Le 6 août 2013. Un navire en provenance du Brésil accoste au Havre, porte d’entrée de millions de tonnes de marchandises chaque année en France. A son bord, des fûts métalliques estampillés «quartz». Les douaniers, sur une information de leurs homologues brésiliens, contrôlent la cargaison. Sous une couche de cailloux réduits en poussière, empaquetés dans des journaux brésiliens, les autorités découvrent une marchandise inhabituelle: des centaines de plaques de calcaire desquelles affleurent des fossiles de dinosaures, de poissons, de végétaux du Crétacé, vieux de 65 à 145 millions d’années. Au total, 998 fossiles d’une valeur de 1 million d’euros (945 000 francs) sont saisis par les agents. Ils seront ensuite identifiés comme extraits illégalement du bassin de l’Araripe, zone fossilifère au nord-est du Brésil. Sur les documents douaniers, les enquêteurs identifient l’importateur: Eldonia, une petite société de préparation et de vente de fossiles, située à Gannat – à une quarantaine de kilomètres au nord de Clermont-Ferrand – et fondée en 2002 par le paléontologue François Escuillié.
Près de deux ans plus tard, le 26 janvier 2015, les agents de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) entrent en action, sur information d’un aviseur. Ils perquisitionnent Créa’zaurus, une société de modélisation en 3D de fossiles située à Effiat, dans le Puy-de-Dôme. Dans les réserves, leur découverte dépasse le cadre classique des enquêtes douanières. Ils trouvent neuf caisses renfermant plus d’une tonne de marchandises. A l’intérieur, un spécimen rare, presque complet, un Tarbosaurus bataar – prédateur du Crétacé supérieur, cousin asiatique du Tyrannosaurus rex. Les experts parlent d’un «trésor paléontologique mongol». Valeur estimée au moment de la saisie: 700 000 euros (660 000 francs). «D’habitude on fait des stupéfiants, des armes… Les biens culturels n’étaient pas forcément dans l’œil du cyclone», confie un agent de la DNRED.


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