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Meilleure mine, perte de graisse corporelle, gain musculaire, facultés cognitives renforcées… Sur les réseaux sociaux, plusieurs influenceurs vantent les mérites de différents peptides que l’on pourrait s’injecter soi-même à la maison. Or, ces peptides dits « naturels » ne devraient jamais se retrouver en vente libre, selon Santé Canada. Moyennant quelques centaines de dollars, Le Devoir a pourtant réussi à s’en procurer sans difficulté. Enquête.
Dans un magasin de Kanesatake où sont vendues des vapoteuses aux saveurs interdites depuis 2023, mais aussi des produits à base de champignons magiques, un kiosque attire le regard. Une enseigne rose laisse apparaître un mot lumineux : « peptides ».
On ne cherche pas à cacher ces produits qui ne devraient pourtant être accessibles qu’à des fins de recherche en laboratoire. Derrière le comptoir se dresse un réfrigérateur contenant des centaines de petites fioles. Un cartable posé sur la table rassemble les différents produits disponibles et leur protocole d’utilisation.
« Ici, on a le Selank », lance la sympathique vendeuse lorsque questionnée sur les différents peptides proposés sur place. « L’anxiété, le sommeil, le brouillard mental… C’est pour avoir les idées plus claires ».
Le Devoir s’est rendu à ce magasin situé à une soixantaine de kilomètres du centre-ville de Montréal après avoir eu vent sur le réseau social TikTok que ces produits vantés par plusieurs y seraient en vente libre.
Les peptides sont de plus en plus populaires dans l’univers du biopiratage (biohacking), une tendance qui vise à prendre en surplus des substances naturellement produites par le corps dans l’espoir d’en ralentir le vieillissement et d’améliorer son apparence.
Parmi les produits populaires, l’hormone de croissance humaine (mieux connue sous son sigle anglais HGH) fait fureur pour ses prétendues propriétés anti-âge et ses effets sur le développement de la masse musculaire. La vendeuse nous indique toutefois qu’elle n’est plus disponible au kiosque depuis plusieurs semaines. Elle nous propose alors la tésamoréline — une substance comparable, dit-elle. Dans les « effets bénéfiques » cités dans le cartable, on note une « réduction de la graisse viscérale, une meilleure récupération, un effet anti-âge/peau et une préservation musculaire ». Pourtant, ce médicament est normalement prescrit par un professionnel de la santé pour certaines formes de lipodystrophie (une accumulation ou une absence de tissus adipeux dans certaines zones du corps) associées au VIH.
David Chatenet, professeur à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et spécialiste de l’ingénierie des peptides, s’inquiète que ce produit soit utilisé chez des personnes en bonne santé. Il explique que son utilisation prolongée peut provoquer une résistance à l’insuline (l’un des facteurs en cause dans le diabète de type 2) et favorise notamment la croissance de cellules précancéreuses.
C’est non seulement risqué, c’est carrément interdit, confirme Santé Canada. « Les peptides injectables promus à des fins de musculation, d’amélioration des performances ou de “bien-être” ne sont pas autorisés à la vente au Canada et n’ont pas fait l’objet d’une évaluation par Santé Canada quant à leur innocuité, leur efficacité ou leur qualité », fait savoir le relationniste Joshua Coke dans un échange de courriels avec Le Devoir.
S’administrer des peptides peut parfois avoir des conséquences irréversibles, ajoute David Chatenet. « On vient exacerber la fonction biologique et déréguler quelque chose qui était bien régulé. C’est toujours ça, le risque », explique le spécialiste.
Des stacks de peptides
Mais ce n’est pas ce qui va arrêter les adeptes de biopiratage de parfois s’injecter — généralement dans l’abdomen — plusieurs substances simultanément. Sur des forums et dans de nombreuses vidéos, des utilisateurs discutent de diverses combinaisons de peptides, qu’ils appellent des stacks (le mot anglais désignant une pile d’objets), censés agir simultanément sur plusieurs aspects de leur corps. Le but : optimiser leurs fonctions biologiques et ainsi améliorer leur apparence et leur cognition.
À la boutique de Kanesatake, la vendeuse affirme avoir des clients qui s’injectent six ou sept peptides à la fois. « Moi, je trouve ça épouvantable », dit-elle, estimant qu’une combinaison de trois peptides est le maximum pour elle.
Aux yeux du professeur David Chatenet, ces « cocktails » de molécules sont également préoccupants, et leurs utilisateurs doivent être extrêmement prudents. « Pris séparément, certains de ces produits disposent de données relativement rassurantes. Utilisés ensemble, à fortes doses et sur de longues périodes, ils entrent toutefois dans un territoire beaucoup moins connu, où les incertitudes demeurent nombreuses. »
Le Devoir a acheté en ligne et au kiosque, pour 315 $, quatre peptides largement mis en avant dans les communautés de biopiratage : le BPC-157, censé favoriser la récupération musculaire ; le rétatrutide, un médicament destiné à la perte de poids toujours en développement ; le GHK-Cu, un peptide présenté comme un produit de beauté capable d’améliorer l’éclat de la peau ; et la tésamoréline, une hormone de croissance normalement prescrite à certains patients vivant avec le VIH et qui aiderait notamment à préserver la masse musculaire.
« Les utilisateurs combinent souvent plusieurs substances simultanément alors que ces associations n’ont pratiquement jamais été étudiées de façon rigoureuse », ajoute le professeur à l’INRS. « Par exemple, un cocktail associant rétatrutide, tésamoréline et BPC-157 peut agir simultanément sur le métabolisme énergétique, les hormones de croissance et les mécanismes de réparation tissulaire. »
David Chatenet soutient qu’« on observe souvent un écart entre les messages véhiculés sur les réseaux sociaux et l’état réel des connaissances scientifiques ». Il cite en exemple le BPC-157, dont les effets sur les humains ne sont soutenus par aucune démarche scientifique pertinente, ou encore le GHK-Cu, qui offrirait des résultats intéressants sur la peau… mais par des applications topiques et non pas des injections systémiques.
Il explique que les conséquences de l’utilisation de ces peptides ne sont pas nécessairement perceptibles dans les heures ou les jours suivant l’injection. « Le scénario le plus plausible n’est probablement pas un événement catastrophique immédiat, mais plutôt une série d’effets subtils et progressifs — perte musculaire, déséquilibres hormonaux, déficits nutritionnels ou complications métaboliques — qui ne deviennent visibles qu’après plusieurs années », avance M. Chatenet.
Avec Félix Deschênes


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