Le cours du gaz naturel liquéfié (GNL) avait augmenté de presque un quart de sa valeur, jeudi matin à la suite de l’attaque iranienne sur le site de Ras Laffan au Qatar. Face à une facture bien partie pour flamber, l’État français refuse pour l’instant de baisser les taxes. La réduction du déficit avant tout.

Boris Ivanoff - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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« Le scénario de la baisse des taxes n’est pas envisagé. » Jeudi matin, avant même la réunion ministérielle censée convenir d’une stratégie politique face à la hausse du prix des hydrocarbures et notamment de celui du gaz, la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, donnait le ton. Les frappes iraniennes sur le site gazier le plus important au monde, à Ras Laffan au Qatar (un cinquième des réserves mondiales) jeudi matin ont pourtant affolé les marchés. À l’ouverture, le cours du GNL (gaz naturel liquéfié) avait ainsi pris 35 % avant rebaisser aux alentours de 13 % en fin d’après-midi. Au lieu de 55 euros le MWh la veille, le gaz se négociait à environ 61 euros le MWh jeudi soir.

Face à ces prix bien partis pour flamber, l’État français reste donc inflexible et refuse, pour l’instant, de jouer la carte du bouclier tarifaire, comme en 2022, au moment de la crise énergétique provoquée par l’invasion russe en Ukraine. La taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel (TICGN), désormais appelée accises sur les gaz naturels, avait ainsi été maintenue à 8,50 euros le MWh contre 16,50 euros aujourd’hui. Ramené aux 350 millions de MWh de gaz consommés en moyenne en France, le taux d’accise actuel représente un gain de l’ordre de six milliards d’euros par an pour l’État français. « Nous n’avons plus les moyens du “quoi qu’il en coûte” comme au moment du Covid-19. Notre objectif doit rester une dette à 5 % du PIB », confirme la ministre déléguée à l’Énergie.

Pas de gain réel pour le pouvoir d’achat

Baisser ces accises sur les gaz naturels (ancienne TICGN) créerait donc un trou supplémentaire dans les caisses de l’État sans pour autant représenter un gain réel sur le pouvoir d’achat des consommateurs. « Comparées aux 20 % de TVA sur la consommation et aux 5,5 % d’une autre TVA sur l’abonnement, ces accises ne constituent pas les principales taxes du gaz dont les usagers doivent s’acquitter. Mais toucher à la TVA… c’est un autre problème », concède Maxime Detony, directeur activité énergie chez l’opérateur privé Hello Watt. Un délicat problème dont le Rassemblement national et La France insoumise se sont à nouveau saisis jeudi en proposant une fois encore une baisse de la TVA sur la consommation de gaz à 5,5 % (au lieu de 20 %). « Une solution à 12 milliards d’euros », rappelle le gouvernement, donc inenvisageable pour l’heure.

Si ce n’est qu’ailleurs dans le monde, certains n’ont pas hésité à franchir le pas. L’Italie a adopté un décret visant à réduire de 25 centimes le litre de carburant, la Grèce envisage un plafond sur les marges bénéficiaires des acteurs de la filière et l’Allemagne étudie une taxe sur les surprofits des groupes pétroliers. Jeudi, le Japon a même lancé un programme d’urgence sur les prix de l’essence.

Pas de hausse sur la facture dans l’immédiat

Sur le gaz, la hausse serait-elle partie pour durer ? « Tout dépend des dommages subis par le site de Ras Laffan au Moyen-Orient », répond Helder Rafia Rubio, responsable en intelligence économique chez Capitole Énergie. S’il détient 20 % des réserves mondiales, le site de Ras Laffan représenterait moins de 5 % de nos importations de gaz naturel. « L’essentiel de nos approvisionnements provient désormais de Norvège, des États-Unis, d’Afrique… Mais le souci est que si le monde entier se retourne vers ces pays pour se fournir en gaz, parce que le Qatar n’est plus en mesure de le faire en raison de la guerre, alors le cours mondial va vraiment flamber », analyse l’expert.

Une hausse conjuguée à l’absence de coup de pouce du gouvernement qui pourrait donc avoir des conséquences sur la facture des consommateurs ? « Pas dans l’immédiat », affirme Hugo Larricq, directeur général de Mon Courtier Énergie. « D’abord, parce que nous sortons de l’hiver et que le chauffage tourne donc moins et ensuite parce que nous avons moins besoin de gaz ou d’énergie fossile pour faire tourner les centrales électriques par rapport à 2022 [alors que la moitié des centrales nucléaires françaises étaient à l’arrêt, NDLR] », rappelle le professionnel.

Mais deux tiers des abonnés français au gaz le sont par l’intermédiaire des tarifs réglementés au travers de contrats indexés, « la hausse des cours du marché n’a d’effets sur la facture qu’avec plusieurs mois de décalage », précise Hugo Larricq. Il est donc possible qu’elle se fasse ressentir mais seulement à l’automne, « malheureusement au moment où il faudra rallumer les chaudières et remplir les réserves nationales », sait le spécialiste.

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