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Des « contaminants éternels » en grande quantité dans les poissons des lacs du St-Laurent

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Les poissons d’eau douce des lacs du fleuve Saint-Laurent ont une concentration d’un « contaminant éternel », nommé PFOS, qui « dépasse fréquemment » les critères de protection de la faune du ministère de l’Environnement, selon un rapport qui vient d’être rendu public. Il est toutefois toujours possible de consommer les poissons en suivant les directives du Guide de consommation du poisson de pêche sportive en eau douce du gouvernement.

Ce rapport consulté par Radio-Canada, qui est publié tous les cinq ans, divulgue les résultats des analyses réalisées de 2019 à 2024 dans les poissons des lacs Saint-François, Saint-Pierre et Saint-Louis dans le fleuve Saint-Laurent.

Pour la première fois, les experts ont analysé la présence des PFAS, surnommés contaminants éternels dans les poissons. Ces produits chimiques persistants et nocifs sont notamment utilisés dans nos objets du quotidien comme imperméabilisants.

Les scientifiques ont notamment découvert pour une espèce de poisson, le meunier noir, une concentration six à dix fois plus élevée du critère relatif à la protection de la faune terrestre d’un contaminant éternel, le PFOS. Cette molécule, qui est interdite au Canada depuis 2008, est toutefois encore bien présente dans l’environnement, puisqu’elle est très persistante.

Pas étonnant, selon un expert

Le professeur de chimie environnementale à l’Université de Montréal, Sébastien Sauvé, qui s’intéresse depuis des années aux PFAS est loin d’être surpris par les résultats d’analyse.

Ça ne m’étonne pas du tout. Il y a même des PFOS dans les poissons qu’on achète à l’épicerie et dans ceux des lacs relativement propres, souligne-t-il. C’est juste qu’il y a plus de PFAS dans le Saint-Laurent qu’ailleurs et donc, les poissons vont être un peu plus contaminés.

Il y a une charge supplémentaire (en PFAS) dans le fleuve qui vient des Grands Lacs, de toutes les industries et des villes.

S’il y a plus de PFAS dans le fleuve selon lui, c’est notamment parce qu’il est le milieu récepteur des eaux usées de nombreuses villes et industries.

À titre d’exemple, les eaux usées traitées de Sherbrooke et Drummondville sont rejetées dans la rivière Saint-François qui aboutit dans le Saint-Laurent.

Une ville comme Montréal, de par les produits du quotidien qu'on utilise tous, va avoir des rejets dans les eaux usées.

Les systèmes de traitement des eaux usées des villes ne permettent pas de retirer tous les PFAS de l’eau avant le rejet au milieu récepteur.

Le lac Saint-Pierre

Pour la première fois, les experts ont analysé la présence des PFAS, surnommés contaminants éternels dans les poissons. (Photo d'archives)

Photo : ICI Radio-Canada

De nouvelles recommandations à venir pour la consommation

Depuis des années, le ministère de l’Environnement émet des recommandations sur le nombre maximum de poissons d’eau douce des lacs et rivières - pas uniquement pour le fleuve - qu’il est possible de consommer chaque mois, notamment en raison de la présence de mercure dans la chair.

Une carte interactive (nouvelle fenêtre) aide les pêcheurs à connaitre les directives pour chaque espèce.

À titre d’exemple, il est recommandé de ne pas manger plus de huit dorés jaune pêchés dans la rivière Saint-François dans le secteur de Sherbrooke.

En raison de la présence mesurée de PFAS dans le fleuve Saint-Laurent, le gouvernement a émis à titre préventif des recommandations à l’intention des femmes qui planifient une grossesse ou sont enceintes. Elles doivent réduire de moitié le nombre de repas de poissons recommandés dans le guide ou consommer de manière occasionnelle certaines espèces pêchées dans le fleuve. Certains PFAS sont associés selon la santé publique à des possibles troubles de développement du fœtus.

De nouvelles recommandations pour l’ensemble de la population sont actuellement en préparation.

La santé publique, en collaboration avec le MELCCFP, est actuellement en processus d’analyse de la situation afin d’éventuellement émettre des recommandations de consommation concernant la présence de certains PFAS dans la chair de poisson, dans un contexte de pêche sportive, nous a confirmé le ministère dans la Santé dans une déclaration écrite.

Un suivi qui permet aussi de sécuriser les pêcheurs

À l’Académie de pêche du lac Saint-Pierre, ces nouvelles données n’inquiètent pas outre mesure. Ça ne nous empêchera pas de pêcher, puis s’il faut en manger quelques repas de moins par mois, bien ce sera tout simplement cela, souligne son directeur, Alec Delage. On a la chance de pouvoir encore en consommer (du poisson d’eau douce) au Québec, ce n’est pas le cas dans bien des places dans le monde.

Ça ne m’inquiète pas nécessairement ces nouveaux contaminants. Le mercure, c’était assez important au début et c’est ce qui a amené ces recommandations.

Le rapport du gouvernement conclut d’ailleurs que les teneurs en substances toxiques permettent la consommation modérée ou occasionnelle de poissons du fleuve par les populations humaines, leur permettant de retirer les bénéfices pour la santé qui y sont associés.

Un homme debout sur un quai.

Alec Delage est le directeur de l’Académie de pêche du lac Saint-Pierre.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Alec Delage, dont l’organisme venait d’amorcer un camp de pêche dédié spécialement aux filles lors de notre passage, voit d’ailleurs d’un bon œil le travail des scientifiques.

Je suis content d’avoir les données et d’informer les gens qui viennent dans les activités. Il ne faut pas le cacher et après ça reste le choix du pêcheur de le garder ou de le remettre à l’eau.

Il rappelle que la pratique de la pêche, c’est aussi une manière de prendre un bain de nature. La plupart des pêcheurs ne sont pas là pour remplir le congélateur automatiquement, souligne-t-il. La pratique de l’activité en milieu naturel est en train de dépasser l’activité pour pouvoir en consommer.

Le professeur Sauvé croit que les recommandations déjà en vigueur avant la détection des PFAS offrent déjà un niveau de protection. Il ne tire donc pas la sonnette d’alarme. Il y a déjà des règles applicables et il faut faire attention à la consommation pour ces autres contaminants, souligne-t-il. L’information qu’on n’a pas, c’est dans quelle mesure, si on fait le calcul pour les PFAS, les recommandations devraient être plus sévères qu’elles ne le sont déjà pour le mercure.

Le gouvernement n’a pas communiqué d’échéancier pour la mise à jour des recommandations.

Une donnée qui surprend

Le professeur Sébastien Sauvé est surpris qu’une des plus fortes concentrations mesurées de PFAS l’ait été dans le meunier noir, un benhtivore, c’est-à-dire qui se nourrit d’espèce dans le fond des cours d’eau. Il se serait attendu à ce que les poissons carnivores soient le plus contaminés. Faudrait étudier plus clairement d'où viennent les poissons et ce qu'il y a dans leur habitat, puis peut-être faire des analyses de sédiments aussi de façon un peu plus approfondie dans ces environnements.

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