode, mise en musique à la sauvette pour compenser, sur la base d'un chant local : tout était en place, pour que je me laissasse bouffer tout cru par lui. Au fond, n'ai-je pas été son genre de sacrifice humain ? Toujours est-il qu'il n'avait pas pris ça au sérieux, mais surtout que la pratique du sacrifice humain n'est pas archéologiquement très documentée : elle fit l'objet d'exagérations impériale romaine puis monothéiste chrétienne.
Reste que la pratique du sacrifice (ou de l'offrande si vous préférez) a toujours eu d'après moi des effets « magiques », à condition que vous disposiez d'une flamme au moins (ce qui, fort heureusement, ne fut pas notre cas à nous deux piètres, ce soir-là au bassin statuaire de l'église de Saint-Pé d'Ardet...). Les chrétiens subvertirent les anciennes croyances polythéistes, et je crois qu'il y a quelque chose de foncièrement juvénile à vouloir les concurrencer sur leur propre immature terrain.

Voulez-vous ajouter quelque chose librement ?
* Mervis Nocteau : Oui. Pour moi, la question du renouveau broguien** n'est pas une question en l'air. On raille souvent le druidisme, d'être né d'un précurseur spinozien de la franc-maçonnerie spéculative (John Toland) ou même de francs-maçons proprement dits (Morvan Marchal) ou encore de folkloristes (Iolo Morganwg, Théodore Hersard de La Villemarqué) potentiellement en contact avec des francs-maçons. Mais le fait est que ces druidismes firent ce qu'ils purent avec les savoirs de leurs temps, sur la base d'héritages renouvelés, avec lesquels renouer.
Or, spirituellement, comment renoue-t-on ? La réponse est chez les ésotéristes de renom, tels que René Guénon : on renoue, en héritant d'héritiers spirituels, quand même des vérités et des pratiques seraient perdues dans les limbes du temps : ce ne serait ni la première fois que l'humanité oublierait son passé, ni la première fois que des poètes se réapproprieraient « le matériel » (comme disent les chercheurs). Il n'y a donc rien de choquant à tout cela, et tous ceux qui s'empressent d'intenter des procès en déshéritement n'intentent que de faux et mauvais procès. Mais la question de la transmission spirituelle demeure, quand on n'hérite pas d'un franc-maçon par exemple, quitte à quitter la franc-maçonnerie pour l'altérer en druidisme...
La réponse m'est tombée dessus récemment : d'aucuns se pavanent, en se prétendant « auto-initiés », ce qui est d'un ridicule consommé. Bien que René Guénon admit la possibilté d'une initiation surnaturelle, il émit aussitôt des réserves quant aux charlataneries qui pourraient en découler : c'est évident, et il rejetait l'idée que ce type d'initiation pût se généraliser sans que tout ne tournât à l'eau de boudin, non sans raison. Donc nous pouvons aisément laisser de côté « l'auto-initiation ». De même, toutes celles et ceux qui se revendiquent d'un aïeul « au parfum »  : c'est mignon, mais un tout petit peu con.
La seule solution qui reste, est celle des initiations toujours disponibles. Et, aussi surprenant m'avérerai-je en disant cela, il faut mentionner le catéchisme, idéalement jusqu'à l'ordination à la prêtrise. Comme cette ordination est rare, vers quoi se tourner ? D'abord, avoir une assise jusqu'au sacrement de la confirmation (la profession de foi n'est pas un sacrement, mais une préparation à la confirmation). Ensuite, avoir une expertise biblique, au point de devenir à même de critique le chrisitianisme de l'intérieur, à la manière des exégètes et des pasteurs protestants.
C'est-à-dire, en effet, qu'on devient cahin-caha un tel pasteur, de même que n'importe quel musulman peut devenir imam. D'ailleurs, n'importe qui peut se convertir à l'islam, à condition de prononcer la première sourate en arabe, et poursuivre un cursus musulman : mêmes remarques d'expertise. Pour ma part, j'ai bien envisagé de devenir moine ou prêtre, dans ma jeunesse, démarchant auprès des institutions idoines : tout ceci est qualifiant, en termes initiatiques, à condition bien sûr d'avoir été sincère. J'ai prononcé la première sourate de l'islam, avant d'apostasier plus tard. Je me souviens enfin, dans mes derniers temps de fidèle chrétien (après l'islam) que l'angélologie me passionnait, cette prémice au polythéisme qui en récupérèrent bien des mythèmes. Je vous passerai les détails de ma pénétration du judaïsme pré-adonien, ainsi que de la kabbale. Le fait est qu'il y a dans le religieux, un héritage initiatique qualifiant, à condition de ne pas s'y limiter à la morale, et qu'on n'est pas étonné de lire René Guénon s'intéresser à ces domaines, en plus des traditions moins mutilées qu'en Occident.
Pour autant, Guénon déniait la valeur des polythéismes, et notamment du druidisme. Il nous sensibilisa à la métaphysique ce qui s'appelle la métaphysique, que je surnomme volontiers « arkhèlogie ». Le simple fait de l'avoir lu intégralement, en outre, augmente la qualification initiatique, encore qu'il y ait de mauvaises lectures voire de (très) mauvais(es) lecteur(ice)s. Ceci étant dit, même un initiateur issu d'une tradition intacte peut se tromper : ce serait même le principe de la dégénérescence des temps. Ainsi, si je ne suis pas « auto-initié », je suis heureusement « multi-initié » !
L'arkhèlogie comprise, c'est-à-dire le titre d'arkhèlogue mérité, on peut envisager de renouveler le polythéisme sans déconner grave. Toutes autres tentatives fomentées, notamment à partir de mystiques et sorcelleries sauvages, ou encore à partir de la psychologie archétypale, en vient fatalement à gâcher les âmes (pourvu qu'elles n'en restent pas du gâchis). La Dame m'en soit témoin !

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Dane(s), danisant(s), danisme : c'est-à-dire Germano-Scandinave(s), germano-scandinavisant(s), germano-scandinavisme désignés par leur antique, et même archaïque, coeur historique en terres danoises, diffusant à la péninsule scandinave Sud et l'Europe du Nord. D'où que l'on dise aussi parfois Nordique(s), nordisant(s), nordisme bien que les Celtes insulaires, les Baltes et les Slaves soient aussi nordiques/nordisants que les Danes/danisants.

** Brogis : racine attestée ici au nominatif singulier, pour désigner ce que les Romains nommèrent pagus, donnant nos pays, paysans, paillards, païen, paganisme. En gaulois, seule la notion de contrée est à retenir à notre petite connaissance. Plutôt que paganisme, donc, même si la racine est celtique, on dirait broguisme, broguien si les « néopaïens » ne s'entêtaient pas... surtout ceux qui font fautivement remonter paganisme au grec pêgê, source ; ce qui reste poétique dans son genre, mais fautif, donc, sachant qu'on serait plus alors sur péjanisme en français contemporain, hors intervention érudite comme il arriva souvent, qui aurait généré péguénisme.

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