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Lundi, tôt dans la matinée, des agents de Homeland Security Investigations, la branche de l’ICE chargée des enquêtes criminelles, ont perquisitionné le domicile washingtonien de la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, en vertu d’un mandat de perquisition obtenu par le ministère de la Justice. La police de l’immigration a été lancée contre un membre du Congrès en exercice à trois semaines d’un scrutin national. Il s’agit d’un acte de persécution politique commis en dehors de toute légalité, que chaque travailleur et chaque défenseur des droits démocratiques doit condamner et combattre.
Omar, 44 ans, est arrivée aux États-Unis enfant, réfugiée de la guerre civile en Somalie. Elle est depuis des années la cible de la Maison-Blanche en raison de ses critiques de certains aspects de la politique étrangère américaine, en particulier du génocide israélien à Gaza. Elle n’a été inculpée d’aucun crime.
La perquisition n’est pas seulement une tentative d’influencer le scrutin du 3 novembre. Elle constitue une étape dans l’instauration par l’administration Trump d’une dictature présidentielle, et l’élection elle-même est une cible. Un gouvernement qui envoie des agents fédéraux au domicile d’un parlementaire de l’opposition, sur la foi de calomnies propagées par le président, s’apprête à se passer des formes constitutionnelles censées l’obliger à rendre des comptes.
Le moment n’a pas été choisi au hasard. La perquisition est intervenue 22 jours avant l’élection, au mépris ouvert de la pratique de longue date du ministère de la Justice, qui consiste à s’abstenir de toute démarche ostensible contre des candidats dans les 60 jours précédant un scrutin. Selon CBS News, le procureur général Todd Blanche était personnellement au courant de cette perquisition. Trump a déclaré aux journalistes qu’il « n’y était pour rien ».
En réalité, c’est Trump qui a donné le signal. Le jeudi 8 octobre, il a publié sur Truth Social : « Le Minnesota, autrefois un grand État, est en train de passer sous la coupe d’immigrés somaliens. Violence, meurtres et chaos règnent dans tout l’État. » Il a poursuivi : « Ripostez, Minnesota, ripostez ! Si vous en avez besoin, le gouvernement fédéral viendra à votre secours. »
Deux jours plus tard, lors d’un meeting de campagne à Clarksville, dans le Tennessee, il s’en est pris à Omar : « Elle vient de Somalie, ils n’ont pas de gouvernement, ils n’ont pas de police. Tout ce qu’ils ont, c’est la criminalité et la misère. » Faisant allusion à des accusations de fraude non prouvées, répandues sur les réseaux sociaux de droite, il a ajouté : « Ces gens venus de Somalie, ce qu’ils ont fait au Minnesota ne devrait jamais être toléré. » Lundi matin, les agents sont arrivés.
Selon certaines informations, l’enquête porterait sur des documents d’immigration déposés par le père d’Omar, aujourd’hui décédé, alors qu’elle était enfant. Le secrétaire à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, est allé plus loin en reprenant la calomnie de droite selon laquelle Omar aurait épousé son frère. « Si nous pouvons le prouver », a-t-il déclaré dans un entretien le mois dernier, « alors peut-être que vous n’auriez jamais dû être ici ; nous vous expulserons. »
Omar est citoyenne américaine naturalisée depuis 2000. L’administration menace ouvertement de priver une parlementaire de sa citoyenneté et de l’expulser du pays.
Le « tsar des frontières » Tom Homan a déclaré à Fox News le mois dernier que « qu’ils soient ou non membres du Congrès, personne n’est au-dessus des lois ». Voilà ce que dit un gouvernement tellement gangrené par la criminalité que Trump a affirmé ce mois-ci qu’il envisagerait des grâces préventives pour des responsables de son administration avant de quitter ses fonctions. Selon Forbes, la fortune personnelle de Trump a presque triplé depuis début 2024, pour atteindre 6,2 milliards de dollars.
Le prétexte de l’offensive contre les élections est le mensonge d’un vote massif de non-citoyens, mobilisés vers les urnes par les démocrates. Les enquêtes n’ont mis au jour qu’un petit nombre de non-citoyens inscrits à tort sur les listes électorales, le plus souvent à la suite d’erreurs commises lors de leur demande de permis de conduire, et un nombre infinitésimal de votes réellement exprimés.
Ces mensonges ne servent pas seulement à étayer l’affirmation de Trump selon laquelle il aurait gagné l’élection de 2020, qu’il a perdue nettement face à Joe Biden. Leur véritable but est d’attiser parmi ses partisans fascistes une hystérie anti-immigrés qui faciliterait l’annulation pure et simple des élections ou leur tenue dans des conditions de loi martiale, avec des troupes armées et la Gestapo de l’immigration déployées dans les bureaux de vote, en particulier dans les quartiers à forte population immigrée et issue des minorités.
La perquisition intervient alors que les sondages laissent présager une débâcle républicaine. Un sondage Reuters/Ipsos publié le 5 octobre établit le taux d’approbation de Trump à 32 pour cent, un plancher historique, et le Cook Political Report donne les démocrates favoris pour remporter la Chambre des représentants. Trump ne se prépare pas à accepter un tel résultat. Il se prépare à l’empêcher.
L’administration a retourné le ministère de la Justice et le DHS contre ses adversaires politiques, en s’en prenant tout particulièrement à des femmes noires et en faisant appel au racisme et à la misogynie : Omar, la procureure générale de l’État de New York Letitia James et la gouverneure de la Réserve fédérale Lisa Cook. La représentante LaMonica McIver, démocrate du New Jersey, est poursuivie au niveau fédéral pour agression, des chefs d’accusation passibles de plus de dix ans de prison, à la suite d’une visite de contrôle à Delany Hall, un centre de détention de l’ICE à Newark.
Omar a décrit la perquisition comme « une tentative de cibler des ennemis politiques et d’instrumentaliser les forces de l’ordre fédérales ». Elle a déclaré : « Depuis 10 ans, Trump s’en prend à moi avec des mensonges sans fondement et des campagnes de diffamation. Ce n’est que la dernière escalade de sa campagne d’intimidation politique », ajoutant : « On ne me fera pas taire. »
Les dirigeants démocrates de la Chambre des représentants Hakeem Jeffries, Katherine Clark et Pete Aguilar ont qualifié la perquisition de « profondément troublante » et promis qu’il y aura « des comptes à rendre pour cet abus de pouvoir hors de contrôle », sans proposer de faire quoi que ce soit. D’autres démocrates ont publié des communiqués, sans rien de plus.
La préoccupation des démocrates pour Omar est récente. En 2019, la direction du parti l’a contrainte à s’excuser d’avoir critiqué l’influence de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), un lobby qui défend tous les crimes de l’État israélien, y compris le génocide à Gaza. Lorsque les républicains l’ont exclue de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants en 2023, les démocrates se sont contentés d’un vote selon les lignes de parti, tout en se rangeant derrière une résolution déclarant Israël « allié légitime et démocratique » de l’Amérique, qu’Omar elle-même a signée.
C’est le ministère de la Justice de Biden qui a ouvert une enquête sur les finances d’Omar, ses dépenses de campagne et ses contacts avec un ressortissant étranger. Selon le New York Times, cette enquête a piétiné faute apparente de preuves, mais elle a contribué à créer les conditions de l’actuelle entreprise visant à la diaboliser, à la poursuivre en justice et à l’expulser.
Dans les semaines à venir, les démocrates présenteront le scrutin du 3 novembre comme la réponse à Trump. Les organisations de la pseudo-gauche et l’appareil syndical feront de même, s’employant à canaliser la colère suscitée par la perquisition derrière le Parti démocrate, présenté comme le « moindre mal ». La classe ouvrière doit rejeter ce piège.
Dans le cadre du système bipartite, les démocrates seraient les seuls bénéficiaires d’un effondrement républicain. Mais ils sont le parti de Wall Street et de l’appareil militaire et du renseignement. Leur conflit avec Trump ne porte pas sur la défense des droits démocratiques, mais sur des questions de stratégie impérialiste, avant tout la guerre contre la Russie en Ukraine.
Une victoire démocrate le 3 novembre n’arrêterait pas la marche vers la dictature. Trump a fait comprendre qu’il n’accepterait pas un résultat qui lui serait défavorable, et les démocrates, qui minimisent le danger à chaque occasion, sont terrifiés par la montée d’une opposition venant d’en bas. Les forces derrière la montée de la dictature, notamment l’immense concentration de la richesse au sein d’une oligarchie financière, le virage vers la guerre à l’étranger et l’offensive contre les immigrés et les travailleurs à l’intérieur du pays, plongent leurs racines dans la crise du capitalisme américain, que les démocrates défendent tout autant que les républicains.
Le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) a des divergences politiques fondamentales avec Omar et les autres élus démocrates, qui soutiennent et défendent le système capitaliste. Mais nous nous opposons à leur persécution par l’administration Trump, et nous exigeons l’arrêt immédiat de toutes les enquêtes et poursuites visant les personnes figurant sur la « liste d’ennemis » de Trump. Les méthodes employées aujourd’hui contre Omar l’ont déjà été contre les immigrés, et elles seront retournées contre toutes les couches de la population laborieuse.
La défense des droits démocratiques incombe à la classe ouvrière, mobilisée indépendamment des deux partis du grand patronat. Les travailleurs doivent construire des comités de base dans chaque lieu de travail et chaque quartier pour s’opposer aux rafles, à la machine à expulser et à toute avancée vers la dictature, et pour relier cette lutte à la lutte contre le système capitaliste qui engendre le danger de la dictature.


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