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Les prix des carburants continuent d’augmenter en France, en lien avec la guerre au Moyen-Orient. Plusieurs organisations professionnelles, très touchées par ces hausses de prix, appellent le gouvernement à agir rapidement. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a promis des annonces « dans les tout prochains jours ».
Cyrielle Thevenin - Aujourd'hui à 20:00 - Temps de lecture :
Le gouvernement sous pression. Face à la flambée des prix du carburant, liée à la guerre au Moyen-Orient, l’État est pressé d’agir pour préserver le pouvoir d’achat des Français, et surtout épargner des entreprises déjà fragilisées. « Dans les tout prochains jours, on sera en mesure d’annoncer des mesures nouvelles », a promis ce jeudi sur RTL le ministre de l’Économie, Roland Lescure. Le prix du gazole a augmenté de 24 % entre le 27 février et le 20 mars, celui du Super SP95 de 12 %, celui du SP95-E10 de 13 % et le Super SP98 de 10 %, selon les données du ministère de la Transition écologique.
Les mesures seront « ciblées » sur les premières victimes de cette hausse, à savoir « les gros rouleurs » comme « les routiers, les pêcheurs ou certaines infirmières libérales », a précisé Roland Lescure. Mais à quoi pourraient-elles ressembler ? On fait le point.
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Pas de nouvelle indemnité carburant
Le gouvernement a d’ores et déjà exclu certaines options, comme celle d’un nouveau chèque carburant. « Aucun chèque général, aucune mesure globale, à l’aveugle, ne sera efficace dans la crise actuelle », a déclaré mercredi à l’Assemblée nationale le Premier ministre. Sébastien Lecornu a aussi rejeté l’hypothèse d’un allègement des taxes sur l’énergie, bien que la mesure ait été réclamée par de nombreux professionnels. Ces dispositifs sont « coûteux pour les finances publiques », et l’État n’en a plus les moyens.
Le gouvernement pourrait toutefois revoir sa copie si le conflit s‘éternisait. « Tout dépendra de la durée du conflit », a déclaré sur franceinfo mardi la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Bregeon, à propos d’une possible aide directe à l’achat de carburant. « Il faut que le gouvernement mette en place cette aide directe sur le carburant, comme en Espagne et en Italie. Sinon, le risque c’est que les bateaux s’arrêtent car ils ne sont plus rentables et c’est toute la filière qui va être impactée », met en garde Bruno Margollé, vice-président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins.
Des mesures « de trésorerie »
Pour l’heure, le gouvernement cherche donc à soutenir l’économie via des dispositifs légers, ayant peu d’impact sur les finances publiques. Les premières annonces faites mercredi à destination des secteurs de la pêche, de l’agriculture et du transport, très touchés par la hausse des prix, sont des mesures de « trésorerie » : report des cotisations sociales, étalement des échéances fiscales ou encore mise en place de prêts de court terme exceptionnels par Bpifrance. Sur ce dernier point, le ministre des PME, du Commerce et du Pouvoir d’achat Serge Papin a été plus précis sur CNews et Europe 1 ce jeudi, évoquant des « prêts bonifiés garantis par l’État » qui seront proposés par la BPI à certaines professions. Ce dispositif avait déjà été mis en place pendant la crise sanitaire, ainsi qu’au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il s’agit de prêts directs de l’État proposés à un taux d’intérêt inférieur au marché, visant à soutenir la trésorerie des entreprises fragilisées par la crise énergétique.
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« Ce genre de “mesurettes” ne répond pas à l’urgence du moment. Je vais demander un prix garanti par la BPI, ok, mais si le gasoil continue d’être à ce prix-là, comment je vais payer ce prêt ? L’urgence aujourd’hui c’est d’intervenir directement sur le prix du gasoil, car son augmentation indexe directement le salaire des marins », critique Bruno Margollé, vice-président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins. « Que nous disent les secteurs les plus affectés ? Que le problème à court terme, c’est de pouvoir payer les factures. […] donc première salve, on annonce des mesures de trésorerie qui vont permettre aux entreprises qui ont des problèmes pour payer leurs factures d’essence de les payer », s’est justifié ce jeudi sur RTL le ministre de l’Économie.
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Amorcer une transition et réduire la dépendance
Cette première salve de mesures pourrait être élargie à d’autres secteurs dans les prochains jours. Le Premier ministre a cité mercredi « les professionnels de santé libéraux » et les « secteurs industriels comme la chimie ». « On a déjà des cas d’infirmiers qui nous disent qu’ils réduisent leur périmètre d’activité [face à la flambée des prix du carburant]. On prendra toutes les mesures que le gouvernement sera susceptible de nous proposer. Mais ce qu’on souhaiterait, c’est mettre la profession à l’abri des hausses récurrentes de carburants parce que ça fragilise les cabinets. On souhaiterait un remboursement, au moins partiel, des taxes sur l‘énergie », explique Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers.
Il n’est pas exclu que le gouvernement choisisse de recourir à d’autres dispositifs, déjà utilisés par le passé. Concernant la pêche, le Premier ministre a évoqué mercredi des « mesures d’aide directe, interdites jusqu‘à présent », qui seront discutées lundi lors du Conseil agriculture et pêche à Bruxelles. La France pourrait ainsi demander à la Commission d’autoriser une modification de son régime d’aides afin de soutenir les entreprises du secteur de la pêche, comme ce fut le cas en 2022, dans le contexte de la guerre en Ukraine. À moins qu’il ne s’agisse d’une volonté d’accélérer l’objectif de transition énergétique des flottes, qui se heurte aujourd’hui à la réglementation européenne.
« Aujourd’hui, la moyenne d’âge des bateaux en France est de 32 ans, il y a un besoin de renouveler les outils mais la Commission européenne ne le permet pas. On a déjà travaillé à réduire la facture énergétique, mais ça a un coût énorme et on n’a pas d’aides. Il va falloir un phénomène accélérateur, mettre en place des aides », appuie Bruno Margollé. Car le gouvernement veut aussi profiter de la crise pour amorcer une transition et pour que l’économie française soit moins dépendante à l’avenir des perturbations dans les pays du Golfe. Côté agriculture, un plan « engrais » est ainsi en préparation, pour réduire la dépendance aux engrais minéraux, massivement produits dans le Golfe.


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