Entre canicule record et orages violents, la météo a eu raison de plusieurs festivals en France le week-end dernier, alors que l’été ne fait que commencer. De quoi inquiéter un secteur déjà en difficulté économique, qui tente de trouver des solutions face à cette nouvelle donne climatique.

Pierre Charles - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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L’été sera chaud pour les festivals culturels. Trop chaud ? C’est la crainte de tous les organisateurs depuis le week-end dernier, au cours duquel plusieurs rendez-vous ont été contraints d’annuler toute ou partie de leur programmation à cause de la canicule et des orages. Parmi eux, des poids lourds comme Solidays, qui devait accueillir plus de 250 000 personnes sur trois jours à l’hippodrome de Longchamp à Paris, Garorock (120 000 festivaliers dans le Lot-et-Garonne), Chambord Live (90 000 spectateurs dans le Loir-et-Cher) ou encore Retro C Trop, dans la Somme, où les 15 000 festivaliers ont été évacués en urgence samedi soir en raison d’une tornade.

Le changement climatique bouscule les festivals, dont la majorité se déroule en plein air. Jeudi sur France Musique, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a appelé à trouver « le protocole le plus juste » face aux aléas climatiques, indiquant que des travaux étaient en cours avec les professionnels. « C’est une épée de Damoclès. On a toujours eu la crainte d’orages, de fortes pluies, du mistral et maintenant, il y a la canicule », observe Stéphane Krasniewski, directeur des Suds d’Arles. Son festival aura lieu du 13 au 19 juillet dans les Bouches-du-Rhône, où le mercure devrait dépasser allègrement les 30 °C. Il a donc dû s’adapter.

Scènes aménagées et eau gratuite

Les horaires de montage des scènes ont été aménagés « pour que les équipes ne travaillent pas en plein soleil ». « Une de nos scènes va être déplacée dans un endroit plus ombragé. Et depuis quelques années, on distribue de l’eau gratuitement au public », cite Stéphane Krasniewski. Mais tout cela a un coût, souligne celui qui est aussi président du Syndicat des musiques actuelles : paye des techniciens en heures de nuit, achat d’équipements pour ombrager les sites, manque à gagner sur la vente des bouteilles d’eau… Or, les festivals sont déjà en grande difficulté, fragilisés par la baisse des financements publics ces dernières années.

Une situation qui complique l’adaptation à la chaleur et aux intempéries. À Garorock, la canicule et les orages ont révélé de nombreux problèmes d’organisation lors de la seule journée de concerts (sur quatre) qui a pu se tenir le week-end dernier. « Le plan d’action n’était pas très clair », regrette Bilel Zahi, responsable de la régie bénévole lors du festival. « Par exemple, on avait pour consigne de distribuer des bouteilles d’eau à l’entrée, mais ça n’a pas été maintenu tout au long de la journée car la logistique n’était pas bien adaptée. » La gestion des flux et les consignes d’évacuations ont également connu des couacs, poussant les organisateurs à s’excuser.

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Vers la fin des festivals l’été ?

Face à la canicule, certains organisateurs choisissent de programmer les concerts plus tard dans la journée, quand les températures sont plus clémentes. Problème : de nombreux festivals sont contraints par la réglementation de fermer à minuit ou 2 heures du matin pour limiter les nuisances aux riverains. « En réduisant l’amplitude horaire, on réduit la rentabilité », note Bilel Zahi, qui est aussi chargé de production pour plusieurs festivals. Le secteur demande donc plus de flexibilité. « On travaille déjà à voir comment on peut modifier les horaires pour les festivals », a répondu jeudi la ministre de la Culture.

Catherine Pégard est même allée plus loin, en évoquant une révolution du calendrier culturel pour éviter les mois les plus chauds : « Ça paraît vertigineux de se dire qu’on pourrait changer la date du Festival d’Aix ou du Festival d’Avignon […] mais peut-être qu’on peut changer. » Pour Stéphane Krasniewski, « on doit en discuter, mais cela implique beaucoup de choses ». « L’été, c’est les vacances scolaires, c’est un calendrier qui est sanctuarisé. Ça vaut pour les bénévoles, pour les spectateurs et pour les artistes qui sont en tournée internationale à ce moment-là. Si on bouge les festivals, on bouge tout le reste. Ça nécessite une réflexion globale, sociétale, sur comment on s’adapte au changement climatique », affirme le président du Syndicat des musiques actuelles. Selon les informations du groupe EBRA, dont fait partie notre journal, une réunion d’urgence doit se tenir dans les prochains jours entre les professionnels des festivals et la ministre de la Culture.

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