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Demi-finale de la Coupe du monde : la fièvre de la Roja, le blues des Français

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Alors que l'Espagne et la France croisaient le fer à Dallas pour la demi-finale de la Coupe du monde de la FIFA, leurs partisans montréalais se réunissaient en grand nombre à un jet de pierre les uns des autres. Récits d'un après-midi de jubilations et d'amères déceptions.

Ça, c’est tous les Espagnols de la ville, lance fièrement Graciela en désignant la salle pleine du Club Espagnol, dans le Plateau-Mont-Royal. Bien installées à une table qui leur est exclusive, Graciela et ses amies – les associées du Club – attendent avec fébrilité le match de demi-finale de la Coupe du monde de la FIFA opposant l’Espagne à la France.

Deux dames aînées sourient.

Graciela (à droite) se réjouit de voir des partisans de toutes les origines assister aux matchs de l'Espagne.

Photo : Radio-Canada / Arly Bosom

S’il s’agit d’une rencontre décisive entre deux titans, une constante demeure au sein du Club Espagnol : c’est une affaire de famille. Tous les 15 jours, on se réunit ici et on chante le flamenco, on danse le flamenco. On fait la fiesta gitana, explique Graciela.

Pour ce match décisif, la famille s’est élargie. On a de tout, précise Graciela. Des Latino-Américains, on a des étrangers de la Syrie, de l’Afghanistan. Honnêtement, c’est incroyable, dit-elle, éventail à la main.

En ce mardi après-midi, les jaleos sont destinés aux joueurs de la Roja. Je joue le flamenco, je joue de la guitare flamenca. C’est quelque chose que j’adore depuis que je suis petit, raconte Gabi, un habitué du Club. Aujourd’hui, c’est la Roja, précise-t-il. L'Espagne, je l’ai dans mon cœur.

Un homme agite un drapeau de l'Espagne.

Gabi imite un toréro qui déjoue un taureau après la victoire de l'Espagne contre la France en demi-finale de la Coupe du monde de la FIFA.

Photo : Radio-Canada / Arly Bosom

L’ambiance va être folle, prévient Florinda, venue encourager la sélection espagnole avec ses filles, son mari, son frère et sa petite-fille. Arrivée au Québec en 1963, elle est également membre du Club.

Je pense que la France va gagner. Je pense qu’ils sont plus forts au foot, analyse pour sa part Gala avant le botté d’envoi, gardant la tête froide malgré le mercure qui flirte avec les 30 °C.

Ce n’est pas un manque de confiance envers son équipe, assure-t-elle, c’est plutôt une question d’admiration pour les autres équipes et en même temps de rivalité. C’est le fun qu’il y ait des maillots bleus. Ça va nous faire craquer s’ils marquent et vice-versa, ajoute-t-elle.

Si Gala décide de prendre les choses à la légère, d’autres sont plus nerveux. C’est le cas d’Alexandre, 16 ans, qui effectue un retour aux sources.

Une famille de partisans de l'Espagne sur une terrasse.

Alexandre (au centre à droite) et sa famille

Photo : Radio-Canada / Arly Bosom

Ses parents, respectivement québécois et espagnol, ont amené Alexandre au Club pour la première fois en 2010, lors de la dernière et seule victoire de l’Espagne à la Coupe du monde. J’avais seulement un an, explique-t-il, n’ayant aucun souvenir d’un moment qui a pourtant démarré une tradition. Maintenant que je suis plus investi dans le foot, on vient à chaque match de l’Espagne.

Une fiesta gitana à saveur de finale

La Roja est en avance 2 à 0 à quelques secondes du coup de sifflet final et, alors que les plats de tapas vides s’empilent sur les longues tables du Club Espagnol, les murs vibrent à coups d'olé, olé, olé.

L’Espagne est officiellement finaliste de la Coupe du monde 2026. Le Club Espagnol explose de joie et la bière fait place à la sangria. Les petits, les jeunes et les moins jeunes s’enlacent comme une famille éloignée qui se réunit.

On n’a pas vécu ça depuis 2010 [...] Viva España! lance Gabi. Le jeune homme hispanomarocain célèbre avec ses compatriotes sur le boulevard Saint-Laurent et chante à tue-tête entre les coups de klaxon d’automobilistes enthousiastes.

Une foule en liesse dans un bar.

Les partisans de l'Espagne célèbrent la victoire de leur équipe.

Photo : Radio-Canada / Arly Bosom

Parmi eux, Matias Pontigo-Montero, 22 ans, compte emporter les célébrations outre-mer. Si Dieu le permet et qu'on gagne [la Coupe du monde] dimanche, je prends un vol la nuit même pour arriver en Espagne le matin et célébrer, lance-t-il. Le jeune homme cherchait tous les Espagnols de Montréal avant le match. Il a rapidement compris : ils sont au Club Espagnol.

La semaine prochaine, l’Espagne aura terminé son parcours. Mais à son retour à Montréal, Matias compte bien retourner célébrer son pays au Club Espagnol, qu’il soit champion du monde ou non. Mais on va gagner, prédit-il avec un grand sourire.

Défaite crève-cœur pour les supporteurs français

Les partisans des Bleus étaient pourtant gonflés à bloc, enhardis par le parcours spectaculaire des leurs et par la perspective de voir leur équipe atteindre le match ultime de la Coupe du monde 2026.

Même en ce 14 juillet, l’aura de la fête nationale française a semblé pâlir et leur équipe n’a pas réussi à trouver la brèche dans l’implacable défense espagnole.

Une foule regarde un match de soccer sur une terrasse.

Les partisans de la France ont gardé espoir jusqu'à la fin du match.

Photo : Radio-Canada / François-Alexis Favreau

Nombre d'entre eux s’étaient rassemblés au bar sportif Monsieur Ricard, sur l’avenue du Parc, à Montréal, à un jet de pierre du Club Espagnol. La populaire adresse était pleine à craquer, si bien que de nombreux supporteurs regardaient le match depuis le trottoir.

À la fin du match, plusieurs supporteurs ont serré dans leurs bras Jonas, une figure bien connue du Monsieur Ricard.

Deux hommes s'enlacent.

Pour de partisans comme Jonas, la défaite a été crève-cœur.

Photo : Radio-Canada / François-Alexis Favreau

J’ai pleuré pendant 30 minutes. On se relève déçu, affaibli, et on se relève avec un changement d'entraîneur, a expliqué le jeune homme de 25 ans, qui s’est improvisé animateur le temps de la Coupe du monde.

Il a animé à chaque match français, a souligné Nawal, une supportrice. Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir ce leadership.

Armé d’un porte-voix, de slogans rassembleurs et de quelques flèches réservées à l’équipe adverse, Jonas a su rendre mémorables les matchs victorieux, et moins pénible la défaite.

Une foule déçue dans un bar.

L'ambiance s'est refroidie chez Monsieur Ricard, bastion des partisans de la France, après la défaite de leur équipe.

Photo : Radio-Canada / François-Alexis Favreau

D’autres sont sortis du bar les larmes aux yeux et chacun avait son opinion sur l’issue de ce match douloureux.

Qu’est-ce qui s’est passé? Il ne s’est rien passé, en fait, lance par exemple Nathan.

On s’est fait manger du début jusqu’à la fin par les Espagnols.

Le mot est un peu fort, mais c’était un peu une purge du côté des Français. On n'a jamais retrouvé notre Dembélé, notre Olise, notre Mbappé, estime-t-il. Comme de nombreux autres l’ont souligné, Nathan croit que le départ annoncé de l’entraîneur Didier Deschamps, après 14 ans à la tête des Bleus, apportera une nouvelle philosophie à l’équipe.

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