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Des solutions existent pour faire face aux vagues de chaleur qui s'enchaînent en France. Mais entre logements inadaptés, hôpitaux en crise et écosystèmes fragilisés, seront-elles suffisantes ?
Lison Le Gloan et Célia Merckens - Aujourd'hui à 12:00 | mis à jour aujourd'hui à 12:02 - Temps de lecture :
Avec une moyenne jour-nuit de 30 °C, le mercredi 24 juin a établi un nouveau record de chaleur en France. Un pic « qui n'a pas d'équivalent aujourd'hui en Europe et qui n'a jamais eu d'équivalent dans notre histoire », avait déclaré Emmanuel Macron en marge du sommet franco-italien le 25 juin. D'ici 2050, Météo-France prévoit un réchauffement de +2,7 °C dans l'Hexagone, et le nombre de jours de vagues de chaleur devrait être multiplié par cinq.
Les images de Français dormant sur leur balcon, sous une tente ou à même sur l'herbe des parcs pendant la canicule l'ont montré : nos villes, nos infrastructures et nos écosystèmes ne sont pas faits pour supporter ces températures. En France, un logement sur trois est d'ailleurs considéré comme une bouilloire thermique, mal adapté aux chaleurs extrêmes, selon la Fondation pour le logement des défavorisés. « Les villes ont leur propre microclimat et en période caniculaire, elles surchauffent en journée et en particulier la nuit, n’arrivant pas à se refroidir », constate Valéry Masson, chercheur spécialisé dans les villes et le climat urbain. C'est ce qu'on appelle des « îlots de chaleur urbains », liés à l'accumulation de chaud dans les matériaux de la ville bitume, béton, tuiles, ardoises qui la restituent une fois la nuit tombée.
Ruée sur la climatisation
Une des solutions les plus plébiscitées reste la climatisation, adoptée par de nombreux Français en juin dernier, jusqu'à parfois provoquer des ruptures de stock dans les magasins. Problème, celle-ci participe elle-même au réchauffement climatique, à cause de sa consommation énergétique et des gaz réfrigérants qu'elle utilise. Elle rejette en outre la chaleur des logements vers l'extérieur, où il fait déjà bien trop chaud. D'autres pistes sont ainsi à l'étude, comme l'installation de réseaux de « froid urbain » figure ainsi dans la troisième version du Plan national d'adaptation au changement climatique, présentée en 2024 : il s'agit de faire circuler de l'eau froide en circuit fermé sous les bureaux, hôtels et commerces pour rafraîchir les bâtiments. Des systèmes de ce type existent déjà à Lyon, Annecy ou encore Grenoble.
Au-delà des logements, ce sont les hôpitaux qui ont été particulièrement éprouvés par la canicule de juin, tant du côté des soignants que des patients. Les urgences ont vu affluer des cas de déshydratation et d'hyperthermie, avec une hausse des admissions en réanimation comparable à celle observée lors des périodes d'épidémies sévères. « En prenant l'exemple de la Loire-Atlantique, on a dépassé les niveaux qu'on avait en période Covid, avec 3 555 appels reçus en 24 heures », rapporte Yann Penverne, médecin urgentiste au CHU de Nantes. « C'est vrai que l'hiver, on déclenche, en tout cas pour certains établissements, les plans blancs ; l'été, on déclenche le plan Orsan de niveau 3. Finalement, on constate que de l'hiver à l'été, c'est la crise quasi permanente. »
Écosystèmes qui vacillent
Les canicules à répétition menacent aussi, plus directement, les équilibres dont dépend notre survie. En période de forte chaleur, les animaux peinent à trouver de quoi s'hydrater, et le risque de mortalité augmente fortement en particulier pour les animaux confinés dans des élevages intensifs, comme les porcs ou les volailles, qui ne peuvent pas se refroidir par la transpiration. La filière avicole estime qu'entre un et trois millions de volailles seraient mortes pendant la seule canicule de juin. Une étude publiée dans la revue Science va plus loin : dans le pire scénario, avec une hausse de 4 à 5 °C par rapport à l'ère préindustrielle, 60 % des 700 espèces de poissons étudiées seraient incapables de survivre dans leur habitat actuel.
Les arbres eux-mêmes finissent par s'affaiblir et dépérir lorsque les canicules se succèdent sur des sols déjà asséchés. Pour éviter de griller, les plantes ferment leurs stomates, ces sortes de pores à la surface des feuilles qui permettent les échanges gazeux. Elles préservent ainsi leur eau et leur oxygène, mais cessent d'absorber du CO2 : elles ne grandissent plus et ne se reproduisent plus. S'y ajoute un effet dit « sèche-cheveux », qui brûle la végétation sous l'action combinée des chaleurs extrêmes, de la faible humidité et du vent. Nos cultures en subissent directement les conséquences, avec une baisse de production des fruits et légumes. Selon un rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la recrudescence des épisodes de chaleur menace aujourd'hui la santé et les moyens de subsistance de plus d'un milliard de personnes dans le monde.


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