À compter de ce dimanche 1er mars, la France instaure une taxe de deux euros sur les petits colis. Une mesure visant directement les géants chinois de l’e-commerce.

Antoine Ajavon - Aujourd'hui à 06:30 - Temps de lecture :

Avec la taxe sur les petits colis, le gouvernement entend limiter le flux de produits importés en France via les plateformes chinoises d’e-commerce. Photo d'illustration Sipa/Patrick Siccoli Avec la taxe sur les petits colis, le gouvernement entend limiter le flux de produits importés en France via les plateformes chinoises d’e-commerce. Photo d'illustration Sipa/Patrick Siccoli

Son nom, taxe sur les petits colis (TPC), ne trompe personne : l’article 82 de la loi de finances pour 2026, qui instaure dès ce dimanche une taxe de deux euros sur les colis d’une valeur inférieure à 150 euros en provenance de pays hors Union européenne, cible expressément les plateformes chinoises de commerce numérique. Shein, AliExpress, Temu… Ces sites via lesquels des millions de vêtements, accessoires et autres objets de décoration affluent sur le territoire français.

En 2025, les petits colis ont représenté 826 millions d’articles reçus en France, pour une valeur totale de plus de 5,58 milliards d’euros, selon le bilan annuel des Douanes. Une progression accélérée « depuis qu’en avril 2025, les États-Unis ont supprimé l’exemption de droits de douane sur les colis en provenance de Chine, redirigeant une partie des exportations chinoises vers l’Union européenne », explique Kevin Lefebvre, économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII).

« Lutter contre (cette) concurrence déloyale » aux entreprises françaises était un vœu émis par le ministre du Commerce, Serge Papin, quelques semaines à peine après sa prise de fonction à l’automne. Avec la TPC, l’État compte récupérer quelque 500 millions d’euros dans ses caisses d’ici novembre 2026, date au plus tard à laquelle est espérée une mesure similaire à l’échelle européenne. Dans le détail, la TPC ne s’appliquera pas à chaque colis, mais à chaque type d’articles qu’il comprend. Ainsi, un colis contenant un pantalon, deux pulls et une paire de gants, la TPC sera, par exemple, appliquée trois fois.

Le mauvais exemple italien

Le prix moyen des articles importés étant de 6,40 euros en 2025, contre 11,30 euros en 2022, et la moitié des articles importés ayant un prix inférieur à 3,40 euros, le gouvernement espère que la taxe revêtira un effet dissuasif. Mais pour qui ? Car, sauf rares exceptions, ce n’est pas le consommateur qui s’en acquittera, mais bien le vendeur ou le site marchand servant d’intermédiaire : le redevable de la taxe est le redevable de la TVA à l’importation. Le seul cas où un particulier serait redevable de la taxe est lorsque le colis sera un cadeau, expédié depuis un pays en dehors de l’Union européenne, et que sa valeur serait comprise entre 45 euros et 150 euros. En dessous de 45 euros, les colis entre particuliers sont exemptés de TVA.

Mais, « sans coordination européenne, la mesure risque d’être contournée et les colis pourraient simplement transiter par un pays de l’UE à la taxation plus clémente », prévient Kevin Lefebvre. L’Italie, qui a également mis en place une taxe de deux euros sur les petits colis, a ainsi vu une baisse de 36 % des importations de petits colis, rapporte le quotidien britannique le Financial Times. Pire, certains des colis qui sont bien importés transitent par des camions, en provenance d’autres aéroports, pour échapper aux droits de douane italiens, heurtant sévèrement les prévisions de l’État italien de générer jusqu’à 122 millions d’euros de recettes. Un exemple que le gouvernement français espère ne pas dupliquer, bien qu’il cite aussi la valorisation des commerces de proximité et des circuits courts comme arguments derrière l’instauration de la taxe sur les petits colis.

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