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Moins de temps passé dehors, moins d’autonomie, plus d’écran… Les enfants ont perdu une partie de leur liberté. Une évolution qui traduit aussi l’angoisse des parents face au monde extérieur.
Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 07:10 - Temps de lecture :
Le jour où Nicolas Santolaria a laissé son fils aîné de neuf ans aller chercher le pain tout seul, pétrifié d’angoisses, il a compris que les enfants d’aujourd’hui n’avaient pas le même rapport à l’extérieur que les générations précédentes. Vous avez peut-être connu le temps ou les enfants pouvaient jouer dehors, aller à l’école à pied ou enfourcher son vélo pour disparaître plusieurs heures avec les copains, sans que les parents ne soient au courant du programme ou de leur géolocalisation. « Ça fonctionnait à la confiance », note Nicolas Santolaria, auteur du livre Au secours, j’ai élevé des enfants d’intérieur (*) et rédacteur en chef du supplément Époque du journal Le Monde.
Aujourd’hui, cette liberté paraît beaucoup moins évidente. Les enfants passent davantage de temps à l’intérieur, dans leur chambre, devant des écrans ou dans des activités encadrées. Une évolution qui inquiète jusqu’au Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA). Dans un rapport publié en 2024, l’instance alertait sur l’émergence d’une « génération d’enfants d’intérieur », constatant que le temps passé dehors sans adulte et le jeu libre étaient en recul au profit d’espaces privés et clos.
Le phénomène n’est pas seulement une affaire d’écrans. Il raconte aussi une transformation de la parentalité, avec des adultes plus inquiets et plus protecteurs et une tendance globale à passer plus de temps chez soi. Selon les chiffres du HCFEA, 97 % des élèves de primaire et 77 % des collégiens sont accompagnés sur leur trajet entre l’école et le domicile. Pourquoi cette perte d’autonomie ? Pour Nicolas Santolaria, il y a plusieurs facteurs. D’abord, la place de la voiture dans l’espace public. « Il y a une peur, une angoisse de la voiture liée à la circulation automobile qui s’est densifiée au fil des décennies », observe-t-il. Les espaces de jeu se sont réduits et les enfants se retrouvent davantage cantonnés à des lieux standardisés spécifiquement prévus pour eux.
Et puis il y a les faits divers. Des affaires sordides impliquant des enfants, très médiatisées, qui peuvent peser lourd dans l’imaginaire des parents. « Toutes ces affaires ont un impact sur la psyché parentale et obscurcissent l’expérience de la parentalité », estime le journaliste. Cette peur n’est pourtant pas toujours proportionnelle aux risques réels. « Je pense qu’il y a une sorte d’échelle des dangers qui est un peu biaisée chez le parent d’aujourd’hui », analyse-t-il. La rue peut être perçue comme un espace particulièrement dangereux, tandis que les risques auxquels les enfants sont exposés à l’intérieur sont parfois moins visibles. « Cette idée que l’intérieur égale sécurité, c’est une équation un peu simple et pas forcément vraie. La majorité des violences sont des violences intra familiales, que les enfants vivent entre quatre murs », rappelle-t-il. À cela s’ajoutent les dangers d’internet.
La chambre comme nouveau terrain de jeu
Car dans cette enfance davantage passée à l’intérieur, les écrans occupent évidemment une place importante. Mais ils ne sont, selon Nicolas Santolaria, qu’« un symptôme de quelque chose de plus large ». « Il s’est développé une sorte de culture de la chambre », explique-t-il. Devenue plus confortable, décorée et pensée comme un véritable espace de vie, elle offre un univers dans lequel l’enfant peut rester des heures. Puis l’écran y a pris place. « L’écran démultiplie les possibilités d’évasion, tout en restant chez soi. On a ce sentiment d’être connecté au vaste monde sans bouger de sa chaise. C’est aussi un lieu d’expérience et d’apprentissage, il ne faut pas les réduire à une activité abrutissante », décrit-il. Mais cette vie numérique ne remplace pas les expériences vécues dehors. Il est important de trouver un équilibre et de ne pas se satisfaire de cet univers clos de l’intérieur.
Protéger sans empêcher de grandir
Même s’il est naturel pour des parents de chercher à protéger son enfant (rassurez-vous, vous n’êtes pas seul !), les parents peuvent aussi limiter leur capacité à devenir autonomes. « Il ne faut pas que cette inquiétude devienne une maladie et qu’elle freine l’enfant dans sa construction », insiste Nicolas Santolaria. Pour donner un peu plus d’autonomie à son enfant, il faut commencer par un trajet seul, aller acheter du pain, faire une course. Aller retrouver des copains peut également constituer un très bon point de départ. « Le fait de sortir en groupe, c’est à la fois rassurant pour les enfants et pour les parents », ajoute l’auteur.
Et surtout, en tant que parents, il faut montrer l’exemple à son enfant en se déconfinant, car les adultes aussi sont de plus en plus sédentaires. Proposer une sortie qui pourra faire plaisir à l’enfant, et retrouver le goût du grand air.
(*) Nicolas Santolaria, Au secours, j’ai élevé des enfants d’intérieur, chez Albin Michel, 19,90 euros.


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