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L’industrie ostréicole québécoise traverse une période d’incertitude avec une mortalité inhabituelle des stocks d’huîtres attribuable à des maladies. Si plusieurs producteurs subissent de lourdes pertes, d’autres s’en sortent un peu mieux.
C’est le cas aux Îles-de-la-Madeleine, chez l’entreprise ostréicole Les huîtres Old Harry. Bien qu’une évaluation précise soit attendue dans un mois, soit lorsque les huîtres auront recommencé à filtrer l’eau, le propriétaire constate un taux de mortalité supérieur à la normale, qui se situe habituellement entre 1 % et 3 %.
C’est inhabituel de voir ça, mais on n’est pas rendus au bouton panique comme les autres, lance d’emblée Alexandre Brazeau, également directeur des opérations de l’entreprise.
Cette relative stabilité s’explique par une décision stratégique prise la saison dernière : refuser d’importer des huîtres adultes potentiellement contaminées par les parasites MSX ou dermo des Maritimes.
On savait qu’elles étaient contaminées, on savait qu’il y avait le MSX, le dermo, puis on savait que ça allait mourir. Donc nous, l’année passée, on s’est privés d’amener des huîtres pour ne pas contaminer l’eau, déplore M. Brazeau.
Grâce à cette précaution, son entreprise dispose aujourd’hui de centaines de milliers d’huîtres prêtes pour le marché.

Malgré une mortalité inhabituelle, l’ostréiculteur Alexandre Brazeau refuse de céder à la panique. (Photo d'archives)
Photo : Contribution : Alexandre Brazeau
Ailleurs sur l’archipel ou sur la péninsule gaspésienne, des taux de mortalité allant de 60 % à 100 % ont été observés.
Un naissain comme rempart sanitaire
Pour M. Brazeau, l’avenir de l’industrie repose sur l’élevage à partir d'un naissain, soit un ensemble de jeunes huîtres de six millimètres issues d’écloseries.
C’est fait en laboratoire, puis c’est un milieu qui est extrêmement contrôlé, avec de l’eau traitée, donc il n’y a pas de contamination. Il y a une tendance qui démontre que les huîtres porteuses du MSX ou du dermo sont des huîtres de taille adulte. Quand l’huître fait six millimètres, ce qui est gros comme le bout de ton petit doigt, les risques de contamination sont très minces, explique l’ostréiculteur.

Contrairement à la plupart des producteurs gaspésiens et madelinots qui s'approvisionnent en huîtres déjà matures dans les Maritimes, l'entreprise Les huîtres Old Harry a commencé sa production avec un naissain, qui regroupe des embryons d'huîtres. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté de Huîtres Old Harry
Actuellement, seules deux entreprises du Québec utilisent cette méthode, soit Les huîtres Old Harry et la ferme Huîtres Baie-des-Chaleurs, située à Bonaventure.
À long terme, la solution durable résiderait dans le développement d’une variété d’huîtres résistantes aux maladies.
Des projets d’écloseries québécoises
Depuis deux ans, Alexandre Brazeau travaille sur un projet d’écloserie aux Îles-de-la-Madeleine afin d’y reproduire et d’y élever des huîtres résistantes provenant des États-Unis, pour ensuite les distribuer aux autres producteurs québécois.
À l’heure actuelle, le Québec ne compte aucune écloserie active, ce qui oblige l’industrie à dépendre des Maritimes, où les producteurs locaux sont prioritaires.
On n’a pas le choix d’être autosuffisants au Québec et d’avoir notre propre approvisionnement.
Cependant, son initiative madelinienne est présentement stagnante, en attente d’autorisations environnementales de la part du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).
Ce retard administratif bloque le dépôt du dossier au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), dont l’appui est jugé essentiel pour la viabilité de son projet.
Alexandre Brazeau estime qu’il faudra de 18 à 24 mois pour bâtir l’infrastructure et lancer la production une fois les permis obtenus.

Les maladies qui ravagent les élevages d’huîtres ne présentent aucun danger pour la santé des consommateurs, rappellent les producteurs. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Vincent Lehouillier
Parallèlement aux démarches de M. Brazeau, le MAPAQ indique être en action pour encadrer la crise et soutenir la filière.
Le MAPAQ a rapidement mis sur pied un comité de travail avec les ostréiculteurs québécois afin d’assurer une vigie étroite de l’évolution de la situation. Les travaux permettront notamment d’identifier rapidement des solutions concrètes adaptées aux besoins du secteur, soutient par écrit le relationniste du ministère, Yohan Dallaire Boily.
Le ministère confirme voir favorablement le développement d’un approvisionnement local de naissain. En ce sens, une cession de permis d’aquaculture en milieu terrestre a été autorisée en 2025 pour permettre le redémarrage d’une écloserie située à Chandler, en Gaspésie, sous la gestion de l’entreprise Gestion Nouveau Port.
Afin d’accélérer ce projet, le gouvernement a octroyé le mois dernier une aide financière pouvant atteindre un montant maximal de 500 000 $ à cette entreprise gaspésienne. Ces fonds serviront à remettre à niveau les systèmes de circulation et de traitement de l’eau.
Tout comme le souligne Alexandre Brazeau pour son propre projet, le MAPAQ contribuerait ainsi à renforcer l’approvisionnement local en naissain d’huîtres. La production en environnement contrôlé permet notamment de mieux encadrer certains risques sanitaires liés aux maladies, précise M. Dallaire Boily dans sa réponse écrite.


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