Deux feux, dont un « XXL », enflamment actuellement le massif forestier des Landes de Gascogne, en Gironde et dans les Landes. Le territoire avait déjà été touché par un mégafeu en 2022. Certaines particularités du territoire expliquent sa vulnérabilité aux incendies.

Cyrielle Thevenin - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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« Une situation sous très forte tension » : la Nouvelle-Aquitaine brûle, avec deux incendies majeurs qui ravagent le territoire. Près du bassin d’Arcachon, en Gironde, un « incendie XXL » a déjà détruit plus de 19 000 hectares et conduit à l’évacuation de 110 000 personnes. Dans les Landes, un autre incendie, qui s’est déclenché jeudi à Biscarosse, progresse aussi rapidement avec plus de 2 600 hectares brûlés. La région avait déjà été touchée en 2022 par un mégafeu qui avait détruit plus de 13 000 hectares.

Entre 2010 et 2025, ce sont plus de 46 000 hectares de forêt, soit 466 km², qui ont été détruits par les flammes dans la région, selon la base de données sur les incendies de forêt (BDIFF). C’est plus qu’en Provence-Alpes-Côte d’Azur (39 484 hectares) ou en Corse (26 688 hectares), deux régions traditionnellement touchées par les feux de forêt. On vous explique pourquoi la région est particulièrement vulnérable, malgré une organisation de la prévention des incendies efficace.

Une monoculture de pins

La forêt des Landes de Gascogne, qui s’étend sur les départements des Landes, de la Gironde et du Lot-et-Garonne, est composée quasi exclusivement (à plus de 80 %) de pins maritimes. « On est sur une sylviculture intensive. Le principe est de tenir les arbres au contact : on laisse les arbres se développer, les branches se touchent… Il y a quelques petits arbres en dessous mais le couvert de la forêt c’est toujours le même espace, c’est du pin en contact », explique Annabel Porté, directeure de recherches à l’Inrae-Université de Bordeaux. Cette monoculture lui porte préjudice lorsque de grands incendies se déclarent. « C’est un peu plus facile pour le feu de se propager quand il n’y a pas d’obstacles. Les pare-feux deviennent inefficaces parce que les houppiers (la partie supérieure) des arbres sont jointifs de chaque côté donc le feu saute d’une parcelle à l’autre », explique Christophe Plomion, directeur de l’Unité de recherches Biogeco à l’Inrae Bordeaux.

Et si le pin maritime résiste plutôt bien au feu, certaines de ses caractéristiques sont aussi la cause d’une forte combustibilité. « On a une litière dans les forêts de pins qui se décompose plus lentement que dans les forêts de feuillus. Les aiguilles se décomposent très lentement, vont s’accumuler au fil des années et ça fournit un combustible », explique Christophe Plomion. Le pin maritime a une bonne capacité de régénération après un incendie. Mais cela amène « au développement de jeunes peuplements très denses et donc très combustibles », constatait aussi dans une note parue en 2005 l’Observatoire des forêts françaises.

Une sécheresse importante

Le territoire est aussi sensible à la sécheresse, qui touche actuellement une large partie de la France après les canicules successives, particulièrement fortes dans la région. « On est sur un sol sableux donc ça veut dire qu’en été, il va s’assécher très vite, plus vite que sur des sols qui sont riches en matière organique et qui retiennent l’humidité, parce que le sol retient très peu l’eau », explique Annabel Porté. Il en est de même pour la végétation du massif landais : « C’est une végétation basse composée d’une herbe, la molinie, qui est une herbacée de fougères et après on peut avoir des buissons, des bruyères, des petits arbres… La difficulté que les pompiers ont en ce moment, c’est que toutes les herbes sont sèches. Cela arrive traditionnellement en fin d‘été et là c’est arrivé très tôt donc les sous-bois sont secs, les sols sont secs et ça flambe très bien et après ça part en fonction des conditions sur les arbres », détaille la chercheuse.

« Notre massif est dans un état de sécheresse beaucoup plus important qu’en 2022, voire même qu’en 1976. En 2022, les feux explosaient en fin de journée mais on avait plutôt des nuits qui étaient propices à la lutte. Là maintenant, nous avons des feux qui explosent également à partir de minuit ou 1 heure du matin… Pendant plusieurs heures, nous avons eu des vitesses de propagation qui ont amené à ce que nous avons eu 800 à 1 000 hectares brûlés à l’heure dans une zone de périphérie urbaine », a ainsi détaillé vendredi Marc Vermeulen, directeur du Sdis de la Gironde.

Une population qui croît rapidement

La Nouvelle-Aquitaine est aussi une région très dynamique. Entre 2014 et 2020, la population de la Gironde a progressé de 7,23 %, ce qui en fait l’un des départements à la croissance la plus rapide, selon l’Insee. La population des Landes a aussi crû (+4,39 %) à un rythme supérieur à la moyenne nationale (+2 %). Conséquence : « le nombre d’habitations et d’entreprises en interface forêt-habitation a beaucoup augmenté en Gironde et dans les Landes ces dernières années », soulignait en avril 2024 dans un rapport la Cour des comptes. « L’urbanisation contribue à une aggravation du risque en générant davantage d’activités à proximité ou dans les forêts », pointait l’institution.

« Les origines des feux sont majoritairement humaines. Il y a tellement une explosion démographique dans le Sud-Ouest que ça rajoute un facteur de risque », confirme Christophe Plomion. « Il va falloir envisager plus drastiquement les accès et non accès. Peut-être faudra-t-il fermer un peu plus la forêt pendant la saison estivale », estime quant à elle Annabel Porté.

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