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Des élèves du secondaire montréalaises joggeront pour faire reculer les dangers

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Elles sont adolescentes et rêvent de circuler en liberté et en sécurité, le jour comme le soir. Cinq élèves de quatrième secondaire du collège Mont-Saint-Louis ont entrepris d’organiser une course nocturne, le 30 mai, au parc régional de l’Île-de-la-Visitation, à la défense du droit pour les femmes de courir en sécurité la nuit.

Mathilde, Simone, Lya, Eva et Chloé ont donné à leur groupe, sur Instagram, le nom Les joggeuses de minuit. L’idée de cette course est venue aux jeunes filles dans leur cours Culture et citoyenneté québécoise, où on les incitait à créer un projet pour « amener un certain changement » à une situation jugée problématique, en lien avec une cause qui leur tenait à cœur.

« Toutes les filles de la classe ont pu témoigner que ça leur est déjà arrivé, de vivre du harcèlement de rue, raconte Simone. Donc, on se disait que faire une course autour de cette cause-là pourrait provoquer un changement. »

La peur de circuler seule en plein jour, mais en particulier la nuit, et vêtue de vêtements légers de jogging, chacune la connaît déjà.

« Ça m’est arrivé dans le bus ou même quand j’allais à la salle de sport. C’est déjà arrivé que je me fasse filmer ou que je me fasse prendre en photo sans mon consentement », raconte Lya.

Ce qu’elles sentent, c’est que la « société trouve toujours une manière de sexualiser les femmes », dit-elle.

« Parfois, tu veux faire une nouvelle activité, quelque chose de nouveau, que tu connais moins, mais tu te sens vulnérable souvent en courant. C’est une activité physique, c’est quand même difficile de courir, il faut du cardio. Surtout si, chaque fois, en fait, il faut que tu te concentres sur d’autres choses que juste la respiration », dit Mathilde.

Simone remarque que sa mère est moins encline à lui autoriser des sorties le soir, voire de la laisser rentrer seule en métro, qu’elle ne l’est avec son frère.

En faire une expérience positive

Pour Mathilde, il s’agissait de créer un groupe qui aide les filles à faire plus de sport, à vivre « une expérience positive où il n’y a pas de stress ou de pression pour être les meilleures. On va juste courir pour avoir du plaisir ».

L’analyse de ces jeunes repose sur des données confirmées par plusieurs études. En France, l’organisme Sine Qua Non milite pour que les joggeuses prennent leur place dans l’espace public sans être intimidées.

Dans une étude effectuée en 2023 par la marque Adidas, 92 % des femmes interrogées affirmaient être inquiètes pour leur sécurité durant leurs courses. L’étude, qui avait porté sur 9000 coureurs dans neuf pays différents, ajoutait que 51 % des femmes avaient peur d’être agressées physiquement lors de leur course, contre 28 % des hommes. 38 % des femmes disaient avoir vécu du harcèlement, dont 50 % affirmaient avoir été suivies.

Une autre étude, menée par la marque Hoka cette fois, indiquait que 45 % des femmes interrogées disaient avoir été victimes de harcèlement verbal ou physique pendant leurs sorties. Plusieurs avaient par conséquent modifié leur itinéraire ou leur tenue. Le tiers des femmes harcelées avaient simplement arrêté de courir. En général, les femmes qui courent sont 2,6 fois plus à risque d’être harcelées que les hommes. Récemment, La Presse rapportait que l’application Strava, qui détaille les courses des utilisateurs, avait été utilisée pour traquer et harceler des utilisatrices.

Dans certains cas, l’issue de leur course est tragique. En avril 2025, en France, Agathe Hilairet a été assassinée alors qu’elle faisait son jogging dans une forêt. Le suspect est un récidiviste qui était sorti de prison en 2024. Le procès est en cours.

« J’ai fait des recherches et je suis tombée là-dessus, raconte Mathilde. Agathe Hilairet s’est fait tuer pendant qu’elle courait. Elle s’est fait tabasser par un homme, puis elle a disparu. Elle a été retrouvée dans un fossé. Ce genre d’événement, ce sont des choses qui vont vraiment marquer la mémoire des femmes. Elles vont se dire : “Si je sors dehors, si je commence à courir en short ou en camisole, ce sont des choses qui peuvent m’arriver.” Elles vont se dire qu’il vaudrait mieux qu’elles ne le fassent pas. »

Au Québec, Dany Dubé a reçu en 2024 26 mois de pénitencier pour avoir agressé une coureuse sur une piste cyclable de Chicoutimi.

Mais il demeure qu’une majorité d’agressions sexuelles ne sont pas dénoncées. « Il y a des meurtres, comme celui survenu en France, rappelle Chloé. Mais les agressions sexuelles, c’est difficile à prouver si la fille ne va pas directement à la police. Donc, les gars se disent : “Qu’est-ce que ça va faire ? Il ne va presque rien m’arriver…” Parce que oui, c’est puni par le système de justice, mais tellement difficile à prouver. »

La course organisée par Les joggeuses de minuit sera lancée à 20 h au parc régional de l’Île-de-la-Visitation, samedi 30 mai.

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