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Des pharmacies québécoises font baisser la facture des produits menstruels

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Pour améliorer l’accessibilité aux produits menstruels au Québec, plusieurs pharmacies Familiprix ont choisi de rogner leurs marges de profit pour vendre tampons, serviettes hygiéniques et autres protections féminines à prix coûtant jusqu’à la fin de l’année.

« On est conscient de cette iniquité qui touche 50 % de la population. Les femmes sont obligées d’acheter ces produits menstruels dans leur vie. Ce n’est pas du luxe, c’est un produit essentiel. Dans un contexte d’inflation, on voulait faire notre part et alléger la facture de nos clientes », explique en entrevue Michaël Tourigny, pharmacien-propriétaire du Familiprix Extra du secteur Shawinigan-Sud.

La pharmacie, qui offrait déjà ces produits gratuitement à ses employées depuis quelques années, a ainsi voulu pousser l’idée plus loin. Après avoir obtenu l’aval du siège social de sa bannière, Familiprix, la succursale a annoncé le 1er mai qu’elle renonçait à faire des profits sur la vente de ces produits féminins pour les vendre à prix coûtant.

Concrètement, ça veut dire qu’elle n’appliquera pas de frais de manutention ou administratifs sur le prix final des produits menstruels. « Ça coûtera aux clientes exactement ce que ça nous coûte pour nous en procurer. Ça veut dire des économies d’environ 15 à 20 % en moyenne sur leur facture », évalue M. Tourigny.

Une boîte de 20 serviettes hygiéniques de la marque Incognito coûtera désormais 8,48 $ au lieu de 9,99 $, tandis qu’une boîte de 32 tampons de la marque Playtex reviendra à 8,45 $ et non plus 10,99 $, donne-t-il en exemple.

Tous les produits menstruels, qu’ils soient jetables (tampons, serviettes hygiéniques, etc.) ou réutilisables (coupe menstruelle de type DivaCup, culottes menstruelles, etc.) vendus en magasin seront concernés par cette mesure, et ce, jusqu’à la fin de l’année 2026.

En mettant en place cette initiative, la pharmacie tire consciemment un trait sur environ 2000 à 3000 dollars de profit annuel.

« L’objectif, c’est d’avoir une implication sociale et communautaire. Si ça fonctionne bien, on aimerait que ça devienne permanent. Si à la fin de l’année on voit que les clientes ne sont pas au rendez-vous, on réorientera ce budget-là vers une autre mesure communautaire », soutient le pharmacien.

L’initiative a rapidement dépassé la succursale de Shawinigan.

De Montréal à Bécancour, en passant par Roxton Falls, d’autres pharmacies Familiprix ont emboîté le pas cette semaine. Et d’autres encore devraient prochainement se joindre au mouvement, assure Michaël Tourigny.

« On le voit dans le quartier, la réalité a changé ces dernières années. La clientèle en arrache davantage côté financier », constate le pharmacien Jean-Maurice Weibel, qui n’a pas hésité une seconde à adopter l’initiative dans ses deux pharmacies de la rue Masson et de la rue Hochelaga, à Montréal. « On espère faire la différence et donner un coup de pouce à celles qui en ont le plus besoin », poursuit-il.

Un pas en avant

La directrice générale du Réseau québécois d’action pour la santé des femmes, Élise Brunot, se réjouit d’une telle initiative.

« Ça envoie le message fort que les produits menstruels sont de plus en plus considérés comme essentiels et que les pharmacies sont conscientes qu’elles ont un rôle à jouer pour les rendre plus accessibles », souligne-t-elle.

Citant des études et sondages récents, elle rappelle qu’au Canada, une personne sur cinq (20 %) ayant des menstruations craint de ne pas avoir les moyens d’acheter des produits menstruels dans les 12 mois suivants. Au Québec, une personne menstruée sur deux trouve que les produits menstruels sont trop chers. Et une personne menstruée sur cinq a déjà utilisé des moyens alternatifs, comme du papier de toilette ou du tissu, pour se protéger.

« On est loin du modèle de gratuité de l’Écosse, mais au moins, on en parle davantage, on sent une prise de conscience dans la société et la classe politique », ajoute Mme Brunot, évoquant notamment que plusieurs municipalités au Québec offrent des subventions pour l’achat de produits menstruels durables.

Reste à voir maintenant si l’initiative de la pharmacie de Shawinigan fera boule de neige. Jean-Maurice Weibel espère qu’elle provoquera « une prise de conscience plus large de cet enjeu dans la société » et qu’elle « inspirera la classe politique » à la veille des prochaines élections générales.

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