• Accueil
  • Politique
  • « Ça n’empêche pas de communiquer » : la dissolution des groupuscules violents, ...

Alors que le gouvernement a annoncé ce mardi lancer de nouvelles procédures de dissolution contre des associations d’ultradroite et d’ultragauche, la question de leur pertinence contre la violence politique reste entière.

Antoine Ajavon - Aujourd'hui à 20:01 | mis à jour aujourd'hui à 20:04 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Face aux « groupes violents ultra ou extrêmes », l’exécutif entend reprendre la main. Deux groupuscules d’ultradroite, le Bloc montpelliérain et Patria Albiges, ainsi qu’un d’ultragauche, dont le nom n’a pas été rendu public, sont visés par des procédures de dissolution par le ministère de l’Intérieur. Le gouvernement a par ailleurs annoncé, ce mardi, à la suite d’une réunion convoquée par Emmanuel Macron sur les groupes d’action considérés violents, avoir lancé des procédures similaires contre cinq « émanations » locales de la Jeune Garde, selon un participant.

Le groupe antifasciste, officiellement dissout le 12 juin dernier, fait également l’objet d’une action en justice du ministère de l’Intérieur au sujet d’une possible « reconstitution », à la suite du lynchage de Quentin Deranque, dont les auteurs présumés sont membres de la mouvance d’ultragauche. Le tout intervenant 10 jours après la mort du militant identitaire, dont les obsèques étaient observées, ce mardi aussi, dans la plus stricte intimité en l’église Saint-Just de Lyon, sous haute surveillance des forces de l’ordre.

Délit de reconstitution

Si le gouvernement motive ces dissolutions en vertu du Code de la sécurité intérieure qui pointe « toutes les associations ou groupements qui provoquent à des manifestations armées ou à des agissements violents », leur efficacité reste toutefois en suspens. « C’est ennuyeux parce que des militants s’en vont, les plus jeunes, les moins motivés, ceux qui ont peur des conséquences… Mais, ça n’empêche en rien des individus de continuer à communiquer, voire de se reconstituer », constate Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités de la Fondation Jean-Jaurès. Il en veut pour preuve la présence d’Yvan Benedetti, dirigeant du mouvement néofasciste L’Œuvre française dissout en 2013, à la marche hommage à Quentin Deranque. Bien que la participation au maintien ou à la reconstitution d’une ligue dissoute soit passible de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, « personne n’a dans l’idée qu’un décret de dissolution soit l’arme atomique contre un mouvement », poursuit Jean-Yves Camus.

Pire, selon le politologue Fabien Escalona, les dissolutions peuvent parfois être contre-productives : « La convergence de beaucoup de groupes de droite radicale et extrême a, en partie, été permise par des dissolutions, avec des militants éparpillés sur le territoire, sans structure qui les chapeaute. Différentes cultures d’extrême droite ont pu se rencontrer aussi grâce à l’espace numérique », analyse-t-il, interrogeant la pertinence de l’arsenal administratif de lutte contre ces associations.

« Réfléchir au barème des peines »

L’une des solutions résiderait dans des poursuites judiciaires contre les individus plutôt que les groupes desquels ils se réclament. « La personne physique qui sait qu’elle risque la prison va être dissuadée de récidiver », estime Jean-Yves Camus. « Peut-être qu’il faut réfléchir au barème des peines. Il y a un certain nombre de cas, comme l’affaire Bendjaballah, où quelqu’un a été incontestablement tué au nom de son ethnicité par un militant d’ultradroite, et le mobile raciste n’a pas été retenu. Ça fait quand même se poser des questions. »

Aussi, Jean-Yves Camus voit également dans la réunion élyséenne de ce mardi une « communication gouvernementale », en amont des élections municipales, « qui consiste à dire qu’il y a deux extrêmes de même nature » et que la seule solution raisonnable serait celle du bloc central. « C’est une étape de plus dans la mise en équivalence de la gauche, voire des gauches, avec l’extrême droite par le pouvoir actuel », abonde Fabien Escalona. « C’est peut-être un peu cruel, mais Emmanuel Macron est comptable d’un climat dégradé. En 2017, il promettait la fin de passions mortifères en politique. On est quand même très loin de tout ça. »

Articles les plus lusPolitique