Charcuteries, fromages, crustacés… Chaque jour, plusieurs rappels de produits sont publiés sur la plateforme Rappel Conso. Ces derniers mois, les rappels de produits alimentaires semblent se multiplier. Est-ce le signe d’une dégradation de la sécurité sanitaire ? Décryptage.

Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 07:30 - Temps de lecture :

En 2022, Ferrero avait rappelé certains lots de produits Kinder en raison de cas de salmonelle. Photo d’illustration Sipa/Romuald Meigneux En 2022, Ferrero avait rappelé certains lots de produits Kinder en raison de cas de salmonelle. Photo d’illustration Sipa/Romuald Meigneux

Difficile d’y échapper. Depuis le début de l’année, les rappels se multiplient : steaks hachés et fromages contaminés à la bactérie Escherichia coli, laits infantiles contaminés par une toxine, sardines à fort taux d’histamine… Entre octobre 2025 et janvier 2026, 12 cas de listériose liés à des charcuteries fabriquées par une entreprise de la Drôme ont été répertoriés. Deux consommateurs de plus de 75 ans sont mêmes décédés.

Sans connaître systématiquement une issue dramatique, ces alertes répétées donnent le sentiment d’une dégradation de la sécurité alimentaire. Pourtant, des produits contaminés en vente et rappelés, il y en a toujours eus. La différence, aujourd’hui, tient surtout à la manière dont ces incidents sont rendus publics. Depuis le 1ᵉʳ avril 2021, la plateforme Rappel Conso, gérée par la Répression des fraudes (DGCCRF) sous l’autorité du ministère de l’Économie, permet de répertorier les procédures de rappel pour des produits alimentaires ou non, jugés nocifs, dangereux pour la santé ou défectueux. Résultat : les rappels, autrefois dispersés et parfois peu visibles, sont désormais centralisés et accessibles à tous, en temps réel.

Des chiffres élevés… mais « globalement, c’est un bon signe »

Les données confirment un volume important de signalements, avec plus de 2 000 rappels alimentaires par an ces dernières années. Dans le détail, en 2022, 2 442 rappels pour des produits alimentaires ont été émis, 2 025 rappels en 2023, 2 101 en 2024 et 2 336 en 2025. Même si une grande partie des rappels concernent l’alimentation, il en existe également sur des jouets, des produits électroniques, des produits d’hygiène ou des automobiles, comme les airbags Takata. Mais cette hausse apparente est en partie liée à une amélioration des contrôles. « Il y a plus de rappels, mais c’est aussi parce qu’on les recherche davantage et qu’on les recense mieux », explique Stéphanie Perraut, rédactrice en chef adjointe du magazine spécialisé Process Alimentaire.

Surtout, les critères sanitaires se sont durcis. Les seuils de tolérance ont été progressivement abaissés, que ce soit pour les bactéries - listeria, salmonelle, E. coli - ou pour les contaminants chimiques comme les pesticides ou les mycotoxines. Autrement dit, des produits sont aujourd’hui retirés du marché pour des niveaux de risque qui auraient été jugés acceptables il y a encore quelques années. « Globalement, c’est un bon signe », insiste la spécialiste. « S’il y a plus de produits rappelés, cela signifie aussi que ce qui arrive jusqu’à notre bouche est plus sûr. » Dans la plupart des cas, les retraits interviennent d’ailleurs avant que les produits ne soient massivement consommés.

Des risques bien réels pour certains publics

Les motifs de rappel sont variés, mais les plus fréquents concernent les contaminations microbiologiques (listeria, salmonelle, E. coli), la présence de corps étrangers (morceaux de plastique ou de métal) ou encore un excès de résidus chimiques comme les pesticides ou les mycotoxines. Reste que les dangers ne sont pas théoriques. Les effets peuvent aller de simples maux de ventre, vomissements à des intoxications alimentaires parfois graves, voire mortelles, notamment chez certains consommateurs : personnes âgées avec des comorbidités, femmes enceintes, jeunes enfants…

Face à ces risques, les autorités rappellent l’importance des bons réflexes au quotidien. Respect des consignes de cuisson, chaîne du froid, hygiène en cuisine… « Si l’emballage indique trois minutes de cuisson par face, ce n’est pas 10  secondes au micro-ondes », insiste la spécialiste. Elle évoque aussi des erreurs fréquentes, comme remettre une viande cuite dans un récipient ayant contenu du cru, ou ne pas bien régler la température du réfrigérateur.

Rappel Conso, mode d’emploi

Mis en ligne en 2021, Rappel Conso est le site officiel qui recense les produits dangereux signalés en France. Les entreprises ont l’obligation de déclarer tout produit à risque, sous le contrôle des autorités sanitaires. Les alertes peuvent provenir de contrôles internes, d’inspections ou encore de signalements de consommateurs après des cas d’intoxication.

Chaque fiche précise le danger identifié, éventuellement les symptômes, les lots et lieux incriminés et la conduite à tenir - ne pas consommer, rapporter ou jeter le produit.

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